DE POUPART
la sangsue, qui fut fort approuvée des physiciens, et leur fit connaître à eux-mêmes un animal que tout le monde croyait connaître.
Pour se perfectionner dans Tanatomie , il voulut exercer la chirurgie dans l'Hôtel-Dieu , et se présenta à ceux dont il fallait qu'il subît l'examen. Ils l'interrogèrent sur des choses difficiles ; et par les réponses qu'il leur fit, ils le trouvèrent déjà fort habile dans l'art de la chirurgie, et le reçurent avec éloge. Mais il les étonna beaucoup, quand il leur avoua qu'il ne savait seulementpas saigner , et qu'il n'avait sur la chirurgie qu'une spéculation. Ils ne se repentirent pas de l'avoir reçu, et ils le jugèrent bien propre à apprendre promptement et parfaitement cette pratique , qu'ils ne s'étaient pas aperçus qui lui manquât; et ils l'instruisirent avec l'affection que les maîtres ont pour d'excellens disciples. Il passa trois ans dans ces fonctions , après quoi il ne s'attacha plus qu'à la médecine ; et comme il ne cherchait pas à en borner l'étendue, il embrassa tout ce qui y avait rapport, la botanique, la chimie. Il se fit recevoir docteur en médecine dans l'université de Reims. Son envie de savoir n'était pas renfermée dans les limites de cette profession, quoique si vaste. Il ne serait pas extraordinaire que la philosophie de Descartes l'eût engagé à prendre quelque teinture assez raisonnable de géométrie; mais peut-être aura-t-on de la peine à croire qu'il étudiât jusqu'à l'architecture. La Hire , qui la professe , avait remarqué qu'il était assidu à ses leçons ; et ne le connaissant point d'ailleurs , il avait cru que c'était un homme qui songeait à avoir quelque fonction dans les bâtimens : il n'avait pas même jugé sur les apparences extérieures, que ces fonctions auxquelles il
pouvait aspirer fussent fort relevées ; mais il fut extrêmement surpris, lorsqu'au renouvellement de l'académie en 1699, tous les académiciens qui n'avaient point d'élèves en ayant nommé , il le vit paraître aux assemblées en qualité d'élève deMéry , etd'anatomiste.
La compagnie étant alors remplie d'un très-grand nombre d'académiciens nouveaux , qui n'avaient pas des ouvrages prêts à produire dans les assemblées , ou ne s'en tenaient pas assez sûrs pour les exposer dans un lieu assez redoutable , Poupart fut le premier d'eux tous qui se trouva en état de parler , et qui en eût la noble assurance. Il lut un mémoire sur les insectes hermaphrodites , qui fut d'un heureux augure pour la capacité de ceux d'entre les nouveaux venus que la plupart des académiciens ne connaissaient pas encore beaucoup.
On a \u depuis, dans les volumes que l'académie a donnés pour chaque année , son histoire Awfcrmica-lec, celle à\xfcrmica-pulex , ses observations sur les moules , et quantité d'autres observations moins importantes , ou peut-être seulement plus courtes, répandues dans nos histoires.
Il tomba malade au mois d'octobre dernier, et mourut en peu de jours. On le croit auteur d'un livre intitulé : la chiriireie ccmplèle , qui n'est qu'une compilation commode de plusieurs autres traités. Si cela est, on doit pardonner ce livre au besoin qu'il avait de le faire, et lui savoir gré en même temps de ne s'être pas fait honneur d'une compilation. 11 a résité à un grand nombre d'exemples qui l'y pouvaient inviter.
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