‹ Œuvres de FontenelleChapitre 37 sur 112 · DE CHAMELLES · texte numérisé non relu

DE CHAMELLES

vufieaiiiC ; qaaad le vmii leur serait çoatraire , ou leur maoqiie^ fait j qu'enfin elles les rendraient indëpendans du vent , et par cooséquent beaucoup plus agislAip» que ceux des ennemis. Elles devaient aussi assurer et garantir les cotes du Ponant. Ces sortes d'idées hardies , pouryu qu'elles le soient dans certaines bornes | pjirlent d'an courage d'esprit rare , même parmi ceux qui ont le courage du cœur. Sans cette audace , un faux impossible s'étendrait presqae à tout. Comme Chazelles avait beaucoup de part à la proposition , û fut envoyé en Ponant au mois de juillet 1689, pour visiter les côtes par rapport à la navigation des galères. Enfin en 90 y quinze galères nouvellement construites partirent de Rochefort presque entièrement sur sa parole , et donnèrent oa nouveau spectacle à l'Océan. Elles allèrent jusqu'à Tprbay «n Angleterre \ et servirent à la descente de Tingmiouth. Chaxelles y, fit les fonctions d'ingénieur , fort différentes de celles de professeur d'hydrographie. Quoiqu'il ne se fut point destiné à la guerre , et qu'il ne soit guère naturel qu'un soldat ait été élevé à l'observatoire , il remarqua en cette occasion et en plusieurs autres pareilles , toute l'intrépidité que demande le métier des armes. Les officiers généraux sous qui il a servi , attestent que quand ils l'avaient envoyé visiter quelque poste ennemi , ils pou«valent compter parfaitement sur son rapport. Il n'est que trop établi que ceux qui sont chargés de ces sortes de commissions ^ n'y portent pas tous , ou n'y cog^ervent pas une vue bien nette. Chazelles nVtait originairement qu'un savant ; les sciences même en avaient fait un homme de guerre. Ce qui élève l'esprit devrait toujours aussi élever l'âme.

Les galères , après leur expédition , revinrent à l'embouchure de la Seine , dans les bassins du Havre et de Honfleur; mais elles n'y pouvaient pas hiverner , parce qu'il était nécessaire de mettre de temps en temps ces bassins à sec, pour éviter la corruption des eaux. Chazelles proposa de faire monter les galères à Rouen.: tous les pilotes y trouvaient des difficultés insurmontables^ il soutint seul qu'elles y monteraient^ il s'était acquis une grande confiance : on le crut , et elles montèrent heureusement. Une grande habileté ne suffit pas pour oser se charger d'un évén^ ment considérable ; il faut encore un zèle vif , qui veuille bien courir les risques de l'injustice des hommes 9 toujours portés à ne donner leur approbation qu'aux succès.

Les galères hivernèrent donc a Rouen , et celui qui les y avait amenées devait naturellement les préserver des accidens dont HIes étaient menacées dans ce séjour étrangeiy, Aussi imagina-til une nouvelle sorte d'amarrage et une petite jetée de pilotis , qui les mettaient à couvert des glaces qu'on craignait , et cela k

i38 ÉLOGE

peu de frais ; au Heu que de toute autre manière la dépense eAt été considérable.

Pendant qu'il était à Rouen , il mît en ordre les observations qu'il venait de faire sur les côtes de Ponant, en composa huit cartes particulières accompa^ées d'un portulan , c'est-4L-dire d'une ample description de chaque port , de la manière d'y entrer , du fond qui s'y trouve , des marées , des dangers , des reconnaissances , etc. Ces sortes d'ouvrages , quand ils ont toutes leurs perfections , sont d'un grand prix , parce que , comme nous l'avons déjà dit dans Thist. de 1 701 (p. 121) , et à l'occasion de Chazelles même , Uê sciences qui sont de praHqu€ soni les moins avancées. Deux ou trois grands génies suffisent pour pousser bien loin des théories en peu de temps ; mais la pratique procède avec plus de lenteur , à cause qu*elle dépend d'un trop grand nombre de mains dont la plupart même sont peu liabiies» Laes nouvelles cartes de Chazelles furent mises dans le Neptune français^ qui fut publié en 1692. Dans cette même année il fit la t;ampagne d'Oneille , et servit d'ingénieur à la descente.

En 93, M. de Pontchartrain, alors secrétaire d'état de la marine, et aujourd'hui chancelier de France , ayant résolu de faire travailler à un second voJume du Neptune français, qui comprit la tner Méditerranée, Chazelles proposa d'aller établir par des observations astronomiques la position exacte des principaux points du •Levant , et il ne demandait qu'un an pour son voyage. Il eAt été difficile de lui refuser une grâce si peu briguée. Il partit , et parcourut la Grèce , l'Egypte , la Turquie , toujours le quart de cercle et la lunette à la niain. Il est vrai que ce n'est là que recommencer continuellement les mêmes opérations, sans acquérir d^ lumières nouvelles ; au lieu qu'un savant de cabinet en acquiert tous les jours avec volupté et avec transport : mais plus ce plaisir est flatteur , plus il est beau de le sacrifier à Futilité du public, qui profite plus de quelques faits bien sûrs que de plusieurs spéculations brillantes.

Le voyage de Chazelles donna sur l'astronomie un éclaircisse* ment important, et long-temps attendu. Il est nécessaire , pour la perfection de cette science , que les astronomes dç tous les siècles se transmettent leuiçs connaissances , et se donnent la main. Mais pour profiter du travail des anciens , il faut pouvoir calculer pour le lieu oii nous sommes , ce qu'ils ont calculé pojir les lieux oii ils étaient, et par conséquent savoir exacteqient la longitude et la latitude de ces lieux. On ne peut pais trop s'en rapporter aux* anciens eux-mêmes , parce qu*on observe présentement avec des instrumens et une précision qu'ils n'avaient pas , et qui rendent un peu suspect tout ce qui a ëté

DE CHAZELLES. i39

tronté par d'antres voies. Les astronomes dont il e'tait le plus important de comparer les obserrations aux nètres , ëtaient Bipparque , Ptolomée et Tjcho-Brahé. Les denx premiers étaient à Alexandrie en Egypte , et ils la rendirent la capitale de l'astronomie. Ttciio était dans ï^tle d'Huëne , située dans la mer Baltique ; il j lit bâtir ce fameux observatoire qu'il appela Uranibonrg , vÛle du cUl. L'académie pres<|ne encore naissante avait formé le noble dessein d'envoyer des observateurs k Alexandrie et à Uranibourg , pour y prendre le fil du travail des grands hommes qui y avaient habité. Mais les difficultés da voyage d'Alexandrie firent que l'on se contenta de celui dlJrani bourg , que Picard voulut bien entreprendre en 167 1 .

H y traça la n»éridienne du lieu , et fut fort étonné de la trouver différente de dix-huit de celle que Tycho avait déterminée , et qu'il ne devait pas avoir déterminée' négligemment , puisqu'il s'agissait d'un terme fixe 011 se rapportaient toutes ses observations. Cela pouvait faire croh-e que les méridiens changeaient, c'est-à-dire que la terre , supposé qu'elle tourne , ne tourné pas toujours sur les mêmes pôles; car si nn autre point devient p61e , tons les méridiens qui devaient passer par ce nouveau point ont nécessairement changé de position. On voit assez combien il importait aux astronomes de s'assurer ou de la variation , ou de l'invariabilité des pôles de la terre et des méridiens. Chazelles étant en Egypte mesura les pyramides , et trouva que les quatre côtés de la plus grande étaient exposés précisément aux quatre régions du monde. Or comme cette exposition si juste doit, selon toutes les apparences possibles , avoir été â£Bsctée par ceux qui élevèrent cette grande masse de pierres il y a plus de trois mille ans , il s'ensuit que pendant un si long espace de temps rien n'a changé dans le ciel à cet égard , ou , ce qui revient au même , dans les pôles de la terre , ni dans les méridiens. Se serait-on imaginé que Tycho , si habile et si exact observateur, aurait mal tiré sa méridienne , et que les anciens Egyptiens si grossiers , du moins en cette matière , auraient bien tiré là leur? L'invariabilité des méridiennes a été encore confirmée par celle que Cassîni a tirée en i6fi5 dans l'église de S. Pétrone à Bologne.

Chazelles rapporta aussi de son voyage du Levant tout ce que l'académie souhaitait sur la position d'Alexandrie. Aussi M. de Pontchartrain crut-il lui devoir une place dans une compagnie à qui ses travaux étaient utiles. M y fut associé en 1Ç95. Il retonma ensuite à Marseille reprendre ses premières fonctions.

Tout le reste de sa vie n'est guère qu'une répétition perpétuelle de ce que nous avons vu jusqu'ici. Des campagnes sur mer presque tous les ans , soit en guerre , soit en paix , quelqnes-imes seu-

f4<» ÉLOGE

lement plus Considérables , comme celle de 1697, on Barcelone fut prise , des positions qu'il prend de tous les lieux qu'il Toit , des plans qu'il lève , des fonctions d'ingénieur qu'il fait assez souvent et avec gloire , et puis un retour paisible à son école de Marseille. Il ne s'eii dégoûtait point pour avoir eu quelques oc* cupations plus brillantes ; jamais il ne songea à la quitter. Les plus grandes Ames sont celles qui s'arrangent le mieux dans la situation présente , et qui dépensent le moins en projets pour l'avenir.

Lorsqu'en 1 700 Cassini , par ordre du roi , alla continuer da côté du midi la méridienne abandonnée en 83 ^ Chaselies fut encore de la partie. Il ne put joindre qu'à Rhodes Cassini , qui ^ pour ainsi dire, filait sa méridienne en s'éloignant toujours de Paris. Mais depuis Rhodez Chaselles s'attacha si fortement à ce travail , et cela pendant la plus fâcheuse saison de l'année , que sa santé commença à s'en altérer considérablement.

La ligne étant poussée jusqu'aux frontières d'Espagne , il revint à Paris en 1701 ^ et il y fut malade ou languissant pendant plus d'une année. Ce fut alors qu'il communiqua à l'académie le vaste dessein qu'il méditait d'un portulan général de la Méditerranée. On peut compter que dans les cartes géographiques et hydrographiques des trois quarts du globe , le portrait de la terre n'est encore qu'ébauché ; et que même dans celle de l'Europe , il est assez éloigné d'être bien fini , ni bien ressemblant , quoiqu'on y ait beaucoup plus travaillé.

Malgré plusieurs soins différens , et les infirmités même qui deviennent le plus grand de tous les soins , Chazelles ne perdait point de vue ses galères égarées dans l'Océan. Etant encore à Paris en 1702 y il proposa qu'elles pouvaient rester à sec dans tous les ports où il entrait assez de marée pour les y faire entrer. Par-là il triplait le nombre des retraites qu'elles pouvaient avoir , et

ar conséquent aussi le nombre des occasions oii elles pouvaient

re employées. On fit à Ambleteuse l'épreuve de sa proposition sur deux galères qu'on échoua , et elles soutinrent Téchoua^ pendant quinse jours sans aucun inconvénient ^ au contraire , il donna une merveilleuse conunodité pour esp<^lmer. Il faut oser en tout genre , mais la> difficulté est d'oser avec sagesse ; c'est concilier une contradiction.

Les neuf dernières années de la vie de Chazelles , quoique aussi laborieuses que les autres , furent presque toujours languissantes , et sa santé ne fit plus que s'affaiblir. Enfin il^lui vint une fièvre maligne qu'il négligea dans les commencèmens , soit par rhabitude de souffrir , soit par la défiance qu'il avait de la n&ë-deeine , k laquelle il préférait les ressources de la nature. Enfin

DECHAZELLES. i4t

il moiirttt le 16 jantier 1710, entre les bras du P. Laval , jésuite , 100 collègue en hydrographie , et son intime ami. Quand deux tmis le sont dans des postes qui naturellement les rendent rivaux,, il ne faut plus leur demander des preuves d'équité , de droiture, ni même de générosité. A ces vertus et à celles>,que nous avons dffjâ représentées , Chazelles joignit toujours un grand fonds de religion , c'est-a-dire ce qui assure et fortifie toutes les vertus.

DE GTJGLIELMINI.

Uoviirtco GufcLiELMiifi naquît à Bologne d'une honnête famille le 27 septembre i655. Il étudia en mathématique sous Geminiano Montanari , Modenois , et en médecine sous l'illustre Malpighi. Il embrassa ces deux genres d'étude k la fois , comme an homme né avec d'heureuses dispositions en aurait pu embrasier un seul ; et il s'attira la même affection de ces deux maîtres , que si chacun d'eux eât eu seul la gloire de le former. En 1666 , il parut dans une grande partie de l'Italie un mé* téore aussi lumineux que la lune en son plein. Montanari fit un petit ouvrage intitulé : Fiamma volanUy oii, par les observations qa'il avait eues de différens endroits , il recherchait géométriquement quelle était la ligne du mouvement de cette flamme , sa distance à la terre et sa grandeur. Selon son calcul y la distance était à peu près de quinze lieues moyennes de France , ce qui est nne hauteur extraordinaire pour ces sortes de feux. Cavina , qui ayait observé le même phénomène à Faenza, en avait fait un calcul fort différent : la hauteur où il le mettait , par exemple , était triple de celle de Montanari \ et celui-ci d'ailleurs avait négligé dans son écrit les observations de Faensa , non pas en les rejetant aTcc mépris , mais en disant qu'il était bien fâché de les trouver trop éloignées de toutes les autres , e£ qu'apparemment l'erreur Tenait de ceux qui les avaient données , et à qui on s'était îié. Cette politesse n'empêcha pas Cavina de répliquer aigrement \ Montanari , qui vojant cette dispute dégénérer en injure , se sentit assex fort pour oser déclarer publiquement qu'il j renon-» çait. Guglielmini , âgé alors de vingt-un ans ^ et disciple aussi sélé de Montanari , que nous avons dit , il y a quelques années , que Viviani l'était de Galilée , car ces sortes d'attachemens semblent avoir plus de force en Italie , demanda à son maître la per* mission de répondre pour lui. U la lui refusa , de peur que son adversaire ne crût toujours voir le maître caché sous le nom du disciple; mais Guglielmini trouva moyen de \9mcrt cette diffi*

i^^ ÉLOGE

culte, if proposa et il obtint de soutenir des thèses publiques « oti Montanari n'assisterait point , et oii Ca?ina , dont elles ntta* quaient l'opinion , serait invite , et attendu pendant un certain temps. Il n'y vint point ; il traita ce d^fi comme un duel serait traite en France , et il paratt qu'il fit bien. Quoique Guglielmîni ayoue qu'il n'était pas encore entièrement sorti des sections coniques , il terrassait en géométrie son adversaire. Il y eut assez d'écrits et assez gros sur, une matière qui au fond ne les méritait. pas. Deux ou trois pages auraient suffi pour la vérité ; les passions firent des livres.

Guglielmini fut reçu docteur en médecine dans l'université de Bologne en 1678; mais au milieu de l'application et des études que demande cette [pénible profession , un n<Aiv6a« phénomène qui parut au ciel le rappela encore pour un temps du côté des mathématiques. Ce fut la comète de 1680 et 1681 ^qui par je ne sais quelle destinée particulière , remua plus qu'une antre le monde saVant. Le sentiment de ceux qui croient les comètes des Corps éternels y aussi-bien que les planètes , avait été attaque par ' Montanari , sur le fondement que cette dernière comète qui avait disparu à la fin de février 1681 , n'était point alors asses éloignée de la terre pour disparaître par son éloignemeut seul 9 et qu'il devait y avoir eu par conséquent quelque dissolution phjrsique. Cette raison qui pouvait n^étre pas démonstrative , le devint en quelque sorte pourGuglielmini, parce qu'elle venait d'un maître qu'il chérissait ^ et elle l'engagea à chercher quelque moyen d'expliquer la génération des comètes. Il en imagina un assez singulier,, dont il fit un ouvrage intitulé : De comeùùrutn naturd et i^uepiatùlica disserUÊiio» Éoloniœ^ i68i»

Il donne aux planètes des tourbillons fort étendus ; de sorte que ceux , par exemple ^ de Jupiter et de Saturne , qui ont leurs centres éloignés de cent soixante-^cinq millions de lieues , lorsqu'ils s'approchent le plus qu'il est possible, peuvent alors se couper vers leurs extrémités. Dans cet entrelacement et cet embarras -de la matière de deux tourbillons , il se forme en vertu des mouye-' mens opposés qui se combattent , un tourbillon nouveau , dont les parties les plus grossières , car la matière céleste n'est pas toute homogène , vont occuper le centre , et produisent un nouveau corps solide ^qui est la tête de la comète. Nous ne rapporterons ni 1^ preuves , ni les difficultés de ce système ; l'auteur dé* clare qi^^il ne le croit ni vrai , ni même vtaiseolblable , mais seu- AsmeMpfopre à expliquer le^ faits ; et il ne le propose qu'avec une mdSçstie qui en répare la faiblesse ^ et désarme les critiques.

11 donna de nouvelles preuves de son savoir dans l'astronomie^

DE GUGLIELMINL i43

ptr rôbsehratioo qu'il fit k Bologne de Féclipse solaire du 12 jaiU Ict 1684 9 ^^ V^*^^ imprima en latin la même année.

Le mérite de Guglielmini fbt reconnu jusques dans son pays. Le sénat de Bologne le fit premier professeur de^ ma thénia tique 1 et loi donna en 1686 l'intendance générale des eaux de cet état» Les vojagenrs nons rapportent qu'en Perse la charge de surintendant des eaux est une des plus considérables , à cause de la wdieresse du pays , et de la difficulté de l'arroser suffisamment et • paiement. Par une raison toute contraire, cette charge est de la même importance dans le Bolonais , et en , général dans la Lombardie , ou la grande quantité et la disposition des rivières et des canaux , si utiles d'ailleurs au pays » peuvent cependant produire de grAnda inconvéniens , à moins que l'on n'y veille continuellement et avec des yeax fort éclairés. Guglielmini eut cette délicatesse asses rare de regarder sa commission de surintendant des eaux , non comme une de ces commissions dont on s'acquitte toujours assez bien avec quelques connaissances ordinaires , et où il suffit de ne rien gâter , mais comme un engagement sérieux à tourner ses principales pensées de ce c6té-là , et * à servir le pnblic k toute rigueur.

II donna donc des l'année 1690 la première partie , et en 1691 la seconde d'un traité d'hydrostatique , intitulé : jiquarum flaeniium mnuura y nova meihodo inguiaita , et dédié au sénat de Bologne. Son principe fondamental , et reçu de tons les philosophes modernes , est que les vitesses d'une eau qui sort d'un tayau vertical ou incliné , sont k chaque instant comme les ra«> cines des hauteurs de sa surface supérieure , ce qui amène nécessairement la parabole dans toute cette matière. Quand même l'eau coule dans un . canal horizontal , ce qui se peut , pourvu, qu'elle ait une issue pour se décharger , c'est encore le même principe , parce que l'eau supérieure pressant l'inférieure , lui imprime de la vitesse à raison de sa hauteur. .

Si l'on vent trouver dans un canal horiaontal la vitesse moyenne entre celle du fond , qui est la plus grande , et celle de la superficie y qui est la plus petite , bu même nulle géométrique* ment , on voit aussitôt par la quadrature de la parabole y que cette vitesse est toujours à celle du fond comme deux à trois, et qu'elle est toujours placée aux quatre neuviè;piea-de la hauteur do canal divisé du haut en bas. .

Quand on a une expérience fondamentale sur la vitesse de l'eau , par exemple , celle de Guglielmini , par laquelle une eau qd^ est U>nd>ée de la hauteur d'un pied de Bologne , parcotiit en une minute deux cent seize pieds cinq pouces d'un mouvement égal, on a sa vitesse pour toutes les chutes possibles ; et il en a calculé

i44 ÉLOGE

une table qu'il n'a poiusëe que jusqu'à trente pieds de chute, parce que les plus grands fleuves de l'Europe ne passent pas cette profondeur. Si l'on veut mesurer la quantité d'eau qui passe en une minute par un canal horizontal , comme on sait que sa vitesse moyenne est au quatrième de sa hauteur, il faut avoir ces quatre neuvièmes en pieds et en pouces. On trouve ensuite par la table quelle vitesse convient à une chute ou pression de cette hauteur: c'est là la vitesse moyenne Àe l'eau ; et en la multipliant par la hauteur et largeur du canal , on a la qualité d'eau cherchée» Guglielmini trouve par cette méthode , que le Danube supposé horizontal à son embouchure , conmie le sont presque toujours les grands fleuves , du moins sensiblement, jette dans le pont Euxin en une minute près de quarante<^ux millions de pieds cubiques Bolonais d'eau.

Pour les canaux inclinés , il ne faut qu'un peu plus de calcul ; et de plus , là connaissance de l'angle d'inclinaison du canal , après quoi tout le reste est pareil.

Telle est l'idée générale de tout l'ouvrage. Il est fort net et fort méthodique. Peut-être seulement paraîtrait-il un peu diftis à ceux qui ont pris le goût et l'habitude de cette brièveté de l'algèbre , assez semblable en fait de mathématique à ce qu'on appelle en éloquence et en poésie , le style serré. Mais chaque auteur écrit principalement pour son pays ; et quoique l'Italie ait été du moins en Europe , le berceau de l'algèbre , cette science n'y avait pas encore beaucoup prospéré du temps de Guglielmini, •et elle avait trouvé les climats du nord bien plus favorables.

Les actes de Leipsick ayant rendu compte en 1691 du livre de la mesure des eaux , Papin fit quelques remarques et quelques objections sur l'extrait qu'il en avait vu , et les fit insérer dans ce même journal. Cela revint en gros à Guglielmini par des lettres de Leibnitz , avant qu'il pût avoir en Italie les actes de Leipsick. Au nom de Papin , il eut peur de s'être trompé; car on n'en peut douter après l'aveu qu'il en fait lui-même, à moins qu'on ne veuille tenir pour un peu suspect cet aveu si glorieux à qui entend la véritable gloire. Il vit enfin les actes de Leipsick , et se rassura. Il écrivit à Leibnitz pour le rendre juge du di& .férend.

Papin croyait et prétendait démontrer que l'eau qui sort d*an tuyau toujours plein , a la moitié moins de vitesse que la pre- .mière eau qui sort du même tuyau qui se vide. Sa raison était . que dans le premier cas l'eau n'a qu'un mouvement égal et uniforme; au lieu que dans le second, elle a un mouvement accéléré , puisqu'elle tombe , ou est censée tomber. Guglielmini dé^ .truidit celte prétention avec toute l'hcmnéteté que deyait garder

DE GUGLIELMINI. i45

an homme qnl s'était cm sincèrement capable d'erreur. Il paraît par toute sa lettre qu'il doit avoir entièrement gain de cause ; et cependant il parait aussi qu'il y avait encore en cette matière quelque chose qu'il ne démêlait pas , et qui lui échappait, à luimême. Les vitesses de l'eau qui sont comme les racines des bautears , ayant précisément entre elles le même rapport que les vitesses des corps pesans qui tombent ^ les deux adversaires et tous les autres philosophes avaient également pris cette idée fort naturelle , que les vitesses de l'eau dépendent donc d^une accélération causée par une chute. Mais nous ayons fait voir , après Varignon j dans l'histoire de 1708 {p. i^Set 126 ) , que cette idée si naturelle n'est point vraie ; et qu'il y a un autre principe de ce rapport de vitesse de l'eau ^ tout différent de l'accélération , et en même temps si simple , qu'il ne ferait pas un grand mérite à son inventeur, s'il n'avait pas été long-temps caché aux plus habiles géomètres. Faute de l'avoir connu , Guglielmini ne peut éviter de certains embarras d'oii il tâche à se sauver par des pressions de l'air. Il ne suffit pas de tenir une vérité; il faut aussi , quand on veut la suivre un peu loin , en tenir la véritable cause : autrement la fausse cause d'une vérité revient à enfanter des erreurs, ses productions naturelles. La lettre de Guglielmini à Leibnitz fut suivie en 1692 d'une autre , adressée à Magliabecchi sur les sypbons, parce qu'il avait trouvé dans les actes dcLeipsick, que PaptDy en examinant un syphon fait à Wirtemberg, s'était servi de sa fausse proposition. Les deux lettres furent imprimées sous le titre de Epistolœ duos hydraataticcBm

11 s'éleva en ce temps-là un différend sur les eaux entre les villes de Bologne et de Ferrare. Il s'agissait principalement de savoir si on devait remettre le cours du Reno dans le Pô. Le pape , maître de ces deux états , envoya les cardinaux Dada et Barherin pour juger de cette affaire. Bologne chargea de ses intérêts le seul qu'elle en pût charger , Guglielmini. Les deux cardinaux avec qui il traita , prirent une si grande idée de sa capacité, qu'ils l'employèrent non-seulement pour les eaux du Bolonais, mais encore pour celles du Ferrarais et du territoire de Ravenne , et l'oMagèrent à faire des desseins de différens travaux utiles ou SKessaires. Mais il lui arriva alors ce que nous avons déjà dit, qui était arrivé à \iviani en pareille matière; des projets qui ne regardaient que le bien public n'eurent point d'eiécution.

Comme Guglielmini avait porté la science des eaux plus loiu qu'elle n'avait encore été , du moins en Italie , et qu'il en avait fait une science presque nouvelle , Bologne fonda dans son université en i6g4 une nouvelle chaire de professeur en hydromel

trie^ qu'elle lui donna. Le nom d'hydrométrie était nouveau, aussibien que la place , et l'un et Tautre rappelleront toujours la mémoire de celui qui en a rendu l'établissement nécessaire.

11 se permettait cependant quelques distractions de ton étude des eaux, dans des occasions oii il eût été difficile de résister à d'autres sciences qui l'appelaient. Quand Cassini retourna à Bologne en 1695 , et y raccommoda la fameuse méridienne qu'il avait tracée quarante ans auparavant dans l'église de S.-Petronr, et que différens accidens avaient altérée , Guglielmini l'aida dans ce grand travail astronomique , et fit même imprimer un nié* moire des opérations qu'on avait faites pour la construction et pour la vérification de ce prodigieux instrument. Il s'en senit depuis pendant plusieurs années à observer les mouvemens da soleil et de la lune.

En 1697 , il publia son grand ouvrage délia natura dé* fiumiy qui passe pour son chef-d'œuvre. Il le dédia à Fabbé Bigoon, qui l'année précédente l'avait fait associer à l'académie royale des sciences , et dont le nom et le mérite , sans le secouis d'un pareil bienfait, s'attifènt souvent des savans , même étrangers, de pareils hommages. La préface roule sur la nécessité de porter dans la physique la certitude de la géométrie , et sur la difficulté soiivent insurmontable de faire entrer les idées simples de la géométrie dans la physique , aussi compliquée qu'elle est. Tn physicien ordinaire ne doutera peut-être pas ^u'il ne connaisse» su.tlsamment la 'îaturc des rivières; mais apr^s avoir lu le livre de Gugtielmini', il demeurera convaincu qu'il ne la connais&ait point. Nou5 ne rapporterons ici que les vues générales de ce traité , et nous laisserons à imaginer ce que peuvent produira les ditTérentes combinai&ouii des principes , et les applications aux cas particuliers.

Les iieuves près de leurs sources descendent ordinairement de quelques montagnes , et là ils tirent leur vitesse de l'accélératioa de la chuté : mais à mesure qu'ils s'éloignent , cette vitesse diminue , parce que l'eau frotte toujours contre le fond et contre le» rives j qu'elle rencontre en son chemin différens obstacles 5 et qu'enfin venant à couler dans les plaines , elle ^ toujouirs moins de chute , et s'incline davantage à l'horizon. L,e Reno y est à peine incliné de cinquante-deux secondes vers le bas de son cours. Si la vitesse acqutsç par la chute se perd entièrement, ce qui pont arriver à force d'obstacles redoublés, et après que le cours sera devenu tout-à-fait horizontal , il n'y a plus que la hauteur , on la pression toujours proportionnée à la hauteur, qui paisse rendre la vitesse à l'eau , et la faire couler. Heureusement cette ressource croit selon le besoin 5 car à mesure que l'eau pet^d de

DE GUGLIELMINI. 147

sa vitesse acquise par la chute , elle s'ëlëve et augmente en hauteur.

Les parties supérieures de Teau d*une rivière , et éloignées des bords, peuvent couler par la seule cause de la déclivité , quelque petite qu'elle soit 3 car n'étant arrêtées par aucun obstacle , elles peuvent seutir avec délicatesse , pour ainsi dire , la moindre difTéreoce du niveau : mais les parties inférieures qui frottent contre le fond ^ ne seraient pas suffisamment mues par une si petite déclivité , et elles ne le sont que par la pression des supérieures.

La viscosité naturelle des parties de l'eau , et une espèce d'engrénement qu'elles ont les unes avec les autres, fait que les inférieures mues par la hauteur entraînent les supérieures , qui , dans un canal horizontal , n'auraient eu d'elles-mêmes aucun mouvement , ou dans un canal peu incliné en auraient eu peu. Ainsi ies inférieures en ce cas rendent aux supérieures une partie du mouvement qu'elles ont reçu. De là vient aussi qu'assez souvent la plus grande vitesse d'une rivière est vers le milieu de sa hauteur: car ses parties du milieu ont l'avantage et d'étrê pressées par la moitié de la hauteur de l'eau , et d'être libres des frotteuiensdu fond.

On peut reconnaître si l'eau d'une rivière k peu près horizontale coule par la vitesse acquise par la chute ou par la pression <le la hauteur. Il ne faut qu'opposer à son cours un obstacle perpendiculaire. Si l'eau s'élève subitement contre cet obstacle , elle coulait en vertu de sa chute } si elle s'arrête quelque temps , c'était par la pression.

I.«es fleuves se font presque toujours leur lit. Que le fond ait d abord une grande pente , l'eau qui par conséquent aura beaucoup de chute et de force , emportera les parties de ce terrein (es pins élevées, et les entraînant plus has , rendra le fond plus horizontal. C'est sous le fîl de l'eau qu-est sa plus grande force de creuser , et par conséquent c'est là que le fond s'abaisse le plus , et $*y fait une plus grande concavité.

L'eau qui a rendu son lit plus horizontal , l'est devenue aussi <lavantage, et par-là elle a moins de force de creuser ; et enfin celle force étant diminuée jusqu'à n'être plus qu'égale à la ré- «iitance du fond , voilà le fond en état de consistance , du moins pour un temps considérable. Les fonds de craie résistent plus que ceux de sable ou de limon.

D'un antre côté , Teau ronge et mine ses bords , et avec djautant plus de force , que par la direction de son cours elle les rencontre plus perpendiculairement. Elle tend donc, en les rongeant, à les rendre parallèles à son cours ; et quand ell* y est parvenue

i48 ÉLOGE

autant qu'il est possible, elle n'a plus d'action sur eux à cet égard. En même temps qu^elle les a rongés , elle a élargi son lit , c'ëst-à-dire qu'elle a perdu de sa hauteur et de sa force y ce qui étant arrivé à un certain point , il se fait encore un équilibre entre la force de l'eau et la résistance des bords y et les bords sont établis.

Il est manifeste par l'expérience y que ces équilibres sont réels , puisque les rivières ne creusent et n'élargissent pas leurs lits jasqu'à l'infini.

Tout le contraire de ce que nous venons de dire arrive pareillement. Les fleuves , dont les eaux sont troubles et bourbeuses , haussent leur lit , en y laissant tomber les matières étrangères , lorsqu'ils n'ont plus la force de les soutenir. Ils rétrécissent aussi leurs bords y parce que ces mêmes matières s' j attachent et j forment comme des enduits de plusieurs couches. Ces matières rejetées loin du fil de l^eau à cause de leur peu de mouvement , peuvent même suffire pour faire des bords.

Ces effets opposés se rencontrant presque toujours ensemble, et se combinant très-différemment selon le degré dont ils sont chacun en particulier , il n'est pas aisé de juger le produit qui en résultera. Cependant c'est cette combinaison embarrassée qu'il faut saisir assez juste, quand on a affaire à un fleuve qu'on veut, par exemple , détourner de son cours. On peut compter qu'il agira toujours selon sa nature , et qu'il s'accommodera lui-même un lit , et se fera un cours tel qu'il lui conviendra. Guglielmiui rapporte qu'au commencement du siècle passé , le Lamone , qui se rendait dans le Pô di Primaro, en fut détourné , parce qu'on voulait qu'il s'allât* jeter seul dans le golfe adriatique. Il est arrivé que le Lamone devenu plus faible quand il n'a eu que ses propres eaiix , a tellement haussé son lit par des déposition» de limon et de fangç , qu'il s'est trouvé plus haut que n'est le P6 dans ses plus forte$ crues , et qu'il a eu besoin de levées très-hautes.

La nécessité de faire des levées ou digues aux rivières , p^^^ venir de plusieurs causes. Voici les principales, i*. Si les rivières sont tortueuses , leurs bords qui. les arrêtent k l'endroit des sinuosités , font élever les eaux , et leur donnent plus de force pour les ron^'r eux-mêmes et pour les percer; après quoi elles se répandent àahs 4es campagnes. 2?. Les rives peuvent être faibles comme celles 'que les fleuves se sont faites eux-mêmes par 1* déposition des matièi*es étrangères qu'ils chariaient. Telles sont Iesirives.de la "plupart des fleuves de la Lombardie , et noo-seu' lement ces rives , mais les plaines mêmes qui ont été formées par les fleuves. Il est bon de remarquer q^ue les plaines faites ain^^

DE GUCLIELMINL 149

par aUuvion , sont plus hautes vers les bords des rivières qui les ont produites , et toujours ensuite plus basses. 3<^. Les fleuves qui courent sur du gravier fort gros , sont sujets dans leurs crues à en faire de grands amas, qui ensuite détournent leurs cours. lU sont indomptables le plus souvent, témoin la Loire; au lieu que ceux qui ont un fond de sable léger , sont plu*s trai- Ubles.

Un petit fleuve peut entrer dans un grand sans augmenter sa largeur, ni même sa hauteur. Ce paradoxe apparent est fondé sur ce qu'il est possible que le petit n'ait fait que rendre coulantes dans le grand les eaux dès bords qui ne l'étaient point , et augmenter la vitesse du fil , le tout dans la même proportion qu'il a augmenté la quantité de l'eau. Le bras du P6 de Venise a absorbé le bras de Ferrare et celui du Panaro , sans aucun élargissement île son Ht. Il faut raisonner de même à proportion de toutes les cnies qui surviennent aux rivières , et en général de toute nou- T(;He augmentation d'eau , qui augmente aussi la vitesse.

Si un flenve qui se présenterait pour entrer dans un autre fleave ou dans la mer , n'était pas assez fort pour en surmonter U résistance, il s'élèverait, ou parce que sa vitesse serait re*à tardée , ou parce que les eaux qui devraient le recevoir regorgeraient dans les siennes; mais par cette élévation il acquerrait la force nécessaire pour entrer , il la tirerait de l'opposition même fu'îl aurait à combattre.

Utt fleuve qui entrerait perpendiculairement dans un autre , ou même contre son courant , serait détourné peu à peu de cette direction par celui qui le recevrait , et obligé à se faire un nouveau lit vers son énâ>ouchure.

L'union des deux rivières en une les fait couler plus vite, parce qu'au lieu du frottement des quatre rives , elles n'ont plus que celui des deux à surmonter , que le^fîl plus éloigné des bords va encore plus vite , et qu'une plus grande -Quantité d'eau mue avec plus de vitesse creuse davantage le fond, et dimintfe la première iargear. De là vient aussi que les rivières unies occupent' moins d'espace sur la surface de la terre , permettent plus facilement que les campagnes un peu basses y déchargent leurs eaux superflues, et ont moins besoin de levées, qui empêchent leurs inondations. Ces avantages sont tels que Guglielmini les*^ croit dignes d'avoir été envisagés par la nature , lorsqu'elle a iendu l'union des fleuves si ordinaire.

Ce sont là les principes les plus généraux du traité deilq natura ^^ fiunU, L'auteur en fait l'application à tout ce qu'il appelle ^architecture deu eaux ; c'est-à-dire à tous les ouvrages qui ont les eaux pour objet , aux nouvelles communications de rivières ,

i5o ELOGE

aux canaux que Ton tire peut* arroser des pays qui en ont besoin , aux écluses , au dessèchement des marais , etc.

Ce livre, original en cette matière , eut un grand éclat Crémone , Mantoue et quelques autres villes eurent recours au fameux architecte des eaux. Il ordonna les travaux qui leur étaient nécessaires ; mais son art brilla principalement dans des levées qu'il fît au Pô au-dessous de Plaisance , oii ce fleuve faisait de grands ravages , et menaçait d*en faire encore de plus grands.

La république de Venise Tenvia à l'état de Bologne , et lai donna en 1698 la chaire de mathématique à Padoue. Cependant £a patrie , pour se le conserver autant qu'il était poisible , et pour se pouvoir toujours vanter qu'il lui appartenait , voulut qu'il gardât le titre de professeur dans son université , et lui .continua même ses appointeraens.

Venise ne le laissa pas long-temps dans les exercices tranquilles et dans l'ombre d'une 'université. En 1700, elle l'envoya en Dalmatie réparer les ruines de Caste 1-novo , et quelque temps •après dans le Frioul , oii un torrent tres^impctueux qui avait déjà détruit plusieurs villages , était prêt à tomber sur 1 importante forteresse de Palme. Guglielmini fait sentir tant d'amour pour le bien public dans ses ouvrages , même dans ceux ou la sécheresse mathématique domine , qu'il fout lui compter tons ces voyages et toutes ses fatigues pour autant d'agrémens dans sa vie.

Peut-être l'envie de servi» le public de toutes les manières dont il le pouvait servir, le fît-elle retourner à la médecine , quti semblait avoir sacrifiée aux mathématiques. Il prit en 1702 la chaire de professeur en médecine, théorique à Padoue, et quitta celle qu'il avait' auparavant. Une dissertation qu'il avait publit^e l'année précédé'nte , de sanguinis naturâ et consiîtuUone y avait pu être un présage de ce changement; c'était du moins une preuve et de son grand travail , et de la grande étendue de ses connaissances.

Mais il en donna une beaucoup plus éclatante par son livre intitulé : De salibus disserlatio epistolaris phyaico^ntedico-nucor nica , imprimée à Venise en 1705*. Il n'y a pas encore fort longtemps que totos les raisonnemens de chymie n'étaient que des espèces de fîttions poétique» , vives , animées , agréables à Timaginatien , ininteHigibles et insupportables à la raison. La saine philosophie a paru , qui a entrepris de réduire à la simple mécanique corpusculaire cette chymie mystérieuse , et en quelque façon si fîère de son obscurité. Cependant il faut avouer qu'il lui reste encore chez quelques auteurs des tV-aces de son ancienne poésie , désunions presque volontaires des combats qui ne sont

DE GUGLIELMINÏ. i5i

^êre foadéi que sur des inimitiés , et quelques autres qui peuvent ne pas conTenir au sévère mécanisme. Guglielmini parait avoir eu une extrême attention k ne leur pas permettre de se glisser dans sa dissertation chymique : il y rappelle tout avec rigueur aux règles d'une physique exacte et claire; et pour épurer la chymie encore plus parfaitement , et en entraîner toutes les saletés , il y fait passer la géométrie. Le fondement de tout l'ouvrage est que les premiers principes du sel commun , du vitriol , de Talun et du nitre , ont par leur première création des figures fixes et inaltérables , et sont indivisibles à l'égard de la force déterminée qui est dans la matière. Le sel commun primitif est un petit cube ; le sel du yilriol un parallélipipède rhomboïde , celui du nitre un prisme qui a pour base un triangle équilatéral , celui de l'alun une pyramide quadrangulaire. De ces premières figures viennent celles qu'ils affectent constamment dans leurs crystallisations , pourvu qu'on les tienne aussi exempts qu'il se puisse de tout mélange et de tout trouble étranger. Quand il s'agit de l'action des sels , Guglielmini examine géométriquement tt mécaniquement les propriétés de ces figures par rapport au mouvement , et en vient à un détail assez curieux et fort nouveau dans un traité de chymie. Il ne rapporte pas d'expériences ni d'observations nouvelles qu'il ait faites ; il établit son système sur celles des plus fameux auteurs , parmi lesquels il cite souvent lt$ confrères qu'il avait dans cette académie , MM. Homberg , Lemery y Boulduc , Geoffi-oy. En un mot , ce n'est pas tant la chymie qui domine dans ce traité , que la géométrie , et ce qui vaut encore mieux, l'esprit géométrique.

Quand on achevait l'impression de ce livre , il reçut l'histoire de l'académie de 170a. Il trouva un sentiment de Homberg tout opposé au sien , que les figures con.«tantes des sels acides dans leurs crystallisations ne viennent pas des premièr«.*s particules qui les composent, mais des alkalis avec lesquels ils sont unis. Il avoue qu'il eut peur que l'autorité d'un si grand chyniiste ne fût seule suffisante pour renverser tout son système; et il se hâla de le mettre à couvert par une rôponse qui , pour ctre fort honnête et polie , ne perd rien de sa force , et peut-être en a davantage. * -

Il fit encore deux ouvrage de physique y l'un intitulé: Exerci^ ^io de idearum tfiius , correcilo/ie et usuy ad $taluendam et inquirendam morôorsêm naiuram y-en 1707, çX l'autre , T^e prln^ cipio êulphureo , en 17 JO : et ce qui est fort glorieux pouf lui, la date de ce dernier ouvrage. est celle de sa mort. Sa vie entière % été dévouée aux sciences. Ceux qui les ainir^nt avec moins d'emportement pourraient lui reprocher ses excès , qui k

i52 ÉLOGE

la vérité ruinèrent en lui un tempérament trësHroBuste; mai* qui cependant ne peuvent être blâmés qu'avec respect. Il avait cet extérieur que le cabinet donne ordinairement , quelque cbose d'un peu rude et d'un peu sauvage , du moins pour ceux à qui il n'était pas accoutumé. // méprisait, dit le journal des savans d'Italie , cette politesse superficielle dont le monole se contente , et s^en était fait une autre qui était toute dans son cœur.

Page 1