FABLE
Ils sont deux dieux , portant ailes au dos , Les plus médians qu'ait Jupin à sa table : L'un est le Temps, mangeur insatiable.
Vieillard chenu, mais, hélas! trop dispos; Et l'autre, qui:' c'est l'enfant de Paphos. Quand cet enfant a pris beaucoup de peine Chez son beau-père à forger une chaîne , Qui de deux cœurs doit unir le destin, Vient le barbon qu'on ne peut trop maudire , Qui vous la ronge et vous l'use à la fin; Adieu la chaîne , et le vieillard malin S'envole ailleurs , riant d'im vilain rire. Fut-il jamais, sous sa cruelle dent.
Liens si forts qu'ils fissent résistance ? Ces jours passés je le vis cependant Avec l'Amour en bonne intelligence.
Tous deux , tous deux , l'enfant et le vieillard y Ils composaient une chaîne durable ;
r86 POÉSIES
Le Temps lui-même en serrait avec art Tous les chaînons. N'est-ce point une fable ? Non , je l'ai vu , vu de mes propres yeux , Ou je le sens , pour vous dire encor mieux.