SCÈNE lY
DIANE, ENDIMION.
DIA?^E
Venez , Endimion , tout vous est favorable ; J'accorde Ismène à vos désirs.
EKDIMION.
Ah ! que mon sort est déplorable !
DIANE
Que dites-vous ? D'où naissent ces soupirs *
Jusques dans vos bontés le destin m'est contraire. Que ne rejetiez-vous des vœux si mal conçus?
DIANE
Quelle plainte osez-vous me faire?
Quoi! c'est ainsi que mes dons sont reçus? Que devient dès ce jour cette flamme nouvelle, Qu 'Ismène en vous fuyant a su vous inspirer ?
ENDIMION.
Hélas ! pouvez-vous ignorer
Que je suis sans amour pour elle ?
Mon trouble , mes vœux incertains , Ces soupirs échappés , mes bizarres dessoins, Tout ne vous dit-il pas qu'un autre amour m'enflamme.
i6^ POÉSIES
Que j'aî voulu l'arracher de mon âme, Et que tous mes efforts sont vains ?
DIATSJE.
Vous voulez sortir d'esclavage , Suivez votre projet avec plus de courage. On ne surmonte pas d'abord Le doux penchant qui nous entraîne ; Ce n'est pas un premier effort Qui brise une amoureuse chaîne.
ENDIMION.
Non , je veux conserver un malheureux amour ; Que vous importe-t-il que j'en perde le jour ?
DIANE
Je veux dans tous les cœurs , autant qu'il m'est possible,
Etablir la tranquillité.
Il n'est rien de plus doux pour une âme insensible , Que de voir en tous lieux régner la liberté.
ENDIMION.
Pourquoi , Déesse impitoyable , A combattre mes feux voulez-vous m'engager i' Je sais que je ne suis qu'un mortel , qu'un berger : Mais lorsque j'ose aimer un objet adorable ,
Du moins je ne suis pas coupable D'un téméraire aveu qui devrait l'outrager. De mon crime secret la peine est assez grande ; J'étouffe mes soupirs et mes gémissemens. Déesse , par pitié , laissez-moi mes tourmens ;
C'est tout le prix que je demande.
DIANE
Qu'entends-je? quoi, Berger.. .
ENDIMION.
Qu 'ai-je dit ? quel transport ?
Ciel ! ai-je rompu le silence ?
L'amour à mon respect a--t-il fait violence ? Ah ! vos yeux irrités m'instruisent de mon sort : J'y vois tout mon forfait et toute mon offense ; Mon feu s'est découvert , j'ai mérité la mort.
SGÈJNE V.