A L'ACADÉ:\IIE DES SCIENCES
DA^s l'assemblée publique d'après paqles 1735,
SUR LE VOYAGE DE QUELQUES ACAnÉMICIEXS AO PEROU '.
JL/'ac adémie croit que le public sera bien aise d'apprendre qu'après qu'elle a fait la description de la méridienne de Paris , dans toute l'étendue du royaume, depuis son extrémité septentrionale jusqu'à sa méridionale , et ensuite la description de la perpendiculaire à cette méridienne, pareillement dans toute l'étendue du royaume, de l'orient à l'occident, deux travaux pénibles et importans , elle vient d'entreprendre un nouveau travail du même genre, sans comparaison plus pénible, et si important qu'on ne peut s'en passer, si l'on veut rendre les deux autres aussi parfaitement utiles qu'ils le peuvent être; c'est la description actuelle de quelques degrés terrestres pris sous l'équateur, ou , si les difficultés sont
' Ce discours ne se trouve point dans le volume de l'Histoire de l'Académie de 1735.
invincibles, celle d'une portion de méridienne qui parte de l'équateur ou de quelque lieu fort proche. Par-là on connaîtra avec plus de certitude l'inégalité des degrés terrestres , si elle est croissante ou décroissante de l'équateur vers les pôles : la célèbre question de la figure de la terre , célèbre du moins parmi les savans , sera plus immédiatement décidée ; et , ce qui regarde toute la société des hommes , les cartes géographiques deviendront plus exactes et la navigation plus sûre.
Il y a quelques jours que Godin, Bouguet et de la Condamine , accompagnés de toute la suite qui leur est nécessaire , sont partis pour aller exécuter ce grand .^ dessein dans le Pérou , dans de vastes pays presque inhabités , où ils ne trouveront ni les commodités que demandent les voyages , ni même assez d'objets qui donnent prise à leurs opérations géométriques : ils les feront dans des terres qui n'y sont, pour ainsi dire , nullement préparées , et qui , à cet égard autant qu'à aucun autre, sont encore sauvages.
De Jussieu , frère de deux de nos académiciens , habile botaniste, et savant dans l'histoire naturelle, s' est joint aux géomètres ou astronomes ; aussi rien ne sera négligé de tout ce qui s'offrira dans le cours du travail principal; et l'on acquerra en chemin des connaissances de surcroit. Toute la troupe est honorée des ordres du roi et de ceux du roi d'Espagne; mais malgré la protection et les faveurs des deux monarques , combien de fatigues, et de fatigues effrayantes, inséparables d'une telle entreprise ? combien de périls imprévus ; et quelle gloire n'en doit-il pas revenir aux nouveaux argonautes?
SUR L LTILITE