‹ Œuvres de Fontenelle (volume 4)Chapitre 245 sur 256 · ÉT^ÉE · texte numérisé non relu

ÉT^ÉE

Hélas! en pouvez-vous douter ?

LAVINIE

Non , non , qu'il ait plutôt l'ardeur la plus légère , C est ce que je dois souhaiter.

ÉNÉE

D'où vient que je vous vois à vous même contraire ? Ciel ! quel trouble secret semble vous agiter ?

LAVINIE

Hélas! si vous m'aimiez, que je serais à plaindre !

ÉNÉE

Parlez, expliquez- vous, rien ne vous doit contraindre.

LAVINIE

Qu'aurais-je fait, grands Dieux! Turnus serait nommé, Et vous seriez aimé I

ÉNEE.

Qu'entends-je ? pourquoi donc par un choix si funeste f

LAVlNtE.

Les enfers contre vous ont fait parler Didon ;

TRACtEDIE. 44.^

Une fureur divine , hélas! a fait le reste , Et d\m amant que je déteste , Elle a su m'arracher le nom.

ÉNÉE

D'une aveugle fureur désavouez Touvrage.

LAVINIE

Ma raison l'approuvait , et je l'ai dit au roi. Ma gloire , des sermens , la reine , tout m'engage A suivre une cruelle loi.

ÉMÉE.

Que mon âme à la fois est troublée et ravie ! Quel excès de plaisir! quel excès de douleur Vient agiter mon cœur !

En vous perdant je vais perdre la vie; J'apprends que vous m'aimez , dans ce fatal instant; Je meurs plus malheureux, et je meurs plus content.

LAVïNîE.

Soupçons dont j'ai suivi l'injuste violence, D'où vient que vous osiez attaquer l'innocence

D'un amant digne de mon choix i* Que n'ai-je cru mon cœur qui prenait sa défense! Ah ! lorsqu'un tendre amour nous tient sous sa puissance,

Il faut n'écouter que sa voix.

Je cède à ma douleur extrême.

ÉNÉE

Je souffre tous les maux dont on peut soupirer.

LAVIME.

Je cause tous les maux qui nous font soupirer.

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