ALCIDON, TIRCIS, THAMIRE
Entendrai-je toujours retentir nos bocages
De ces vaines chansons ?
Pourquoi rendre à l'amour ces indignes hommages ? Il trouble seul , par ses cruels ravages ,
Le repos dont nous jouissons.
S'il n'était point d'amour au monde ,
Que les bergers seraient heureux!
Les charmes d'une paix profonde , Les iimocens plaisirs n'étaient faits que pour eux.
S'il n'était point d'amour au monde ,
Que les bergers seraient heureux !
Ne souffrons point qu'il nous enchaîne ; Qui résiste d'abord, en triomphe toujours.
TIRCIS
Berger, vous cesserez de tenir ce discours ; Vous n'avez jamais vu Climène.
THAMIRE
J'ai vu mille beautés qui ne m'ont point surpris ; J'ai vu Sylvie, Aminte , et Lisette, et Doris, Attaquer mon repos dont leur fierté s'offense ; Mon cœur s'est éprouvé contre tous leurs appas :
Je suis sorti de ces divers combats
Plus assuré de mon indifférence.
Que puis- je avoir à redouter '^ S'il faut combattre encor , ma victoire est certaine.
ALCIDON
Berger , tout cet orgueil se laissera dompter ; Vous n'avez jamais vu Climène.
THAMIRE
Hé bien , qu'elle paraisse avec tous ses attraits ; Elle n'a jamais vu Tliamire,
Elle apprendra qu'on peut braver ses traits; J'insulterai ces yeux dont l'éclat vous attire ,
En conservant une profonde paix.
ALCIDON ET TIRCîS.
Ah ! ne poursuivez pas , vous vous rendez coupable ; De son pouvoir l'amour est trop jaloux. Quelle vengeance effroyable Vous prépare son courroux!
Nous en frémissons pour vous.
THAMIRE
Ne craignez rien pour moi, je saurai me défendre. L'empire de l'amour aurait peine à s'étendre , Si de l'indifférence on savait mieux le prix. Tout son pouvoir se borne à prendre De faibles cœurs qui veulent être pris.