PLACET
Présenté par un officier de marine a M. le comte de Pontchartrain , qui était pour lors jeune conseiller au parlement, et qui fut depuis ministre de la marine'.
Ou la Gaillarde, ou la Badine ,
Ou V Alcyon; en voilà trois.
Il faut , Seigneur , que votre choix
En peu de temps se détermine.
Mais à l'humeur qui vous domme,
Assez aisément je prévois
Que j'aurai de vous la Badine.
Si la Badine toutefois
Etait une jeune blondine,
' L'officier demandait le commandement d'une frégate.
Ou brunctte à joli minois , Piquante , vive , un peu mutine , Fringante jusqu'aux bouts des doigts Vous ne seriez pas si courtois Que de m'accorder la Badine , Et jamais je n'en tâterois.
Ams vous iriez à la sourdine , Oubliant les sacs et les lois , Et toute autre bonne doctrine , En badinant prendre les droits Que donne une ardeur libertine, Dans le temps où l'ombre et Cyprine Favorisent les doux exploits Auxquels la jeunesse est encline.
Mais non, Seigneur, cette Badine Dont l'amour me met aux abois , Ce n'est point ce qu'on s'imagine.
C'est, ou je me donne cent fois Au noir mari de Proserpine, Ou bien au diable en bon François , C'est une certaine macbine Faite communément de bois , Qui vogue sur l'onde marine , Qui brise , fracasse, extermine, Et souffle comme petits pois , Les enfans d'une couleuvrine.
Qu'il ferait beau voir ma Badine , En se jouant prendre un Anglois , Qui soudain prendrait une mine Sérieuse et même chagrine, Et se plaindrait en son patois.
Que semblable jc^u le ruine !
Seigneur, écoutez donc ma voix :
a36 POÉSIES
Ainsi par la grâce divine , Où celle du plus grand des rois , Puisse la mer qu'on vous destine Vous obéir en peu de mois , Depuis les bords de Palestine Jusqu'aux rivages Iroquois !