ONZIÈME ÉGLOGUE
Datss le fond d'un valon est un lieu solitaire ,
» Proche cependant d'un hameau ; Rarement un berger y mena son troupeau , Mais un berger souvent y suivit sa bergère. » D'arbres épais il est environné ; Il s'y conserve une ombre , il y règne un silence
» Qui s'attirent la confidence
« D'un cœur tendre et passionné.
Un clair ruisseau tombant d'une colline,
Y roule entre les fleurs qu'il y vient abreuver ;
Et quoiqu'il soit encor près de son origine ,
Déjà ses petits flots savent faire rêver.
La beauté de ces lieux, toute inculte et champêtre
» Ne permet point que l'art ose y paraître ;
L'art même leur nuirait s'il les voulait parer :
» Tel en est l'aimable imposture ,
» Que quand on vient s'y retirer, » On se croit seul dans toute la nature.
« Là , sortant du hameau prochain Par différens chemins deux amans se rendirent Sans en être d'accord, l'un et l'autre comprirent
» Qu'ils ne s'y rendraient pas en vain. Quand ils se virent seuls , une joie amoureuse , jMieuxque dans leurs discours , éclata dans leurs yeux.. Seulement la bergère en fut un peu honteuse , >' Mais s'en songer à sortir de ces lieux. Ils s'assirent tous deux sur une douce pente » Que revêtait l'herbe tendre et naissante ,
» Iris un peu plus haut , Tircis un peu plus bas : » L'amour aux pieds d'Iris marquait toujours sa place ; » Et voici leurs discours , dont le charme et la grâce » Aux cœurs indifférens ne se montrera pas. »