‹ Œuvres de Fontenelle (volume 4)Chapitre 239 sur 256 · LA REINE, TURNUS · texte numérisé non relu

LA REINE, TURNUS

LA REINE

Puisque ma fille encor ne suit pas mon attente,

Non, il n'est rien que je ne tente.

Bacchus est aujourd'hui célébré parmi nous; Il ne voit les Troyens que d'un œil de courroux. Tournons contre eux les fureurs qu'il inspire : Peut-être aidera-t-il lui-même nos transports ; Peut-être ferons-nous que le peuple conspire

A les chasser tous de ces bords.

La princesse paraît , je vous laisse avec elle ,

La fête de Bacchus m'appelle.

scèjN'e n.

LAVINIE, TURNUS, CAMILLE

TURNUS

Princesse , est-il donc ^Tai que vos vœux si long-temps Entre Enée et Tumus puissent être flottans ?

LAVIME.

Souffrez avec moins de colère Que je ne précipite rien; Le choix que je dois faire

Règle le sort des états de mon père , Et décide du mien.

TLRN us.

Xe me trompez point . inhumaine ; Je ne connais que trop quel est votre embarras.

Non , vous ne délibérez pas :

Ce n"est point votre choix qui vous lient mcerUiinc ; ^ ous tremblez seulement à nous le déclarer.

Et plus vous y sentez de peine , Plus je vois quel amant vous voulez préférer.

LAVIMt.

Si mon choix était fait, quelle raison secrète M'obligerait de le cacher ?

TURNIS.

Ah! pourriez-vous ne vous pas reprocher Linjure que vous m'auriez faite ?

Je suis du sang dont vous sortez ; Je vous aimai dès l'âge le plus tendre. Mes vœux sont les premiers qu'on vous ait fait entendre, Et vos fers sont les seuls que mon cœur ait portés. Ne redoutez-vous point une honte éternelle , En nommant un Troyen inconnu dans ces lieux , Qui peut-être pour d'autres yeux Brûla souvent d'une flamme infidèle .' Vous vous troublez!

LWIME.

Seisrncur. . • .

TLRN us.

Ce trouble (]ue je voi . M apprend ce qu'il faut que jespère. Vous voyez, malo;ré vous , tout le prix de ma f)! ; Et vous rougissez de colère , Quand la raison vous parle trop pour moi.

LAVINIE

Elle parie pour vous, Seigneur, je le confesse; IVÏais elle peut parler aussi pour un rival. Par le choix qu'entre vous le juste ciel me laisse Il vous met dans un rang égal.

TURiSUS.

Ne cherchez point à nous confondre ; De mon sincère amour vous devez vous répondre. Mon sort sans votre hymen est assez glorieux ; Je n'aime en vous que l'éclat de vos yeux. Mais mon rival, après tant de naufrages , Cherche un asile en ces climats.

Le rang qui vous attend est l'ohjet des hommages Qu'il feint de rendre à vos appas.

LAVINIE

Des vœux intéressés n'ont guère de puissance. Si par de feints soupirs on prétend m'imposer , .le saurai démêler un dessein qui m'offense.

TURNUS

Vous saurez vous le déguiser.

En vain je répandrais des larmes , Votre choix est prêt d'éclater ; Vous allez me donner les armes Dont j'ai besoin contre vos charmes :

Heureux si j'en puis profiter !

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