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ment sur sou rapport. Il n'est que trop établi que ceux qui sont chargés de ces sortes de commissions, n'y por- -ent pas tous , ou n'y conservent pas une vue bien nette. Chazelles n'était originairement qu'un savant; les sciences mêmes en avaient fait un homme de guerre. Ce qui élève l'esprit devrait toujours aussi élever l'àme.
Les galères, après leur expédition, revinrent à l'embouchure de la Seine, dans les bassins du Havre et de Honfleur ; mais elles n'y pouvaient pas hiverner , parce qu'il était nécessaire de mettre de temps en temps ces bassins à sec, pour éviter la corruption des eaux. Chazelles proposa de faire monter les galères à Rouen : tous les pilotes y trouvaient des difficultés insurmontables; il soutint seul qu'elles y monteraient ; il s'était acquis une grande confiance : on le crut, et elles montèrent heureusement. Une grande habileté ne suffit pas pour oser se charger d'un événement considérable ; il faut encore un zèle vif, qui veuille bien courir les risques de l'injustice des hommes , toujours portés à ne donner leur approbation qu'aux succès.
Les galères hivernèrent donc à Rouen, et celui qui les y avait amenées devaient naturellementles préserver des accidens dont elles étaient menacées dans ce séjour étranger. Aussi imagina-t-il une nouvelle sorte d'amarrage et une petite jetée de pilotis, qui les mettaient à couvert des glaces qu'on craignait , et cela h peu de frais ; au lieu que de toute autre manière la dépense eut été considérable.
Pendant qu'il était a Rouen, il mit en ordre les observations qu'il venait de faire sur les côtes de Ponant , en composa huit cartes particulières accompagnées d'un jicrluhin , r'est-a-dire d'une ample description de chaque
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port, de la manière d'y entrer , du fond qui s'y trouve , des marées, des dangers, des reconnaissances , etc. Ces sortes d'ouvrages, quand ils ont toutes leurs perfections , sont d'un grand prix , parce que , comme nous l'avons déjà dit dans Thistoire de 1701 ( p. 121 ) , et à l'occasion de Chazelles même , les sciences qui sent de pratique sent les moins avancées . Deux eu treis erands génies sussent peur pousser bien loin des ihécries c?i peu de temps ; mais la pratique procède avec plus de lenteur , à cause quelle dépemlcfun trop ^randnembre de mains, dont la plupart même sont peu haliles. Les nouvelles cartes de Chazelles furent mises dans le Neptune français , qui fut publié en 1692. Dans cette même année il fit la campagne d'Oneille, et servit d'ingénieur à la descente.
En 1698 , M. de Pontchartrain, alors secrétaire d'état de la marine, et aujourd'hui chancelier de France, ayant résolu de faire travailler à un second volume du Neptune français , qui comprît la mer Méditerranée, Chazelles proposa d'aller établir par des observations astronomiques la position exacte des principaux points du Levant, et il ne demandait qu'un an pour son voyage. 11 eût été difficile de lui refuser une grâce si peu briguée. Il partit , et parcourut la Grèce, l'Egypte, la Turquie, toujours le quart de cercle et la lunette àla main. Il est vrai que ce n'est là que recommencer continuellement les mêmes opérations , sans acquérir de lumières nouvelles ; au lieu qu'un savant de cabinet en acquiert tous les jours avec volupté et avec transport : mais plus ce plaisir est flatteur , plus il est beau de le sacrifier à l'utilité du public, qui profite plus de quelques faits bien sûrs que de plusieurs spéculations brillantes.
Le voyage de Chazelles donna sur l'astronomie un
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éclaircissement important, et long-temps attendu. Il est nécessaire, pour la perfection de cette science , que les astronomes de tous les siècles se transmettent leurs connaissances , et se donnent la main. Mais pour profiler du travail des anciens, il faut pouvoir calculer pour le lieu où nous sommes , ce qu'ils ont calculé pour les lieux où ils étaient, et par conséquent savoir exactement la longitude et la latitude de ces lieux. On ne peut pas trop s'en rapporter aux anciens eux-mêmes , parce qu'on observe présentement avec des instrumens et une précision qu'ils n'avaient pas , et qui rendent un peu suspect tout ce qui a été trouvé par d'autres voies. Les astronomes dont il était le plus important de comparer les observations aux nôtres , étaient Hipparque , Ptolomée etTycho-Brahé. Les deux premiers étaient à Alexandrie en Egypte, et ils la rendirent la capitale de l'astronomie. Tycho était dans l'île d'Huène , située dans la mer Baltique ; il y fit bâtir ce fameux observatoire qu'il appela Uranibourg , ville du ciel. L'académie presque encore naissante avait formé le noble dessein d'envoyer des observateurs à Alexandrie et à Uranibourg , pour y prendre le fil du travail des grands hommes qui y avaient habité. Mais les difficultés du voyage d'Alexandrie firent que l'on se contenta de celui d'Uranibourg , que Picard voulut bien entreprendre en 1671-
Il y traça la méridienne du lieu , et fut fort étonné de la trouver différente de dix-huit de celle que Tycho avait déterminée , et qu'il ne devait pas avoir déterminée négligemment , puisqu'il s'agissait d'un terme fixe où se rapportaient toutes ses observations. Cela pouvait faire croire que les méridiens changeaient, c'esfà-dire que la terre, supposé qu'elle tourne, no tourne
pas toujours sur les mêmes pôles; car si un autre point devient pôle, tous les méridiens <||ii devaient passer par ce nouveau point ont nécessairement changé de position. On voit assez combien il importait aux astronomes de s'assurer ou de la variation , ou de l'invariabilité des pôles de la terre et des méridiens. Chazelles étant en Egypte mesura les pyramides, et trouva que les quatre côtés de la plus grande étaient exposés précisément aux quatre régions du monde. Or comme cette exposition si juste doit, selon toutes les apparences possibles, avoir été affectée par ceux qui élevèrent cette grande masse de pierres il y a plus de trois mille ans, il s'ensuit que pendant un si long espace de temps rien n'a changé dans le ciel à cet égard , ou, ce qui revient au même , dans les pôles de la terre, ni dans les méridiens. Se seraiton imaginé que Tycho , si habile et si exact observateur, aurait mal tiré sa méridienne , et que les anciens Egvpliens si grossiers, du moins en cette matière, auraient bien tiré la leur? L'invariabilité des méridiennes a été encore confirmée par celle que Cassini a tirée en iGôo dans l'église de Saint-Petrone a Bologne.
Chazelles rapporta aussi de son voyage du Levant tout ce que l'académie souhaitait sur la position d'Alexandrie. Aussi M. de Pontchar train crut-il lui devoir une place dans une compagnie à qui ses travaux étaient utiles. Il y fut associé en 1690. Il retourna ensuite à Marseille reprendre ses premières fonctions.
Tout le reste de sa vie n'est guère qu'une répétition perpétuelle de ce que nous avons vu jusqu'ici. Des campagnes sur mer presque tous les ans, soit en guerre, soit en paix , quelques unes seulement plus considérables , comme celle de 1697, où Barcelone fui prise,