‹ Œuvres de FontenelleChapitre 25 sur 112 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

vjHictiiv des Éloges suivans a été lu daiis la première assemblée publique qui s'est tenue après la mort de Tacadçq>içien. Ainsi Ton y peut trouver certaines choses qui n'aient .rapport qu'au temps de cette lecture.

DE BOURDELIN

LiUUDE BauBDELUf ^ né d'honnêtes parens à Ville-Franche près de Ljon en 162 1 , perdit son përe et sa mère étant encore trèsjeaoê y et fut amené à Paris. Abandonné à sa propre conduite dans un âge et dans un pays fort dangereux , il apprit de luimême le grec et le latin , dans la yue de s'attacher à la pharmacie çt à la chymie, qui ont fait ensuite son unique occupation pendant près de cinquante-six années.

n s'acquit en assez peu de temps une grande réputation , nonseulement pour l'exacte et fidèle préparation des remèdes qu'il distribuait à. tout le monde à un prix égal et très-modique, mais encore pour la connaissance des maladies , sur lesquelles il donnait, sans ancune récompense , des conseils modestes, et souvent heureux. Quoiqu'il ne promît jamais la santé k un malade , avec Qoe certaine assurance, on ne laissait pas d'avoir une extrême confiance en lui. Il n'approuvait point la saignée , hormis dans l'apoplexie de sang ; et on lui a vu guérir , sans ce secours , quantité de maladies aigiies , inflammatoires , comme des pleurésies, des fluxions de poitrine , des esquinancies , etc.

Quand l'académie royale des sciences fut formée en 1666 pai^ Colbert, qui apporta tous ses soins au choix des sujets, Bourdelin j fut mis en qualité de chymiste , et aussitôt il travailla avec dn Qos à l'examen des eaux minérales du royaume. Il fit ensuite un très-grand nombre d'expériences sur les mélanges des sucs des plantes , ou des esprits et des sels minéraux , avec le san^ artériel ou yeineux , ou avec la bile , le fiel , la lymphç des iQÎnunx. n a suivi avec toute la diligence et l'exactitude possible l'analyse de toutes les plantes qu'il a pu recouvrer , et i beaucoup contribué à la perfection de cette méthode , dont l'académie a voulu voir le fond. IJ a même tenté l'analyse des i^oiles par des moyens de son invention , et qui peuvent beaucoup i^nir k connaître cette partie des mixtes. Enfin il a fait voir à 1 académie près de deux mille analyses de toutes sortes de corps , et a exécuté ou inventé la plus grande partie des opérations chymiqnes qui ont été faites dans cette compagnie pendant plus de trente-deux ans.

U mourut le i5 octobre 1699, âgé de près de quatre-vingts ui«. 11 reçut la mort avec toute la fermeté d'un homme de bien*

Il a laissé deux fils , tous deux académiciens , l'un de l'académie des sciences , l'autre de celle des inscriptions.

DE TAUVRY-

JJaniel TautIit, né en 1689, ^^^ ^^* d'Ambroise Taavrv, médecin de la ville de Laval. Son përe fut son précepteur pour le latin et pour la philosophie ; et il trouva dans son disciple de si heureuses dispositions , qu'il lui fît soutenir problématiquement une thèse de logique à l'âge de neuf ans et demi. La thèse générale de philosophie , problématique aussi , vint un ait après. Ensuite Tauvrj le père , qui était médecin de l'hôpital de Laval , enseigna en même temps k son fils la théorie de la médecine , et la pratique sur les malades de cet hôpital. Mais pour l'instruire davantage dans cette profession , il l'envoya à Paris, âgé de treize ans, et deux ans après le jeune médecin fut jugé digne par l'université d'Angers d'y être reçu docteur. Il revint à Paris , oii il s'appliqua pendant trois ans à l'anatomie ; et ce fut alors qu'il donna au public son anatomie raisonnée , âgé de dix-huit ans; car on ne peut s'empêcher de marquer toujours exactement des dates si singulières. De l'étude de l'anatomie , il passa à celle des remèdes , et composa son traité des médicamens vers l'âge de vingt-un ans. Quelque temps après , sur les défenses que le . roi fit aux médecins étrangers de pratiquer , il se présenta k la faculté de Paris , et y fut reçu docteur. Il en redoubla son ardeur pour une profession qu'il avait embrassée presque dès le berceau ; et comme il avait l'esprit fertile en réflexions , et que ses lectures et ses expériences lui en fournissaient incessamment des sujets , il composa sa nouvelle pratique des maladies aiguës, et de toutes celles qui dépertdent de la fermentation des liqueurs. Cet ouvrage parut en 1698. '

Je le connus en ce temps-là , et conçus beaucoup d'estime pour lui. J'avais l'honneur d'être de l'acadénue des sciences , et j'étais en droit de nommer un élève. Je crus ne pouvoir faire un meil* leur présent à la compagnie , que Tauvry ; et quoique ma nomination ne fût pas assez honorable pour lui , l'envie qu'il avait d'entrer dans cet illustre Corps l'empêcha d'être n délicat sur la manière d'y entrer. ^

En 1699, le roi honora l'académie d'un nouveau règlement, et nonuna en même temps plusieurs académiciens nouveaux , ou avança les anciens. Ce fut alors que Tauvry passa de la place d'élève à celle d'associé.

Aussitôt après il s'engagea contre Méry dans la fameuse dispute de la circulation du sang dans le fœtus , et à cette occasion il fit

ÉLOGE DE TAUVRY. ^ fir3

son iraiii de la génération et de la nourriture du fœtus , qui fut publié en 1700.

Cette dispute contribua peut-être k la maladie dont il est mort; car comme il ayait en tête un grand adversaire , il fit de grands efforts de travail , et prit beaucoup sur son sommeil , ponr étudier à fond la matière dont il s'agissait , et pour composer son livre , sans interrompre cependant la pratique de sa profession.

Quoi qu'il' en soit , une disposition naturelle qu'il avait à être ttthmadqne augmenta vers le commencement de cette année , et il est mort d'une phthisie au mois de février 1701 , âgé de ' trente-un ans et demi.

n parait assez par tout ce qui vient d'être rapporté de lui , qu'il devait avoir l'esprit extrêmement vif et pénétrant. A la grande c<miiaissance qu'il avait de l'anatomie , il joignait le talent d'imaginer heureusement les usages des structures , et eq lj;éaéral il avait le don du système. 11 y a beaucoup d'apparence <}a*il aurait brillé dans l'exercice de la médecine , quoiqu'il n'eût ni protection , ni cabale , ni art de se faire valoir ; son mérite commençait déjà à lui donner entrée dans plusieurs maisons considérables, où je suis témoin qu'il a été fort regretté.

DE TUILLIER.

AaiiRir TciLLiER, fils de Tuiilier , docteup-régent d^ la faculté de médecine de Paris , né le 10 janvier 1674 > fut destiné d'abord sa barreau , et commença à s'y distingu^er dès l'âge de vingt-deux SBS \ mais une inclination naturelle pour la physique lui fit quitter cette profession. Il étudia en médecine , et fût reçu à vingt-six ans doctenr-régent avec applaudissement.

II entra à l'académie en 1699 en qualité d'élève de Bourdelin \ et comme Lémery succéda à Bourdelin dans la place d'académicien pensionnaire , il eut aussi Tuiilier pour élève.

En 1702, il fut envoyé pour être médecin de l'hôpital de Keyservert 5 et comme le siège de cette place fut fort long parla vigoureuse défense du marquis de Blainvilie , Tuiilier eut tant de malades et de blessés à voir, qu'il succomba à la fatigue y et mourut le a juin d'une fièvre continue maligne.

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