LES JEUX OLYMPIQUES
Sur une passion qui a^ ait déjà duré cinq ans.
Jadis de cent ans en cent ans La magnifique Rome , à tous ses habitans ,
Donnait une superbe fête , Et les hérauts criaient : » Citoyens , accourez , » Vous n'avez jamais vu , jamais vous ne verrez
» Le spectacle qu'on vous apprête. »
Ce n'est pas qu'à parler dans la grande rigueur , On n'eût bien pu trouver quelque tête chenue ,
D'une opiniâtre vigueur, Par qui la fête eût été déjà vue.
Mais, quoi ! dans la condition Où les dieux ont réduit la triste vie humaine y
Un cas si singulier ne valait pas la peine Qu'on en fît une exception.
Telle est chez les Amours la coutume établie ,
La même chose s'y publie A des jeux solennels qu'ils célèbrent entre eux. Mais ce qui doit causer une douleur amère , C'est que tous les quatre ans on célèbre ces jeux :
Cependant pour ces malheureux
C'est une fête séculaire ;
Jamais un Amour n'en voit deux.
Avoir vécu deux ans , la carrière est jolie ;
Trois, c'est le bout du monde , on ne les peut passer:
Mais aller jusqu'à quatre , oh ! ce serait folie ,
Si seulement ils osaient y penser.
Ils n'avaient pas jadis les mêmes destinées : Un amour fournissait sa quinzaine d'années ; Sa vingtaine , pour faire un compte encor plus rond. Hélas ! bien moins de temps aujourd'hui les emporte : Et s'il faut que toujours ils baissent de la sorte, Dieu sache ce qu'ils deviendront.
Quel fut l'étonnement de la troupe légère ,
Lorsqu'à ces derniers jeux , et dans un grand concours ,
S'avança le doyen de Chypre et de Cythère ,
Le Mathusalem des Amours , Un Amour de cinq ans , et qui de ce spectacle Leur eût fait par avance un fidèle rapport ! Le petit peuple ailé , dans un commun transport ,
Battit des mains , cria miracle.
Mais , grands Dieux ! que ne fut-ce pas Quand il vint dans la lice , et malgré ce grand âge , ^ur de jeunes rivaux remporta l'avantage ;
Car ces jeux ressemblaient à ceux que vit l'EJide , Jeux guerriers où venaient s'exercer les Amours ,
En mille différens combats ?
Tantôt à dcclarer une flamme timide ,
Qui veut parler et qui se tait toujours; Tantôt à placer bien ces douces bagatelles , Ces petits soins qui touchent tant ; Tantôt à se plaindre des belles Avec respect , et même en s'emportant.
Que sais-je enfin ? sous cette fausse image Ils préludent ensemble à leurs charraans emplois ; Rien n'aide tant à leurs exploits Que ce solide apprentissage.
D'une foule d'Amours le vainqueur fut suivi.
De toutes parts l'allégresse s'exprime : L'mi admire à cinq ans quelle force l'anime ;
L'autre veut savoir le régime
Dont jusqu'alors il s'est servi.
Mais lui , ce ne sont pas ici , comme j'espère, Dit-il, les derniers jeux où je me trouverai, Il n'est pas encor temps que je sois admiré ;
Et qu'il soit dit sans vous déplaire , Tous tant que vous voilà , je vous enterrerai. Mon destin sera tel , que , des Amours antiques , Chez les Amours futurs moi seul je ferai foi ; On me consultera sur de vieilles pratiques Dont la mémoire aurait péri sans moi.
Mais puisque vous voulez savoir ce qui me donne Cette longue santé dont vous êtes surpris, Je vis de ce beau feu qui sort des yeux d'Iris , Et . comme on voit, la nourriture est bonne.