‹ Œuvres de Fontenelle (volume 4)Chapitre 71 sur 256 · AUTRE · texte numérisé non relu

AUTRE

Tu sais quel est l'objet. Amour, dont j'ai fait choix. Fais que de ses beaux yeux j'éprouve seul les armes; INe crains point d'être injuste à l'égard de ses charmes, En ne soumettant pas mille cœurs à ses lois. Mon cœur est assez tendre , il est assez fidèle

Pour l'acquitter envers elle

De tout ce que tu lui dois.

L'AININIVERSAIRE.

Dans un lieu sombre et ténébreux , Le dixième janvier, s'assemblèrent les sages, Censeurs du monde et presque anlropophages, Gens sans amour , et rêvant toujours creux. De longs habits de deuil la troupe était couverte , De deuil était tendu le funeste séjour.

L'an précédent, à pareil jour, D'un de leurs compagnons ils avaient fait la perte; Il avait déserté ; (piand un sage déserte , Ne le cherchez que chez l'Amour.

Dans des chants où régnait une tristesse extrême ,

De celui qui manquait ils déploraient le sort. Hélas ! disait avec transport Un orateur à face maigre et blême , C'était pour notre corps un sujet excellent. Quel paresseux ! quel indolent !

Quel ennemi du soin et de la veille ! Qu'il eut pour ne rien faire un merveilleux talent !

Qu'il dormait bien sur Tune et l'autre oreille î A peine quelquefois paraissait-il galant, Je sais qu'il faisait mal d'en faire le semblant : Mais que cette apparence était peu criminelle , Auprès de cet amour sincère et violent Qui nous en a fait im rebelle 'i Le discoureur en était là , Quand le sage défunt parut et le troubla, Comme un spectre sorti du ténébreux rivage. Messieurs , leur dit-il , me voilà , Et voilà celle qui m'engage.

Critiquez ce portrait, vous savez critiquer; Et comme un peu de temps vous sera nécessaire.

Je ne veux pas vous en laisser manquer; Je reviens dans un an , à Taulre anniversaire.

En attendant, je vous déclare à tous Que j'aime , que l'on m'aime , et que vous êtes fous.

Sur des distractions dans l'élude de la géoniéliic.

Lorsque je tiens les horribles écrits

Des successeurs d'Euclide et d'Archimède,

Contre la joie infaillible remède.

Rude supplice aux plus (ristes esprits ;

Je vois l'Amour, et je suis tout supi-is

Qu'il me vient là faire une parenthèse.

POÉSIES Pense un moment, dit-il, à ton Iris ; Tu penseras vm peu plus à ton aise.

Très volontiers , lui dis-je , mon mignon. Je sais trop bien qu'on ne lui dit pas non ; J'accomplis l'ordre, et d'assez bonne grâce. Puis je reprends mes savans, et l'ennui, Priant l'Amour de leur céder la place , La compagnie est mauvaise pour lui.

S'en va-t-il? non. Parenthèse nouvelle.

Encore Iris , encore une fois , soit.

Deux s'il le faut , on peut faire pour elle , 1

Sans faire trop , un peu plus qu'on ne doit. Mais à la fin, lorsque je m'en crois quitte, Que mon devoir est fait , et par delà, JVIon enragé , mon traître est encor là , Et son Iris. En vain je me dépite ; Au diable soit le lutin obstiné !

C'est encor pis, j'en suis mieux lutine , Je n'y sais plus que prendre patience ; Et puisqu'il faut que je pense et repense A cette Iris , et la nuit et le jour , Pensons-y donc. Adieu vous dis , Science , Je veux avoir la paix avec l'Amour.

Sur un commerce d'amour, qui subsistait sans fureurs, sans jalousie, etc.

A voir l'amour tel qu'il erre en ce monde Les yeux en feu , la mine furibonde , Barbare auteur des pleurs les plus amers, On le prendrait pour le fils de" Mégère , Qui s'est armé des serpens de sa mère , Et vient chez nous transporter les enfers.

Mais grâce à vous , et grâce à moi peut-être. On le peut voir sous des traits moins connus , Nos tendres feux l'obligent de paraître Comme le fils de l'aimable Vénus.

Sur un porti-ait de Descartes.

Avec sa mine refrognée , Elevé sur ma cheminée , Descartes dit : Messieurs , c'est moi Qui dans ces lieux donne la loi.

Mais au fond d'une alcôve obscure Se cache une aimable figure Qui se moque du ton qu'il prend , Et dit tout bas : Oh l'ignorant!

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