‹ Œuvres de Fontenelle (volume 4)Chapitre 190 sur 256 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

PELÉE

Je \nens de soutenir le spectacle fatal

Des hommages pompeux que vous rend mon rival :

Pour me payer d'une peine si dure , Vos plus tendres regards ne me sont-ils pas dus ? Parlez, ou que du moins un soupir me rassure

Contre les soins que Ton vous a rendus.

THÉTIS

Perdez une crainte importune ; Je viens d'apprendre encor que mes faibles attraits Vous donnent un rival plus puissant que Neptune , Et mon cœur est à vous plus qu'il n'y fui; jamais.

PELÉE

Ah ! Jupiter est ce rival terrible !

THÉTIS

C'est lui qui va m'offrir des soupirs superflus.

PELÉE

Quoi ! Jupiter pour vous est devenu sensible ? INIa peine était trop faible , et rien n'y manque plus. Daignez me pardonner ma crainte et mes alarmes : §1 j'en croyais les troubles que je sens ,

Je me plaindrais de l'excès de vos charmes, Lorsqu'ils me font des rivaux si puissans.

THÉTIS

Vous remportez des victoires nouvelles , Quand je fais des amans nouveaux ; Si mes conquêtes sont trop belles, Vos triomphes en sont plus beaux.

PELÉE

Je ne suis qu'un mortel, c'est en vain que j'espère; Ces dieux empressés à vous plaire , Me font sentir trop vivement, Que je suis un téméraire D'oser être votre amant.

THÉTIS

Dans l'empire d'amour on tient le rang suprême, Dès que l'on sait charnier ; Un mortel qui se fait aimer Est égal à Jupiter même.

Dans l'empire d'amour on tient le rang suprême , Dès que l'on sait charmer

PELÉE

Lorsque j'obtiens de vous un si doux sacrifice ,

O ciel ! dans quels malheurs il faut que je languisse !

J'espérais que l'hymen finirait mon tourment;

Mais tout s'oppose à cet espoir charmant. Plus vous m'aimez, plus je sens le supplice D'être aimé vainement.

Faut-il que tout s'unisse Contre de si beaux feux ?

Hélas! quelle injustice! Les plus tendres amours sont les plus malheureux.

J8o THÉTIS ET PELÉE,

THÉTIS

Redoublons , s'il se peut , notre ardeur mutuelle , Par notre amour tâchons à surmonter La fortune cruelle.

Aimons , c'est le seul bien qu'on ne peut nous ôter.

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