SCÈNE PREMIÈRE
EiNDIMION , EURILAS.
ENDIMION.
Quel jour, quel heureux jour je vais voir célébrer! Nos bergers pour Diane ont secondé mon zèle ; Ce temple par mes soins s'est élevé pour elle,
Et nous allons le consacrer.
Jamais par des soupirs mon amour ne s'exprime , Du moins par des autels je le marque sans crime :
Ce détour, ce déguisement
Convient à mon respect extrême ;
Et mon cœur , pour cacher qu'il aime ,
Feint qu'il adore seulement.
i4S POÉSIES
EURILAS.
Cachez moins un amour fidèle ;
Vous n'êtes qu'un berger,
Diane est immortelle ;
IVÏais des appas d'une belle ,
Tous les yeux peuvent juger,
Et tous les cœurs ont droit de s'engager,
ENDIMION.
Si j'étais immortel , et Diane bergère.
Je craindrais eacor sa colère.
Mes feux n'osent paraître au jour; Je gémis sous les lois que le respect m'impose : Mais sa di%anité n'en est pas tant la cause ,
Que ses appas et mon amour.
EURILAS.
Que peut prétendre un amant dont la peine
Ne doit jamais se découvrir ?
Que n'avez-vous pris soin de vous guérir
Par l'hymen de l'aimable Ismène ?
Près d'un objet dont on est adoré.
On oublie à la fin une beauté cruelle : D'une funeste flamme un cœur n'est délivTC , Que par une flamme nouvelle ;
Et contre les amours , Les amours seuls sont un secours.
ENDIMION.
Je meurs d'un feu trop beau pour le vouloir éteindre ; Je ne puis espérer, et je n'ose me plaindre : Cependant un plaisir qui ne peut s'exprimer , Adoucit en secret des peines si cruelles ; Au milieu de mes maux, je m'applaudis d'aimer La plus fière de« immortelles.
EURILAS.
La fierté plaît, lorsque l'on est flatté ,
Du doux espoir de la victoire ; Mais vous ne pouvez croire Que Diane jamais perde sa liberté :
Quel charme a pour vous sa fierté?
ENDIMION.
Elle redouble sa gloire, Et le prix de sa beauté.
Je vois de nos bergers la troupe qui s'avance ; Eurilas, il est temps que la fête commence.