‹ Œuvres de FontenelleChapitre 2 sur 112 · NOTICE · texte numérisé non relu

NOTICE

SUR LA VIE ET LES OUVRAGES DE FONTENELtE.

JjE neveu de Corneille aussi a contribué h illustrer la famille du père du théâtre français. Fils de Marthe Corneille et de le Boajer de Fontenelle , ayocat au Parlement de Rouen , Bernard le Boujer de Fontenelle, né le ii février iGSy dans la capitale de la Normandie, comme ses deux oncles Pierre et Thomas Corneille, . fit ses études au collège des Jésuites , et annonça de bonne ^eure des dispositions heureuses. Il n'avait que treize ans lorsqu'il concourut déjà par un poëme latin pour le prix des palinods de Kotten. Ce poëme n'était pas , il est vrai, un chef-d'œuvre , mais il faut songer à l'âge du poète , et i la nature du sujet qui était l'immaculée Conception , sujet qui tous les ans tentait les poètes, mais qui jamais n'en inspirait aucun. Sa mère , digne sœur des deux Corneille , lui communiqua la douceur et l'enjouement qui formaient son caractère ; elle ne réussit pas aussi bien à donner à son 6ls le goût de sa grande dévotion.

Après avoir devancé ses camarades de collège dans la rhétorique , il leur céda le pas dans la logique qui alors ne consistait qu'en une suite de termes barbares. « Je pris mon parti , dit-il lui-même , de ne rien entendre à la logique. Cependant continuant de m'y appliquer y j'y entendis quelque chose ; je vis bientôt que ce n^ était pas la peine cTy rien entendre , que ce n'était que des mots : je m'en tirai ensuite aussi bien que les autres. »

En sortant du collège il suivit la carrière de son père, et se fit recevoir avocat. H plaida une cause et la perdit ^ quoique trèsjeune, il sentit pourquoi il avait dû la perdre , et renonça au barreau pour s'adonner aux lettres dans lesquelles il pouvait se promettre plus de succès. Il se rendit en 16749 à l'âge de dix-sept ans , à Paris auprès de son oncle Thomas Corneille , qui alors rédigeait avec Visé le Mercure galant. Le neveu eut ce journal a sa disposition pour ses débuts comme poète. Ses succès dans le Mercure gaUmt furent un heureux augure pour lui et pour le public. Son oncle ne dédaigna point de recourir à un aussi jeune poète pour la composition des deux opéras de Psyché et de BelUrophon. Fontenelle concourut vers le même temps (en iByS) pour le prix de poésie à l'académie française : mais il n'obtint que l'acœssit. Quelques années après , il s'essaya dans la compolitioa dramatique; il y eut encore moins de succès que dans la I. a

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poésie élevée. Sa tragédie d'^«/7ar tomba , et l'auteur, bumilié de cet échec , auquel il ne s'était probablement pas attendu , brûla son manuscrit. Cependant ce contre-temps ne le dégoûta

{>as autant de la carrière dramatique , que la perte d'une cause 'avait dégoûté des plaidoiries. Il fit encore dans la suite avec M*^". Bernard la tragédie de Brutus , et quelques comédies sif r lesquelles noos reviendrons en parlant des divers ouvrages de Fontenelle.

Ses véritables succès dans les lettres commencèrent lorsqu'il eut rencontré le genre propre à ses Milens , c'est-à-dire lorsqu'il eut commencé à porter dans les sciences la finesse et la pénétration de son esprit délicat et philosophique , et à traiter des matières savantes avec l'agrément qu'il savait donner à tout , et qui avait été inconnu avant lui , si l'on excepte les écrits de Voiture avec lequel il avait quelques rapports.

De Paris il était retourné dans sa ville natale , et ce fut à Bouen qu'il composa les Dialogues des morts avec le jugement de Pluton, V Eloge de Pierre Corneille , les Lettrés du chevalier dUHer. . . , et ses Entretiens sur la pluralité des Mondes: UHis" ^ire des Oracles et les Eglogues suivirent de près cette série d'ouvrages. Il donna les deux opéras de Thétis et Pelée , à^Enée et ZÀiyinie , et remporta un prix à l'académie française par son discours sur la Patience. Cette vertu sur laquelle il avait si bien disserté, l'académie la mit en quelque sorte chez lui k l'épreuve. Il se présenta quatre fois comme candidat pour un des quarante fauteuils , et chaque fois on lui préféra des hommes qui n'ont (aissé après eux aucune réputation. 11 disait dans sa vieillesse : V J'ai souvent raconté ces mésaven|ures aux jeunes candidats » qui avaient frappé, comme moi, inutilement aux portes de l'acan demie , mais je n'en ai jamais consolé aucun. » Fontenelle , par le parti qu'il avait pris dans la fameuse dispute sur les anciens et les modernes, avait déplu à des académiciens , tels que Boileau et Racine qui défendaient le goût antique. Possédant à un haut degré ce que l'esprit des modernes a de plus exquis , il était peu sensible aux beautés sublimes du génie des auteurs classiques des Grecs et des Romains, et il n'a jamais su leur rendre la justice qui leur est due. Aussi avait-il pris dans cette dispute le parti de Perrault contre les anciens , mais avec la modération qui distinguait son caractère , et qui n'était presque pas un mérite en lui , puisqu'elle tenait à son tempérament. L'abbé Bignon le nommait le patriarche d'une secte dont il n'était pas.

Un autre sujet de l'inimitié d'une partie de l'académie contre Fontenelle , c'est que justement fier de la gloire de son oncle , il ne reconnaissait pas d'autre gloire sur la scène tragique ; l'opiniou

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pnblîqne n'ayait pas encore assigné les rangs selon le mérite , et les passions ou' les préjuges empêchaient le goût de deviner le jugement de la postérité. Racine et ses amis, irrités de l'indifférence que les partisans exclusifs de Corneille affectaient pour Phèdre et Briiannicus , firent peu de cas du jeune neveu de Cor* neille. Racine n'avait pas dédaigné d'aiguiser l'épigramme contre Fautear ^Aspar; mais Fontenelle n'eut pas besoin de ce persiflage pour apprendre qu'il avait fait une mauvaise tragédie.

Cependant la persévérance et la réputation de Fontenelle surmontèrent tous les obstacles , et même en assez peu de temps,' En 1691 , et dans la Zi^ année de son âge y il fut reçu à l'académie française qui n'avait jamais accueilli encore un aussi jeune littérateur. Ce fut son oncle Thomas qui répondit en qualité de chancelier de l'académie à son discours : u M'aban* donnerai-je , s'écria le frère du* grand Corneille , à ce que les sentimens m'inspirent? La proximité du sang, la tendre amitié que j'ai pour vous , la supériorité que me donne l'âge , tout ensemble me le permet , et vous le deves souffrir; j'irai jusqu'à vous donner des conseils. Au lien de vous dire que celui qui a si bien fait parler les morts , n'était pas indigne d'enirer en commerce avec d'illustres vivans , au lieu de vous applaudir sur cet agréable arrangement des différens Mondes dont vous nous avec offert le spectacle , sur cet art si difficile , et qu'il me parait que le public trouve en vous si naturel , de donner de l'agré-^ ment aux matières les plus sèches , je vous dirai que quelque gloire que vous aient acquise dès vos plus jeunes années les talens qui vous distinguent , vous ne devez les regarder que comme d'heureuses dispositions , etc. »

On fit sur cette séance de mauvais couplets satiriques , dont Toici un échantillon :

Qaaod le novice académique Eut salue fort humblement , D'une nonnande rhe'torique D commença son compliment ,

Oii fottement De aa noblesse pot-tique Il fit un long dénombrement.

Ces ters sans esprit et sans goût ont été attribué^ à Racine, n faut que l'auteur de Phèdre ait eu une aver/ton bien prononcée contre Fontenelle , pour avoir pu passe/ pour l'auteur de pareils vers. Peut-être ne sont-ils pas davanMge de M"». Deshonlièresà qui on I«» a aussi attribués , et q\^ avec sa mère était ians le parti opposé, à Fontenelle.

QoelflueSk années après sa réception dans le sein de l'académie

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CrançaÎM , en 1697 , le ûevea de Corneille qui avait déjà fait ses preuves comme savant par la préface du Traité des infiniment petits du marquis de l'Hôpital , fut nommé secrétaire de Tacadémie des sciences. Cette institution qui languissait depuis quelque temps, réorganisée sur un plan bien conçu était destinée à briller d'un nouveau lustre. Fontenelle y contribua plus peut-être qu'on n'avait espéré. En devenant l'historien de l'académie, il sut inté-resser toutes les classes de la société aux travaux des savans , et aux progrès des sciences ^ par ses éloges des académiciens morts il éleva un monument durable à ses confrères. Pendant quarante ans il rendit de grands services à l'académie dont il était le secrétaire, et lorsque la vieillesse le força enfin de quitter cette charge y il eut des successeurs plus savans , mais aucun d'eux n'a eu le talent avec lequel Fontenelle répandait des fleurs sur l'histoire des sciences. On raconte qu'après sa mort il arriva une lettre du Pérou , dans laquelle on annonçait qu'une des produc<tions de l'Europe , qu'on y attendait avec le plus d'impatience , c'était Y Histoire de l'Académie des Sciences , et que plusieurs dames avaient appris, le français afin de pouvoir lire cet ouvrage.

Fontenelle ne s'était pas contenté d'être le secrétaire des savans ) il avait lui-même composé plusieurs ouvrages scientifiques, tels que les EUmens de la géométrie de V infini ^ et la Théorie des tourbillons , et il avait prouvé que s'il possédait le talent de donner aux matières les plus épineuses une forme agréable et gracieuse y il n'en était pas moins capable d'approfondir ces matières , si rebutantes pour des esprits superficiels. Il donna aussi en 173a une nouvelle édition corrigée et augmentée du Diction'^ naire des Sciences et Arts , de Thomas Corneille, (3 vol. in-f°. )

Dans l'académie française il prononça plusieurs harangnes et iiscours que l'on trouvera parmi ses œuvres. Après avoir rempli pKsieurs fois les fonctions de directeur de l'académie , il pria ses conÇirères, en 1749* ^^ l'^i^ dispenser à l'avenir en raison de son granï âge. Déjà , en I74i> il comptait 5o années de séance dans l'académie ; cette année %e& collègues , dont il était le doyen depuis 17 ans , crurent devoir faire une exception à leurs statuts en sa faveur, et l'élurent pour leur directeur du trimestre , au lieu de tiret au sort pour cette dignité académique : le Nestor des académic^ns présida la séance solennelle de la S. Louis i74> • Deux générations avaient disparu depuis que Fontenelle cultivait les lettres , et il \ivait alors au milieu d'une génération nouvelle qui n'avait pas m«ins d'admiration pour ses talens et pour son caractère que les contemporains de Corneille. Peu d'écrivains ont eu , comme FonteneHe , la satisfaction de voir en quelque sorte la postérité commencer pour eux.

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n avait été nommé aussi membre de l'académie des inscriptions et belles-lettres ; mais trop occupé de ses fonctions de secrétaire de l'académie des sciences , il n'avait pas eu le loisir de prendre part aux travaux des érudits. D'autres académies de France et de l'étranger, telles que celles de Rouen, Nancy, Londres , Berlin et Rome, avaient inscrit son nom dans la liste de leurs associés. Quoiqu'une partie du mérite des écrits de Fontenelle se perdit pour les étrangers , il en restait néanmoins assez pour être généralement goâté.

S'étant fixé à Paris , Fontenelle avait demeuré d'abord chee son ami M. le Haguais , avocat général à la cour des aides. U avait composé pour lui plusieurs discours solennels que le ministère public dont ce magistrat était chargé l'obligeait de prononcer. Il avait rendu un service semblable à un antre ami intime, M. Brunel, qui avait été son camarade de collège , et qu'il perdit trop tôt. C'est au sujet du portrait de M. le Haguais, homme d'un caractère silencieux , que Fontenelle a fait cette remarque spirituelle qui était un éloge du peintre Rigaud : « Oh dirait qu*il se tait. »

Fontenelle ne quitta la demeure de son ami que pour accepter un logement au Palais Royal que le Régent lui donna avec le titre de son secrétaire particulier > et avec une pension de mille écus , qui fut dans la suite réduite à moitié par le duc d'Orléans , fils du Régent. Il fut souvent consulté par le prince dont il avait toute la confiance. Cependant il sut conserver son indépendance sans manquer an respect. Il refusa sa voix comme académicien k un candidat , qui était introducteur des ambassadeurs , et que le duc d'Orléans protégeait. Ce prince lui ayant demandé s'il avait dé)â quelque engagement , Fontenelle répondit qu'il n'en prenait avec personne , si ce n'était avec lui - même ; et comme ce prince insistait , Fontenelle lui fit sentir que ce choix ferait peu d'honneur à l'académie. Le duc d'Orléans fut assez raisonnable pour céder } et lorsque des courtisans lui insinuèrent que c'était nianquer à son altesse , que de lÉi refuser une demande aussi simple , d'autant plus qu'il logeait dans son palais celui dont il essuyait un refus : « Dites , répondit le prince , que je le loge dans un galetas. » Personne ne possédait autant que Fontenelle tous les dons de la nature, nécessaires à un courtisan. Mais il savait occuper un rang plus respectable dans la société. Le prince le gronda même un jour de ce qu'il le voyait si rarement. Mon** leigoeor , répliqua Fontenelle , vous avez fait une si grande fortune ! U n'avait tenu qu'à Fontenelle d'être nommé président perpétuel de l'académie des sciences j titre qu'il lui entêté permi* d'ambitionner) cependant il répondit à la proposition du prince ,

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