‹ Œuvres de Fontenelle (volume 4)Chapitre 30 sur 256 · TIRCIS, IRIS · texte numérisé non relu

TIRCIS, IRIS

TIRCIS

On aime en ces hameaux, on songe assez à plaire ; Cependant cherchez-y quelque berger sincère , Et je veux bien, Iris , vous rendre votre foi , Si vous en trouvez un sincère comme moi.

IRIS

Il est quelques beautés qu'on trompe , ou que l'on quiltc ; Mais il en ost plus d'une aussi qui le mérite. Et quoi! voulez-vous donc qu'avec fidélité On aime Cléonice et son air affecté ?

Voulez-vous que l'on soit fidèle pour Madonte , Qui toujours sur ses ans , nous impose sans honte ? Mais Climène , mais Lise ont de vrais agréniens , Et je répondrais bien , Berger , de leurs amans.

TIRCIS

Ne vous y trompez pas; pour être jeune et belle , On n'en a pas toujours un amant plus fidèle. Vous parlez de Gîîmène .'' Il n'est pas d'air plus doux , Et même elle a , dit-on , quelque chose de vous ; Mais si je vous disais que Climène est trahie ? Menalque , qui devrait l'aimer plus que sa vie , Qui souvent la voit seule près d'un certain buisson , Menalque pour une autre a fait une chanson. Et Lise , à votre avis, est-elle plus heureuse , Elle que ses beaux yeux rendent si dédaigneuse ? Elle osa l'autre jour devant d'autres pasteurs,

i3o POÉSIES

Choisir son Licidas pour lui donner des fleurs : A l'amour du berger elle les crut bien dues ! Hélas ! le lendemain il les avait perdues.

IRIS

Tircis , je vous entends, vous n'aimez pas ainsi ; Mais ne me puis-je pas faire valoir aussi i* Croyez- vous que pour être et fidèle et sincère . On en trouve toujours autant dans sa bergère ? Damon y gagnerait , nous sommes tous témoins Combien à Timarète il a plu par ses soins. L'autre jour cependant elle vint par derrière Au fier et beau Thamire ôter sa panetière ; Damon était présent , elle ne lui dit rien : Pour moi, de leurs amours je n'augurai pas bien ; Ces tours là ne se font qu'aux bergers que l'on aime ; Vous vous plaindriez bien si j'en usais de même. On croit que Lisidor a lieu d'être content : J'ai vu pourtant Alphise , elle qui l'aime tant , A qui Daphnis mettait ses longs cheveux en tresse ; La belle avait un air de langueur , de paresse. Au contraire , Daphnis , d'un air vif, animé , S'acquittait d'un emploi dont il était charmé. Alphise en ce moment rougit d'être surprise. Et je rougis aussi d'avoir surpris Alphise.

TIRCIS

Iris qu'avez-vous dit ? on se fût figuré , Que le fidèle amour, des villes ignoré. S'était fait dans nos bois des retraites tranquilles : Mais on l'ignore ici comme on fait dans les villes. Ah! qui pourrait souffrir Menalque et Licidas? Charmé de leurs chansons , je suivais tous leurs pas. Maintenant que je sais qu'ils sont tous deux coupables j Je les fuis ; leurs chansons ne sont plus agréables.

PASTORALES. i3i

IRIS

Alphise et Timarète ont l'entretien charmant , Je les cherchais toujours avec empressement : Mais depuis que je sais qu' Alphise et Timarète N'ont point pour leurs amans la foi la plus parfaite, J'évile de les voir; et les jours les plus longs J'aime mieux les passer seule avec mes moutons.

TIRCIS

Puisque dans ce hameau les amours dégénèrent , Car tous nos vieux bergers , on sait comme ils aimèrent , Abandonnons ces lieux , Iris, retirons-nous , On y verra du ciel éclater le courroux. IRIS.

Non , vivons en des lieux où je serai charmée , Parmi tant de beautés , d'être la plus aimée ; Où par mes tendres soins Tircis sera nommé Parmi tant de pasteurs l'amant le plus aimé. Qu'il ne soit point ici de feux tels que les nôtres ; Jouissons du plaisir d'aimer plus que les autres, Et voyons en pitié tant de faibles amours , Qui souffrent le partage et changent tous les jours.

TIRCIS

Si je change jamais , si mon cœur se partage , Puissé-je en aucuns jeux n'obtenir l'avantage ; Puisse déplaire à tous mon plus doux chalumeau, Et ma voix faire fuir les belles du hameau.

IRIS

Ruisseaux qui murmurez , bois chargés de verdure.

Ecoutez mon berger , écoutez ce qu'il jure.

S'il trouve en son Iris un amour moins constant.

Je veux que tous mes traits changent au même instant ,

Et que sans ressentir une secrète peine ,

Je ne puisse jamais rencontrer de fontaine.

i3ï POÉSIES PASTORALES.

TIRCIS

O vous , Dieu des pasteurs , Déesse des amans , Ecoutez ma bergère , écoutez ses sermens.

IRIS

Bergers , qu'en ces hameaux on trouve redoutables , Vous lâcheriez en vain de me paraître aimables : Ne songez pas qu'Iris voie encore le jour, Pour Iris dans le monde il n'est qu'un seul amour.

TIRCIS

Bergères, qui causez tant de soupirs , de larmes , Ne comptez plus sur moi pour admirer vos charmes , Ne comptez plus sur moi pour ressentir vos traits ; Mes yeux à vos appas sont fermés pour jamais.

« Alors de mille voix ensemble confondues , » Et dans ce lieu tout à coup répandues , » Des deux amans l'entretien fut suivi : » Les nymphes , les sylvains dans leurs grottes obscures , » Témoins de ces ardeurs , si fidèles , si pures , » Leur applaudissaient à Tenvi.

AVERTISSEMENT

Le prologue qui suit n'est pas sérieux, aussi ne l'a-t-on pas mis à la lé te de la pièce '. Elle devait être jouée chez une dame , et ce prologue n'a clé fait que par rapport à elle.

' Dans cette édition nous avons cru devoir l'y placer.

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