‹ Œuvres de Fontenelle (volume 5)Chapitre 26 sur 36 · DE POUPART · texte numérisé non relu

DE POUPART

François PouPART naquit au Mans en d'un bon

bourgeois allié aux meilleures familles de la ville , qui n'avait aucun emploi, et était chargé de beaucoup d'enfans. Il ne s'occupait que de leur éducation; il en mit un dans la marine , qui s'y avança par son mérite , jusqu'à devenir capitaine de vaisseau.

Poupart fit ses études chez les pères de l'oratoire du Mans. La philosophie scolastique ne fit que lui apprendre qu'on pouvait philosopher , et lui en inspirer l'envie. Il tomba bientôt sur les ouvrages de Descartes , qui lui donnèrent une grande idée de la nature , et une aussi grande passion de l'étudier. 11 passa quelques an

nées chez sou père dans cette seule occupation, encore incertain du parti qu'il prendrait. Enfin il se détermina pour la médecine. Mais comme les secours , tant spirituels, pour ainsi dire, que temporels, lui manquaient au Mans , il vint à Paris , où il est plus facile d'en trouver de toute espèce. Il se chargea de l'éducation d'un enfant pour subsister : mais ayant bientôt éprouvé que les soins de cet emploi lui enlevaient tout son temps , il y renonça , et aima mieux étudier que subsister; c'est-à-dire, que pour être entièrement à lui et à ses livres , il se réduisit à un genre de vie fort incommode et fort étroit. Nous ne rougissons point d'avouer hautement la mauvaise fortune d'un de nos confrères, ni de montrer au public le sac et le bâton d'un Diogène, quoique nous soyons dans un siècle oùlesDiogènes sont moins considérés que jamais , et où certainement ils ne recevraient pas de visites des rois dans leur tonneau.

Il s'appliqua avec ardeur à la physique , et surtout à l'histoire naturelle , qui après tout est peut-être la seule physique à notre portée. Un goût particulier le portait à étudier les insectes, espèces d'animanx si différensde tous les autres , et si différens encore entre eux , qu'ils font comprendre en général la diversité infinie des modèles sur lesquels la nature peut avoir fait des animaux pour une infinité d'autres habitations. Il avait et la patience souvent très-pénible de les observer pendant tout le temps nécessaire , et l'art de découvrir leur vie cachée , et l'adresse de faire , quand il était possible, la délicate anatomie de ces petits corps. Il portait ses découvertes aux conférences de feu l'abbé Rourdelot , dont il était un des bons acteurs, ou les faisait imprimer dans le journal des savans; témoin sa dissertation sur

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