‹ Œuvres de Fontenelle (volume 4)Chapitre 29 sur 256 · ONZIÈME ÉGLOGUE · texte numérisé non relu

ONZIÈME ÉGLOGUE

Datss le fond d'un valon est un lieu solitaire ,

» Proche cependant d'un hameau ; Rarement un berger y mena son troupeau , Mais un berger souvent y suivit sa bergère. » D'arbres épais il est environné ; Il s'y conserve une ombre , il y règne un silence

» Qui s'attirent la confidence

« D'un cœur tendre et passionné.

Un clair ruisseau tombant d'une colline,

Y roule entre les fleurs qu'il y vient abreuver ;

Et quoiqu'il soit encor près de son origine ,

Déjà ses petits flots savent faire rêver.

La beauté de ces lieux, toute inculte et champêtre

» Ne permet point que l'art ose y paraître ;

L'art même leur nuirait s'il les voulait parer :

» Tel en est l'aimable imposture ,

» Que quand on vient s'y retirer, » On se croit seul dans toute la nature.

« Là , sortant du hameau prochain Par différens chemins deux amans se rendirent Sans en être d'accord, l'un et l'autre comprirent

» Qu'ils ne s'y rendraient pas en vain. Quand ils se virent seuls , une joie amoureuse , jMieuxque dans leurs discours , éclata dans leurs yeux.. Seulement la bergère en fut un peu honteuse , >' Mais s'en songer à sortir de ces lieux. Ils s'assirent tous deux sur une douce pente » Que revêtait l'herbe tendre et naissante ,

» Iris un peu plus haut , Tircis un peu plus bas : » L'amour aux pieds d'Iris marquait toujours sa place ; » Et voici leurs discours , dont le charme et la grâce » Aux cœurs indifférens ne se montrera pas. »

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