DE CHAZELLES
JcAV-MATHrEU DE Chazeixes oaquit à Lybn le ^4 juillet 1657, d*ane famille honnête qui était dans le commerce. Il fit toutes tes études dans le grand collège des Jésuites de cette ville , après quoi il vînt à Paris en ^675. La passion qu'il avait d'y connaître les gens de mérite, le conduisit chez feu du Hamel , secrétaire de celte académie , qui de son coté favorisait de toutson pouvoir les jeunes gens dont on pouvait conceVoir quelque espérance. Il remarqua dans celui-^ri beaucoup de disposition pour l'astro- . nomie } car le jeune homme était déjà géomètre. Il le présenta t Cassini , qui le prit avec lui à l'observatoire , école ou Hipparqne et Ptolomée eux-mêmes auraient encore pu apprendre.
La théorie et la pratique , toujours si différentes, le sont peutêtre plus en fait d'astronomie qu'en toute autre matière; et le plus habile astronome qui ne le serait que par les livres, serait tout étonné quand il viendrait à manier la lunette , qu'il ne verrait presque rien. Les observations sont une manœuvre très-fine et très-délicate. Chazelles étudia cet art à fond , et en même temps il embrassa toute cette vaste science dont il est le fondement. Il travailla sous Cassini k la grande carte géographique en forme de planisphère , qni est sur le pavé de la tour occidentale de 1 observatoire , et qui a 27 pieds de diamètre. Elle avait été dressée sur les observations que l'académie avait déjà faites par ordre du roi en différens endroits de la terre ; et ce qui en est le plus remarquable , c'est qu'elle fut en quelque sorte prophétique. EHe contenait sur de certaines conjectures de Cassini des corrections anticipées et fort importantes , qui ont été justifiées depuis par des observations incontestables.
En i683 , l'académie continua vers le septentrion et vers le midi le grand ouvrage de la méridienne , commencé en 1670 ; et Cassini , à qui le côté du midi était tombé en partage , associa â ce travail M. de Chazelles. Ils poussèrent cette ligne jusqu'à la campagne de Bourges.
Après avoir pris des leçons de Cassini à l'observatoire pendant cinq ans, Chazelles devait être devenu un excellent nrattre. Feu le duc de Mortemart le prit pour lui enseigner les mathématiques, et le mena avec lui à la campagne de Gênes en ]6o4- H lui fit avoir l'année suivante une nouvelle place de professeur d'hydrographie pour les galères à Marseille ; car il y en avait depuis long-temps une ancienne remplie par un père Jésuite , a
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qui il fallait donner du secours , parce que la marine de France ft'était considérablement fortifiée.
Ces écoles sont des espèces de petits états assez difficiles à gouverner. Tous les sujets qui lés composent .sont dans la force de leur jeunesse , impétueux , indociles f amoureux de l'ind^-* pendance avec fureur , ennemis presque irréconciliables^ de toute application j et ce qui est encore pis, ils sont tous geixs de guerre , et leur maître n'a sur eux aucune autorité militaire. Cependant on rend ce témoignage à Chazelles^ qu'il fut toujours respecté , et même aimé de ses redoutables sujets. Il avait cette douceur ferme et courageuse qui sait gagner les cœurs avec dignité. Le succès qu'il avait eu l'encouragea à se charger encore d'une nouvelle école de jeunes pilotes destinés à servir sur les galères. £lle a fourni et fournit encore tous les jours un grand nombre de bons navigateurs.
Pendant l'été de 86 les galères firent quatre petites campagnes, ou plutôt quatre promenades , oii elles ne se proposaient que de faire de l'exercice. Chazelles s'embarqua toutes les quatre fois y et alla tenir ses écoles sur la mer. Il montrait aux officiers la pratique de ce qu'il leur avait enseigné. Il fît aussi plu&ieuiçs ol^servations géométriques et astronomiques ,, par le moyen desquelles il donna ensuite une nouvelle carte de la côte de Provence.
Nous passons sous silence deux campagnes , quoique plus longues et plus considérables , qu'il fît en 87 et 88. Elles produisirent toutes deux un grand nombre de plans qu'il leva , soit des ports et des rades oii il aborda , soit des places qu'il put voir. On sait assez que ces plans ne sont pas de simples curiosités 5 et qu'étant déposés entre les mains des ministres d'état , ils deviennent en certain temps la .matière des plus importantes délibérations , et les règlent d'autant plus sûrement , qu'ils ont été faits de meilleure main.
Il y a long-temps que l'expérience , maîtresse souveraine de tous les arts y a fait entre les deux espèces des grands bâtimens de mer , un partage oii tous les peuples de l'£urope ont souscrit. Elle a donné l'Océan aux vaisseaux , et la Méditerranée aux galères. Elles ont trop peu de bord pour soutenir des vagues aussi hautes que celles de l'Océan. Mais aussi les vaisseaux ont ce défaut essentiel , qu'ils ne peuvent rien sans le vent } ce sont de grands corps absolument dépendans de cette âme étrangère ^ inconstante , et qui les abandonne quelquefois entièrement. Au • commencement de la dernière guerre , quelques officiers de marine y et Chazelles avec eux , imaginèrent qu'on pourrait ayoir des galères sur l'Océan , qu'elles j serviraient à remorquer les