SCÈNE m
DIANE, LICORIS.
LICORiS.
Ainsi vous permettez qu'Ismcne soit contente ; Votre cœur à jamais reprend sa liberté • J'ai vu par son amour ce grand cœur agité ; Mais la gloire a vaincu, Diane est triomphante.
DIANE
Cesse de présenter ce triomphe à mes yeux , Il me coûte trop cher pour être glorieux.
DIANE ET LICORlS.
Qu'on est faible quand on aime !
Qu'il est difficile , hélas!
De vaincre un amour extrême !
i6a POÉSIES
Apres la victoire même , On rend cncor des combats.
DIA!>E
Je sais qu'Endimion ne me fait point d'outrage : Cependant son amom- m'irrite malgré moi ; Je ne prétends point à sa foi , Et ne puis souffrir c|u'il l'engage.
• Je me reproche à tout moment Cet aveugle caprice ; J'ai honte de mon injustice , Et je m'en punis en formant Des nœuds qui font tout mon tourment.
LICORIS.
^ C'est une peine affreuse
De rendre une rivale heureuse , C'est un effort cruel pour un cœur amoureux. IVIais lorsque la gloire est contente , Songez quelle douceur charmante Doit goûter un cœur généreux.
DIANE
Endimion dans ces lieux va paraître :
IMon dessein va s'exécuter; Je vais. . . mais quoi ! je sens mon feu se révolter ;
Je sens ma faiblesse renaître ; Par de nouveaux combats faut-il la surmonter ?
Dans cjuel désordre je retombe !
Que je crains qu'à la fin ma laisonne succombe !
Cruel Amour, es-tu content ?
Seule je te bravais dans la troupe céleste ; Mais sur mon cœur enfin ton empire s'étend. Tu vois ce cœur si fier, interdit et flottant ;
Le peu de force qui me reste
Peut me quitter en un instant.
Suis-je pour toi , dans cet état funeste , Un triomphe assez éclatant ?
Cruel Amour, es-tu content?
LICORIS.
Je vois Endimîon , paraissez plus tranquille ; Prononcez un aveu cjui vous fait soupirer ;
Plus cet effort est difficile ,
Moins vous devez le différer.