‹ Œuvres de Fontenelle (volume 4)Chapitre 67 sur 256 · LA MACREUSE · texte numérisé non relu

LA MACREUSE

Sur ce qu'on trnitail de Mangeuse un homme qui paraissait fort indiffèrent, et qui cependant ne l'était pas.

D'un marais du septentrion

Sortit jadis une macreuse ,

Dont la froideur était fameuse

Parmi sa froide nation.

Il est dit dans une chronique ,

Qu'un jour Iris vit en passant

Ce pau\Te animal aquatique

Tont engourdi , tout languissant.

Aussitôt de l'oiseau le sang froid se dégèle ;

Sa forme change ; et par le don

Qu'avaient les regards de la belle ,

La macreuse devient pigeon.

Vous devinez qu'à ce spectacle

Tout le monde cria miracle ; Point du tout. Et pourquoi si peu d'étonnement i*

C'est qu'Iris fit ce changement.

La macreuse soudain , fière de ne plus l'être , Va dans un colombier se faire reconnaître ,

Prendre son rang , jouir des droits

D'un nouvel être qui l'honore ; Et qui plus est, plus mille fois encore ,

Aimer pour la première fois.

Qu'elle se sentit peu de sa triste origine ! Qu'elle sut faire honneur à la vertu divine

Qui rendait son destin si beau !

Dans letirs caresses amoureuses , Tous les autres pigeons, pigeons dès le berceau

Semblaient eux-mêmes des macreuses.

Aussi de ses amours en tous lieux signalés , Telle fut la gloire éclatante , Que quand la déesse charmante , Qui sous ses lois tient les enfans ailés , Perdit un des pigeons à son char attelés , Notre macreuse eut le place vacante.

Sur ce qu'en écrivant à une personne, on n'avait osé écrire le mot (ïamour, et qu'on l'avait laissé en blanc.

Hier peut-être , Amour, je te parus coupable,

Même en implorant ton pouvoir , Je n'osai prononcer ton nom , ce nom aimable Que jamais l'univers n'entend sans s'émouvoir. ~

J'eus trop d'égard pour ime indifférente , Je craignis plus de l'offenser que toi : Mais d'un respect poussé plus loin que je ne doi ,

Le moyen que je me repente ?

N'est-ce pas toi , grand Dieu , qui m'en as fait la loi .' La seule criminelle est la beauté que j'aime. De ton nom outragé venge l'honneur suprême ;

La peine que lu dois choisir ,

C'est que bientôt avec plaisir

Elle le prononce elle-même.

S;i POÉSIES

Page 1