LE ROSSIGNOL, LA FAUVETTE ET LE MOINEAU
EABLE.
Le tendre rossignol et le galant moineau , L'un et l'autre amoureux de la jeune fauvette ,
Sur les branches d'un jeune ormeau ,
Lui parlaient un jour d'amourette.
Le petit chantre ailé , par des airs doucereux , S'efforçait d'amollir le cœur de cette belle. Je serai , lui dit-il , toujours tendre et fidèle ,
Si vous voulez me rendre heureux.
De mes douces chansons vous savez l'harmonie , Elles ont mérité le suffrage des dieux.
Désormais je les sacrifie A chanter vos beautés , votre nom en tous lieux ; Les échos de ces bois le rediront sans cesse ; Et j'aurai tant de soin de le rendre éclatant , Que votre cœur enfin sera content
De voir l'excès de ma tendresse.
Et moi, dit le moineau , je vous baiserai tant. • • A ces mots , le procès fut jugé d^ns Tinslanl En faveur de l'oiseau qui porte gorge noire.
On renvoya l'oiseau chantant ,
Voilà la fin de mon histoire.
En voici la morale, et qu'il faut retenir.
Beautés , qui tous les jours voyez dans vos ruelles Un tas d'amans transis ne \ ous entretenir
Que de leurs vains soupirs, de leurs peines cruelles ,
Et d'autres fades bagatelles , Songez à préférer le solide au brillant. On se passe fort bien de vers , de chansonnette ; Le talent du moineau , c'est là le vrai talent. Je sais mainte Cloris du goût de la fauvette, A moins qu'il ne se trouve un tiers oiseau donnant: Alors il n'est pas étonnant Que ce dernier gagne sur l'étiquette.