LA MACREUSE
Sur ce qu'on trnitail de Mangeuse un homme qui paraissait fort indiffèrent, et qui cependant ne l'était pas.
D'un marais du septentrion
Sortit jadis une macreuse ,
Dont la froideur était fameuse
Parmi sa froide nation.
Il est dit dans une chronique ,
Qu'un jour Iris vit en passant
Ce pau\Te animal aquatique
Tont engourdi , tout languissant.
Aussitôt de l'oiseau le sang froid se dégèle ;
Sa forme change ; et par le don
Qu'avaient les regards de la belle ,
La macreuse devient pigeon.
Vous devinez qu'à ce spectacle
Tout le monde cria miracle ; Point du tout. Et pourquoi si peu d'étonnement i*
C'est qu'Iris fit ce changement.
La macreuse soudain , fière de ne plus l'être , Va dans un colombier se faire reconnaître ,
Prendre son rang , jouir des droits
D'un nouvel être qui l'honore ; Et qui plus est, plus mille fois encore ,
Aimer pour la première fois.
Qu'elle se sentit peu de sa triste origine ! Qu'elle sut faire honneur à la vertu divine
Qui rendait son destin si beau !
Dans letirs caresses amoureuses , Tous les autres pigeons, pigeons dès le berceau
Semblaient eux-mêmes des macreuses.
Aussi de ses amours en tous lieux signalés , Telle fut la gloire éclatante , Que quand la déesse charmante , Qui sous ses lois tient les enfans ailés , Perdit un des pigeons à son char attelés , Notre macreuse eut le place vacante.
Sur ce qu'en écrivant à une personne, on n'avait osé écrire le mot (ïamour, et qu'on l'avait laissé en blanc.
Hier peut-être , Amour, je te parus coupable,
Même en implorant ton pouvoir , Je n'osai prononcer ton nom , ce nom aimable Que jamais l'univers n'entend sans s'émouvoir. ~
J'eus trop d'égard pour ime indifférente , Je craignis plus de l'offenser que toi : Mais d'un respect poussé plus loin que je ne doi ,
Le moyen que je me repente ?
N'est-ce pas toi , grand Dieu , qui m'en as fait la loi .' La seule criminelle est la beauté que j'aime. De ton nom outragé venge l'honneur suprême ;
La peine que lu dois choisir ,
C'est que bientôt avec plaisir
Elle le prononce elle-même.
S;i POÉSIES