LAV1>!E
Vous prenez un soin inutile D'étaler à mes yeux une feinte douleur; Pourvu que dans ces lieux vous trouviez un asile , Qu'un autre hymen vous fasse un sort tranquille.
Ma perte est un faible malheur.
ENEE.
Ah ! que ne puis-je à vos yeux même Porter ailleurs mes soupirs et nia foi ! Pourquoi feindrais-je ici ce désespoir extrême ? Que |)ourrais-je espérer, tout est perdu pour moi.
Si mon cœur savait feindre , ingrate , Il feindrait bien plutôt un calme qu'il n'a pas ; Je vous déroberais ma douleur qui vous flatte , Vous ne jouiriez point de mon cruel trépas.
LAVIME.
L'Amour sur votre cœur n'a pas tant de puissance.
Didon avait su l'embraser; Vous vîtes cependant sa mort avec constance.
ENÉE
De ce crime odieux cessez de m'accuser. Didon par ses bienfaits me prévenait sans cesse , Et ma reconnaissance imita la tendresse ; Sensible à son amour plutôt qu'à ses appas , Je lui donnais un cœur qui ne se donnait pas. Il fallut cependant , pour me séparer d'elle , Des ordres absolus du souverain des dieux. Ah ! que ne souffrait-il que je fusse fidèle ! Que ne me laissait-il éloigné de vos yeux !
LAVINIE
Se peut-il que pour moi votre cœur soit sincère ?