‹ Œuvres de Fontenelle (volume 4)Chapitre 42 sur 256 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

EiNDIMION , EURILAS.

ENDIMION.

Quel jour, quel heureux jour je vais voir célébrer! Nos bergers pour Diane ont secondé mon zèle ; Ce temple par mes soins s'est élevé pour elle,

Et nous allons le consacrer.

Jamais par des soupirs mon amour ne s'exprime , Du moins par des autels je le marque sans crime :

Ce détour, ce déguisement

Convient à mon respect extrême ;

Et mon cœur , pour cacher qu'il aime ,

Feint qu'il adore seulement.

i4S POÉSIES

EURILAS.

Cachez moins un amour fidèle ;

Vous n'êtes qu'un berger,

Diane est immortelle ;

IVÏais des appas d'une belle ,

Tous les yeux peuvent juger,

Et tous les cœurs ont droit de s'engager,

ENDIMION.

Si j'étais immortel , et Diane bergère.

Je craindrais eacor sa colère.

Mes feux n'osent paraître au jour; Je gémis sous les lois que le respect m'impose : Mais sa di%anité n'en est pas tant la cause ,

Que ses appas et mon amour.

EURILAS.

Que peut prétendre un amant dont la peine

Ne doit jamais se découvrir ?

Que n'avez-vous pris soin de vous guérir

Par l'hymen de l'aimable Ismène ?

Près d'un objet dont on est adoré.

On oublie à la fin une beauté cruelle : D'une funeste flamme un cœur n'est délivTC , Que par une flamme nouvelle ;

Et contre les amours , Les amours seuls sont un secours.

ENDIMION.

Je meurs d'un feu trop beau pour le vouloir éteindre ; Je ne puis espérer, et je n'ose me plaindre : Cependant un plaisir qui ne peut s'exprimer , Adoucit en secret des peines si cruelles ; Au milieu de mes maux, je m'applaudis d'aimer La plus fière de« immortelles.

EURILAS.

La fierté plaît, lorsque l'on est flatté ,

Du doux espoir de la victoire ; Mais vous ne pouvez croire Que Diane jamais perde sa liberté :

Quel charme a pour vous sa fierté?

ENDIMION.

Elle redouble sa gloire, Et le prix de sa beauté.

Je vois de nos bergers la troupe qui s'avance ; Eurilas, il est temps que la fête commence.

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