LA VI ME
Permets encor que mon cœur délibère ; Permets du moins que ce choix se diffère. Eteindre son amour, immoler son amant, Est-ce l'ouvrage d'un moment ?
CAMILLE
Vous avez entendu la reine de Carthage ,
Et contre cet ingrat vous manquez de courage ?
LAVINIE
Mais savons-nons si Junon dans ce jour N'a pas , pour m'elïrayer , formé cette ombre vaine ? Défions-nous de sa cruelle haine.
CAMILLE
Défiez vous plutôt de votre amour.
LAVIME.
Quand mon amant aurait été volage, Dois-je par ma ricaneur venger d'autres appas Qui n'ont su plus long-temps mériter son hoiiunaoje ? Dois-je punir un outrage Qui ne me regarde pas P
CAMLLLE.
Les inconstans, les infidèles, Sont criminels envers toutes les belles. Il ne faut point que l'empire amoureux Ait jamais d'asile pous eux.
LAVINIE
Ne me presse point tant; Turnus est plus sincère ,
<36 ÉNÉE ET L.WIME,
Tumus sait mieux aimer, je le connais trop bien. Pourquoi Tinfidèie Troven Sait-il mieux Tart de plaire ?
CAMILLE
Un amant qui sait peu charmer , Quelquefois à force d'aimer.
Peut devenir aimable ;
Mais im volage amant
Devient plus haïssable .
Plus il était charmant.
LAVIME.
Hé bien! nommons Tumus , sortons d'incertitude : Puisse Enée à jamais sentir un coup si rude ! D'oti vient qu'en sa faveur mon faible cœur combat ? Prêtez-moi du secours , ô St^x ! ô rives sombres !
Laissez encor sortir vos ombres
Pour m'animer contre un ingjat.
CAMILLE ET LAVIME.
Ah ! quel tourment , quand la raison commande Ce que TAniour ne permet pas !
Trop cruelle raison , hélas !
Est-ce à toi qui! faut qu'on se rende ? Peut-on , charmant Amour , mépriser tes appas, Ah! quel tourment, quand la raison commande Ce que lAmour ne permet pas.
CHŒUR ou'on entend derrière le théâtre.
Suivons tous le dieu qui nous appelle ,
Suivons tous ses aimables lois ; C'est lui seul dans la troupe immortelle Qui peut donner tous les biens à la fois.
LANTNIE.
Quelles sont ces voix éclatantes .'
CAMILLE. '
Igaorez-vous d'où part ce bruit confus ? On célèbre aujourd'hui la fête de Bacchus, La reine conduit les Bacchantes.
SCÈINE IV.
LA REINE, LAVINIE, troupe qui célèbre la fête de Barchu.*. CHŒUR.
Chantons Bacchus et ses bienfaits.
Quels fruits ont plus d'attraits Que les fruits dont il se couronne?
Les plaisirs ne quittent jamais L'aimable cour qui l'environne ; La raison fuit dès qu'il l'ordonne , Et laisse les humains en paix.
Chantons Bacchus et ses bienfaits.
( Danse de Bacchantes. ) UN HOMME DE LA FETE.
Heureux les lieux où sa présence
Répand mille appas!
Heureux les climats Qui lui donnèrent la naissance
CIIŒLR.
Heureux les lieux où sa présence!
Répand mille appas !
LA REINE
Les Troyens détestent la Grèce ; Elle a produit Bacchus, il la comble de biens. Allons, que chacun s'empresse A poursuivre les Troyens.
( La fureur saisit toute la troupe. ) TOM. V. 38
CHŒUR
Cherchons en tous lieux nos victimes ; Cherchons les Troyens , hâtons-nous.
Que l'exil les disperse tous , Que le fer punisse leurs crimes ; Qu'ils périssent dans les abîmes
De la mer en courroux.
Toi , qui contre nous les animes , Par des fureurs si légitimes ; Bacchus , tu dois être jaloux.
D'égaler Junon par tes coups.
LA REIISE.
Quoi ! ma fille , à nos yeux vous demeurez tranquille , De toute notre ardeur l'exemple est inutile 1 Toi qui par des transports puissans Te rends le maître des âmes , Descends dans son cœur , descends ; Inspire-lui la haine que je sens , Et la fureur dont tu m'enflammes.
Descends dans son cœur, descends.
( Danse des Bacchantes furieuses autour de Lavinie LAVINIE.
Où suis-je ? ô ciel! dans les murs deCarthage
Qui m'a pu soudain transporter?
J'y vois les feux allumés par la rage
D'une amante que l'on outrage ;
Je la vois s'y précipiter ,
J'entends ses cris. Dieux ! elle expire En nommant un ingrat insensible à sa mort. C'est en vain qu'en ces lieux ton lâche cœur aspire
A me faire un semblable sort.
Va , perfide Troyen , cherche une autre conquête.
Reine , écoutez ; écoulez tous :
Je chosis....
LA REINE
Déclarez un choix digne de vous.
Parlez , qui vous arrête ?
LAVINIE
Je choisis Turnus pour époux.
CHŒUR
Que nos cris d'allégresse
Percent jusqu'aux cieux , Nous sommes victorieux.
Chantons , chantons sans cesse , Nous sommes victorieux ; Que nos cris d'allégresse
Percent jusqu'aux cieux.
LA REINE
Allons trouver le roi ; suivez mes pas , Princesse. Il lui faut annoncer un choix si glorieux.