‹ Œuvres de Fontenelle (volume 4)Chapitre 80 sur 256 · AU ROI · texte numérisé non relu

AU ROI

Sur le recouvrement de sa santé,

La crainte et les soucis loin de nous se retirent ; Que de notre bonheur nos ennemis soupirent , France , porte à leurs yeux avec plus dp fierté Les lis et les lauriers dont tu le ceins li Lete. Tu vois de ton héros les jours en sûreté ; Triomphe , la plus belle et plus noble conquête

Ne l'a jamais tant mérité.

Qu'il souffrit de vives atteintes ,

Lorsque d'officieuses mains Lui prêtaient à regret des secours inhumains ! Il tenait ses douleurs captives et contraintes ,

Il leur refusait fièrement D'un soupir ou d'un cri le vain soulagement; On n'a connu ses maux que par nos plaintes.

L'art qui par d'utiles rigueurs

Répare et soutient la nature ,

Ne lui faisait point de blessure Qui ne se fît sentir jusqu'au fond de nos cœurs.

Que les menaces passagères Qui parurent alors du céleste courroux, Allirèrent de vœux empressés et sincères! En offrir pour Louis, c'est en offrir pour nous. Telle est à nos regards l'horreur qui se présente ,

Telle est la subite épouvante Qui saisit l'univers surpris, inquiété,

Quand le soleil dans sa course éclatante Perd , ou semble du moins perdre cette clarté

s POÉSIES

Par qui la nature est vivante , Et qui seule en fait la beauté.

Si prodiguant sa vie on en sauvait une autre , Nous n'eussions pas craint pour la vôtre , Grand Roi ; nous étions prêts à renoncer au jour. Mais Dieu vous rend à nous, content de reconnaître Que par l'excès de notre amour Nous sommes dig:nes d'un tel maître.

Que nos cœurs sont reconnaissans \ Quelle vive allégresse en tous lieux se déploie î

De là partent tous ces encens Que d'ici vers le ciel un peuple heureux envoie , Et ces concerts sacrés tous les jours renaissans y Et ces larmes , de notre joie Témoms encore plus puissans.

Que Louis vive, il n'est aucune grâce Dont nous devions importuner les cieux.

Quand le plus grand des héros de sa race, Charles, abandonnant le séjour glorieux, Où près du trône saint il occupe une place ,

Reviendrait régner en ces lieux; Quand recommençant même une course nouvelle, Il soumettrait aux Francs, pour la seconde fois. Et le Lombard perfide et le Saxon rebelle ; Qu'il apprendrait aux Huns à vivre sous des lois , Ebranlerait l'empire ennemi de la croix , Qu'au milieu de l'Espagne avait fondé le More : Ah! nous regretterions encore Et Louis et ses grands exploits.

Quel autre sur le Rhin se frayant un passage, Eût fait fendre cette onde aux pieds de ses chevaux , Et par ce grand péril eût sur l'autre rivage Cherché d'autres périls et de plus grands travaux ?

On voit avec terreur la Flandre helliqneuse Baissant sous notre joug une tele orgueilleuse ,

Qui n'a plié que sous mille hauts faits ; Et la Bourgogne aux lis autrefois arrachée ,

A ces mêmes lis attachée Par un bras qui répond qu elle l'est pour jamais Ces suberbes rochers , d'où Luxembourg, tranquille, Bravait des assiégeans la valeur inutile ,

De nos efforts se sont-ils garantis :' Des desseins que jamais on n'aurait pressentis, Ont fait naître en un jour deux conquêtes nouvelles , Sous qui le Pô , le llhin , jusqu'au sein de Thétis ,

Tremblans et désormais fidèles,

Roulent leurs flots assnjêtis.

Sur les sables brûlans de l'Afrique alarmée , Des brigands redoutés par des crimes heureux , De nos foudres encor respirent la fumée , Ils frémissent encor des ravages affreux Qui restent dans leurs murs de la pluie enflammée Qu'un ordre de Louis fit descendre sur eux. L'infâme soif de l'or qu'ils ne peuvent éteindre , Désormais cependant respecte nos vaisseaux : De leurs avides mains l'ardeur sait se contraindre. Nos trésors à leurs yeux sont portés sur les eaux ; On n'a plus sur la mer que la mer seule à craindre. Mais de tous ces exploits et l'éclat et le fruit, Et tout ce que Louis a fait par son tonnerre , Cède à l'ouvrage saint que la paix a produit. Cette hydre qui sortant de l'éternelle nuit, Déclarait au ciel mên^e ime insolente guerre ; Tombe sous le héros dont le bras la poursuit,

Et ses cent têtes sont par terre.

Elles semblaient pourtant devoir se relever ,

to POÉSIES

Dans peu leurs sifflemens pouvaient se faire enteiidfe ; La nouvelle fureur qu'elles allaient reprendre ,

Plus que jamais eût osé nous braver.

Mais libre du péril que craignait votre empire, Vous vivez , grand Monarque , et sans que votre bras S'attache contre l'hydre à de nouveaux combats.

Elle vous voit, et pour jamais expire.

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