‹ Œuvres de Fontenelle (volume 4)Chapitre 191 sur 256 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

DORIS, CYDIPPE.

CYDIPPE.

Vous suivez un penchant trop flatteur et trop doux ,

Je doute que Pelée ait de l'amour pour vous ,

Son feu , s'il vous aimait, craindrait moins de paraître,

Ses soins seraient plus empressés ; Il vous tient des discours douteux , embarrassés : L'amour par ses regards ne se fait point connaître ; On l'aperçoit bien mieux

Dans votre bouche et dans vos yeux.

DORIS

Non , j'aime trop pour m'y pouvoir méprendre. Des soins toujours craintifs, un timide embarras, So nt les effets de l'amour le plus tendre ; C'est en soupirant tout bas Qu'il se fait le mieux entendre.

CYDIPPE.

On croit facilement qu'on inspire les feux

Que l'on ressent soi-même ; On se flatte sitôt qu'on aime , Et tout paraît amour à des yeux amoureux.

DORIS

Pelée aime en secret, tout marque sa tendresse ; A quel objet ses vœux pourraient-ils être offerts ? Il voit souvent Thétis ; mais le soin qui le presse

Est de servir le dieu des mers :

Il n'est pas son rival auprès d'une déesse.

Tout semble déclarer

Que c'est moi qu'il adore ;

Mais j'en crois mieux encore

Mon cœur qui m'en ose assurer.

CYDIPPE.

Ne serai-] e point trop sincère,

Si je vous avertis D'un secret qui doit vous déplaire?

J'ai vu dans un lieu solitaire Pelée entretenir Thétis :

Le hasard seul n'eût pu les y conduire. Sans entendre leurs voix, je sus assez m'insîruire De leurs mutuelles amours ; Par leurs regards j'entendis leurs discours.

DORIS

Il aimerait Thétis ? Ciel ! cet affreux supplice Serait-il réservé pour ma secrète ardeur:' Mais je la vois ; pour lire dans son cœur , Je veux employer l'artifice.

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