SCÈNE VI
DIANE, LICORIS.
DIANE
Que tu prends un soin inutile , Ismène ! quelle erreur conduit ici tes pas ! Tu veux auprès de moi rendre ton cœur tranquille Et le mien ne l'est pas.
Tu fuis Endimion. Hélas!
Que tu choisis mal ton asile !
LICORIS.
Sans savoir de quel trait votre cœur est atteint. Elle se plaint à vous d'une flamme fatale; Avec plaisir on voit une rivale Qui souffre et qui se plaint.
iî6 POÉSIES
DIANE
En écoutant ses maux ma honte était extrême , D'imposer à ses yeux par un calme apparent. J'ai bravé de l'amour la puissance suprême ,
Et l'on me croît toujours la même ; ÎVIais je ne jouis plus des honneurs qu'on me rend ,
Et l'on me reproche que j'aime , Quand on vient me vanter mon cœur indifférent.
LICORIS.
Bannissez l'amour de votre âme , Son empire pour vous aurait trop de rigueur ; Toujours votre fierté combattrait votre flamme : L'amour ne répand point ses douceurs dans un cœur ,
S'il n'en est paisible vainqueur.
Dégagez-vous , songez que vous êtes déesse. Et daignez voir quel choix vous avez fait.
DIANE
Je rougis de ma tendresse, Et non pas de son objet.
L'aimable berger que j'adore , N'a point besoin d'un rang qui s'attire les yeux ; Il a mille vertus que lui-même il ignore ,
Et qui feraient l'orgueil des dieux.
L'amour lui paraît méprisable ; Et même en n'aimant rien , il en est plus aimable.
Que sa fierté dure toujours, Que toujours à l'amour elle soit plus rebelle. Hélas ! pour soutenir la mienne qui chancelle ,
Il me faut ce triste secours.
LICORIS.
Mais s'il ne sort jamais de sou indifférence ...
DIANE
Se sais trop à quel maux je dois me préparer.
Un éternel silence Cachera cet amour dont ma gloire s'offense ; En secret seulement j'oserai soupirer.
Je languirai sans espérance ;
Et craindrai même d'espérer.
DIANE ET LICORIS.
Ah ! faut-il que les cœurs sensibles à la gloire
Soient capables de s'attendrir?
On ne peut de l'amour empêcher la victoire ;
Il faut lui céder et souffrir.