LA REINE, TURNUS
LA REINE
Puisque ma fille encor ne suit pas mon attente,
Non, il n'est rien que je ne tente.
Bacchus est aujourd'hui célébré parmi nous; Il ne voit les Troyens que d'un œil de courroux. Tournons contre eux les fureurs qu'il inspire : Peut-être aidera-t-il lui-même nos transports ; Peut-être ferons-nous que le peuple conspire
A les chasser tous de ces bords.
La princesse paraît , je vous laisse avec elle ,
La fête de Bacchus m'appelle.
scèjN'e n.
LAVINIE, TURNUS, CAMILLE
TURNUS
Princesse , est-il donc ^Tai que vos vœux si long-temps Entre Enée et Tumus puissent être flottans ?
LAVIME.
Souffrez avec moins de colère Que je ne précipite rien; Le choix que je dois faire
Règle le sort des états de mon père , Et décide du mien.
TLRN us.
Xe me trompez point . inhumaine ; Je ne connais que trop quel est votre embarras.
Non , vous ne délibérez pas :
Ce n"est point votre choix qui vous lient mcerUiinc ; ^ ous tremblez seulement à nous le déclarer.
Et plus vous y sentez de peine , Plus je vois quel amant vous voulez préférer.
LAVIMt.
Si mon choix était fait, quelle raison secrète M'obligerait de le cacher ?
TURNIS.
Ah! pourriez-vous ne vous pas reprocher Linjure que vous m'auriez faite ?
Je suis du sang dont vous sortez ; Je vous aimai dès l'âge le plus tendre. Mes vœux sont les premiers qu'on vous ait fait entendre, Et vos fers sont les seuls que mon cœur ait portés. Ne redoutez-vous point une honte éternelle , En nommant un Troyen inconnu dans ces lieux , Qui peut-être pour d'autres yeux Brûla souvent d'une flamme infidèle .' Vous vous troublez!
LWIME.
Seisrncur. . • .
TLRN us.
Ce trouble (]ue je voi . M apprend ce qu'il faut que jespère. Vous voyez, malo;ré vous , tout le prix de ma f)! ; Et vous rougissez de colère , Quand la raison vous parle trop pour moi.
LAVINIE
Elle parie pour vous, Seigneur, je le confesse; IVÏais elle peut parler aussi pour un rival. Par le choix qu'entre vous le juste ciel me laisse Il vous met dans un rang égal.
TURiSUS.
Ne cherchez point à nous confondre ; De mon sincère amour vous devez vous répondre. Mon sort sans votre hymen est assez glorieux ; Je n'aime en vous que l'éclat de vos yeux. Mais mon rival, après tant de naufrages , Cherche un asile en ces climats.
Le rang qui vous attend est l'ohjet des hommages Qu'il feint de rendre à vos appas.
LAVINIE
Des vœux intéressés n'ont guère de puissance. Si par de feints soupirs on prétend m'imposer , .le saurai démêler un dessein qui m'offense.
TURNUS
Vous saurez vous le déguiser.
En vain je répandrais des larmes , Votre choix est prêt d'éclater ; Vous allez me donner les armes Dont j'ai besoin contre vos charmes :
Heureux si j'en puis profiter !