PORTRAIT DE CLARICE
J'espère que Vénus ne s'en fâchera pas , Assez peu de beautés m'ont paru redoutables ;
Je ne suis pas des plus aimables ,
Mais je suis des plus délicats.
J'étais dans l'â^e où règne la tendresse ,
Et mon cœur n'était point touché.
Quelle honte ! il fallait justifier sans cesse
Ce cœur oisif qui m'était reproché.
Je disais quelquefois : Qu'on me trouve un visage , Par la simple nature uniquement paré , Dont la douceur soit vive , et dont l'air vif soit sage , Qui ne promette rien , et qui pourtant engage ; Qu'on me le trouve , et j'aimerai.
Ce qui serait encor bien nécessaire , Ce serait un esprit qui pensât finement.
Et qui crût être un esprit ordinaire , Timide sans sujet, et par là plus charmant; Qui ne put se montrer ni se cacher sans plaire ;
Qu'on me le trouve , et je deviens amant.
On n'est pas obligé de garder de mesure
Dans les souhaits qu'on peut former :
Comme en aimant je prétends estimer,
Je voudrais bien encore un cœur plein de droiture i Vertueux sans rien réprimer ; Qui n'eût pas besoin de s'armer
D'une sagesse austère et dure , Et qui de Tardeur la plus pure Se pût une fois enflammer ; Qu'on me le trouve, et je promets d'aimer.
Par ces conditions j'eiEfrayais tout le monde-.
Chacun me promettait une paix si profonde ,
Que j'en serais moi-même embarrassé.
Je ne voyais point de bergère ,
Qui d'un air un peu courroucé
Ne m'envoyât à ma chimère.
Je ne sais cependant comment l'amour a fait , Il faut qu'il ait long-temps médité son projet ; Mais enfin il est sûr qu'il m'a trouvé Clarice, Semblable à mon idée , ayant les mêmes traits: Je crois , pour moi , qu'il me l'a faite exprès.
Oh ! que l'amour a de malice !