AUTRES VERS
Je me croyais désormais dispensé
De me livrer à l'amoureuse flamme ,
Et je sentais un calme un peu forcé,
Qui par degré revenait dans mon âme.
Je vous ai vue, et tout est renversé.
Ne croyez pas pourtant que je m'en plaigne.
Il n'eût régné dans le fond de mon cœur
Qu'un triste vide, une froide langueur.
J'aime bien mieux que votre image y règne;
Elle remplit seule tous mes instans.
Absent de vous, je vous vois, vous entends.
J'ignorerais avec moins de tendresse
Des doux transports la plus charmante ivresse.
DIVERSES. a3i
Sans concevoir de téméraires vœux, Mon sentiment est payé par lui-même.
Heureux, Iris , et mille fois heureux, Qui peut aimer autant que je vous aime !
L'AMOUR
Au petit de Morangis.
Je viens , aimable enfant , vous rendre une visite , Moi qui suis enfant comme vous.
Cette faveur n'est pas petite , Bien d'autres en seront jaloux :
Car avec des enfans je ne m'arrête guère; Je veux des gens un peu plus avancés.
Mais pour vous, je vous considère.
Je connais monsieur votre père , Je pense aussi qu'il me connaît assez.
Il craignait d'avoir une fille -, Elle n'eût pas si bien soutenu sa maison. Je le craignais aussi , mais par une raison ,
Qui n'est pas raison de famille.
Une fille eût sans doute étendu mon empire, Eût inspiré l'amour; mais pour le sentir, non. J'aime beaucoup mieux un garçon, Et qui le sente et qui l'inspire.
Vous voilà donc au monde ; hé bien , qu'en dites -vous:
C'est du hasard un effet assez doux , Que de vous y trouver en aussi belle passe. Si , comme on croit , vous aller vous mêler D'imiter ceux de votre race , Vous trouverez à qui parler.
Pélats, ambassadeurs, gens de robe et <l'épée , Héros de toutes les façons ,
On verrait votre vie assez bien occupée
A soutenir un seul de ces grands noms. Mais si vous imitez jusques à votre père , ( A vous dire le vrai , ce sera le meilleur ) Si le sang ne faisait la moitié de l'affaire , Vous n'en pourriez jamais sortir à votre honneur. Quand vous travaillerez sur de si grands exemples. Au moins souvenez-vous de moi de temps en temps ; Adieu , dans seize ou dix-sept ans
Je vous rendrai des visites plus amples.
Sur cette expression assez commune : tuer le temps. C'est le Temps qui parle.
Lorsque pour s'amuser sans cesse ils s 'évertuent , Ces messieurs les humains , ils disent qu'ils me tuent :
Moi , je ne me vante de rien ;
Mais , ma foi , je m'en venge bien.