‹ Œuvres de Fontenelle (volume 5)Chapitre 1 sur 36 · Oeuvres de Fontenelle · texte numérisé non relu

Oeuvres de Fontenelle

j3ernard le Bovier* ue Fontenélle, homme célèbre par l'universalité de ses connaissances et de ses talens, aussi bien que par la délicatesse et les agrémens de son esprit, et dont le nom fait époque dans les annales de l'esprit humain, à cause de l'influence particulière qu'il a exercée sur les sciences et sur notre littérature, naquit le i ! février 1657 à Rouen, d'un avocat au parlement de cette ville, et de Marthe Corneille, sœur de l'immortel auteur de Poljeucte et de Cinna. On a remarqué que Fontenelle , dont la vie devait embrasser tout un siècle , avait failli mourir de faiblesse , le jour même de sa naissance.

Il fit ses études au collège de sa ville natale, et ses succès précoces semblèrent présager que son esprit devait s'étendre à tout. La note que les jésuites, ses maîtres, avaient jointe à son nom sur le registre du collège, n'était pas d'un augure moins

' Dans l'origine ce nom s'écrivait Le Bnujrer.

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favorable. Elle était ainsi conçue : Adolescens omnibus partibiis absolutiis ; jeune homme accompli dans tous les genres. Dès l'âge de treize ans, étant alors en rhétorique , il composa , pour le prix des Pâlinods de Rouen, une pièce de vers latins, qui, sans avoir été couronnée, fut cependant jugée digne de l'impression. On a encore de lui plusieurs autres pièces latines ou françaises , qui datent à peu près de la même époque. Dans la suite, Fontenelle plaisantait lui-même très agréablement sur ces productions de son jeune âge. « J'ai fait dans ma » jeunesse, disait-il un jour, des vers grecs et la- » tins , aussi beaux que ceux d'Homère et de yir- « gile; vous jugez bien comment : c'est que je les » avais pris dans ces deux poètes. » A sa sortie du collège, il fit un cours de droit pour se conformer aux volontés de son père, fut reçu avocat, plaida une cause, la perdit, et croyant pressentir qu'il n'était point appelé au barreau, il jura de ne plus plaider et tint parole. Dès lors, il se livra tout entier à la culture des lettres et des sciences , qui lui souriaient bien davantage, et qui lui promettaient une gloire plus assurée.

Fontenelle n'était âgé que de dix-sept ans lorsqu'il vint à Paris en 1 6^4 ? ^t ce fut sous les auspices de Thomas Corneille , son oncle , qui rédigeait alors avec Visé le Mercure galant^ tju'il débuta dans la carrière littéraire. Quelques pièces de vers, insérées dans ce recueil , commencèrent sa réputation comme poète bel-esprit. Peu après, il fit imc

SUR FONTENELLE. Vi]

grande partie des opéras de Psyché et de Bellerophon, qui furent représentés en 1678 et 1679 sous le nom de Thomas Corneille. Il s'était mis sur les. rangs en 1675 pour le prix de poésie de l'académie française , et n'avait obtenu que l'accessit. La chute de sa tragédie di^éspar^ qu'il donna en 1681 , lui apprit qu'il n'était pas destiné à recueillir la succession poétique du grand Corneille; il jugea sa pièce avec autant de sévérité que le public, et jeta le manuscrit au feu. C'était à cette pièce que Racine faisait remonter l'origine des sifflets , dans une épigramme qu'il lança contre Boyer , Pradon et Fontenelle.

Dans les travaux de l'esprit, comme dans beaucoup d'autres , il n'est pas toujours donné à l'homme de découvrir tout d'un coup le genre qui convient le mieux à ses talens. En cela, la nature ne fait des exceptions qu'en faveur de quelques génies privilégiés , qui se trouvent incontinent placés dans la sphère qui leur est propre. On prend souvent pour une inclination marquée vers tel ou tel art, telle ou telle science , cette disposition naturelle de l'esprithumain qui nous porte machinalement à imiter ce qui se fait sous nos yeux. Témoin de l'immense gloire que son oncle avait acquise sur la scène française , Fontenelle , doué de quelques talens poétiques , s'était cru de force à marcher sur ses traces. La disgrâce de sa muse tragique le détrompa, parce qu'il avait un bon esprit. Il chercha dès lors avec attention le genre de littérature dans lequel

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il pouvait le mieux réussir, et il publia successivement les Dialogues des Morts , les Lettres du chevalier d'Her , les Entretiens sur la pluralité des

Mondées , X Histoire des Oracles , et ses Poésies pastorales ; ouvrages qui ne sont pas tous à l'abri de la critique, mais qui prouvèrent que l'auteur pouvait exceller clans plus d'un genre.

Fontenelle prit parti dans la fameuse querelle sur les anciens et les modernes, et se rangea parmi les sectateurs de ces derniers. La tournure même de son esprit semblait lui assigner cette place. Il avait peut-être plus de droit que tout autre, de dire comme madame de Sévioné : Les anciens sont beaux, mais nous sommes plus jolis. Quoi qu'il en soit, il apporta dans cette vive polémi- (|ue toute la modération polie qui faisait le fond de son caractère ; ce qui ne l'empêcha pas toutefois de déplaire extrêmement à plusieurs académiciens du parti opposé, tels que Racine et Roileau, qui affectèrent de le mépriser et lui fermèrent longtemps les portes de l'académie. Quatre fois il s'y présenta comme candidat, et quatre fois il en fut repoussé. Ces échecs ne le découragèrent point; son discours sur la Patience, qui remporta le prix d'éloquence de l'académie, en 1689, prouve qu'il savait analyser cette vertu , aussi bien cjue la mettre en pratique. Deux ans après, il se mit de nouveau au rang des candidats, et cette fois, sa réputation l'emporta; il fut proclamé académicien. 11 n'avait alors que trente-quatre ans, et l'acadé-

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mie française ne s'était pas encore ouverte à un aussi jeune écrivain.

Cultivant avec autant d'assiduité les sciences que les lettres, Fontenelle se fit bientôt connaître dans le inonde savant par sa préface des Infiniment petits du marquis de lllôpital; et , lors du renouvellement de l'académie des sciences en 1699, ayant été nommé secrétaire de cette société, il continua d'en exercer les fonctions pendant quarante-deux ans sans interruption , publiant chaque année un volume de l'histoire de cette académie ; ouvrage important par son objet, mais plus encore par la manière dont il est traité, et cjui , sous ce dernier rapport, est un des plus beaux titres de gloire de Fontenelle. ^lalgré les nombreuses occupations que lui donnait sa charge de secrétaire de l'académie des sciences, il trouva encore le temps de composer plusieurs ouvrasses purement scientifiques, tels que les Éléinens de la Géométrie de V infini, et la Théorie des tourbillons. T.e premier de ces livres n'apprit rien de neuf aux géomètres, mais il se recommandait par le mérite de la forme; le second avait le malheur d'être fondé sur les erreurs de Descartes, et d'attaquer le système de ]>fewton , qui avait déjà un grand nombre de partisans éclairés parmi les savans. Quoi qu'il en soit, on reconnaît et on admire dans ce livre , ainsi que dans tous ceux de Fontenelle , une marche lumineuse et méthodique, qui dépose en faveur de son savoir et de la rectitude de son esprit.

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