DE CASSINI
les trammant astres Urbanoctawftê , nom malhenreux , et qui ne pouvait guère réussir, quand même les satellites auraient saUisté. Ceux de Saturne ont paru dignes que Ton en ait frappe une médaille dans l'histoire du roi , avec cette légende : Satumi Saieiiiies primàm cogniti.
Voici un événement d'une espèce plus singulière que tons les autres. M. de la Loubère , ambassadeur du roi à Siam en 1687 , étudié ce pa j»-Ià en philosophe savant , autant que lui permit fou peu de séjour, en rapporta une méthode qui s'y pratique, de calculer les mouvemens du soleil et de la lune. Ce n'est point par des tables à notre manière, c'est par de simples additions ou soustractions , multiplications ou divisions de certains nombres f dont on ne voit presque jamais aucun rapport aux mouvemens célestes , dont les noms barbares et inconnus augmentent encore l'horreur du calcul. Tout y est dans une confusion et dans une obscurité qui parait aifectée, et pourrait bien l'être en effet , car le mystère est un des apanages de la barbarie. M. de la Loubère donna cette af&euse énigme à déchiflrer à Cassini ; et selon l'état où sont aujourd'hui les sciences en Orient , il y a tout lieu de croire que , quoique ces règles y soient suivies, il aurait été trèsdifficile dé trouver quelqu'un qui les eût entendtles. Cependant Cassini perça dans ces ténèbres: il y démêla deux difierentes époques que l'on ne distinguait nullement ; l'une civile, qui tombait dans l'année 544 avant Jésus-Christ; l'autre astronomique, qui tombait dans l'année 638 après sa naissance. Il remar«qna fort heureusement que du temps de l'époque civile, Pythagore vivait , lai dont les Indiens suivent encore aujourd'hui les dogmes, ou qui peut-être a suivi ceux des Indiens. Ces époques trouvées étaient la clef de tout le reste ; une clef cependant qu'on ne pouvait encore manier qu'avec une adresse extrême. Il parut par cette méthode déyeloppée, que ces auteurs avaient assez bien connu les mouvemens du soleil et de la lune ; et ils ne pouvaient être soupçonnés d'avoir emprunté des Occidentaux une manière de catcaler si différente. Il fallait que Cassini fût bien familier avec le ciel , pour le reconnaître aussi déguisé et aussi travesti qu'il l'était.
La recherche de ce calendrier Indien le conduisit à de nou«« velles méditations sur nos calendriers. L'esprit plein des mouvemens célestes , de leurs combinaisons , et de toutes les périodes ou cycles que l'on a formés , il imagina une période , qu'il appela lurUsolaire et pojscaie, parce que son effet, suivant l'intention de tous les calendriers ecclésiastiques , était d'accorder les mouvemens du soleil et de la lune par rapport à la fête de Pâques. EUe ramène les nourelles lunes au même jour de notre an-
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née grégorienne , au même jour de la semaioe, et presque à It même heure du jour pour un même heu ', ce qui est de la der« piëre précision en fait de calendrier. De plus, elle est trës-heu-' reuse , et même sacrée , en ce qu'elle a pour époque l'année de la naissance de Jésus*Cbrist ; et comme daus cette année Cassini trouvait par son calcul une conjonction du soleil avec la lune le jour même de Téquinoxe , qui fut le 24 mars , yeil le.de l'incarna* tion , selon la tradition de Téglise , l'époque était en mente temps astronomique par la rencontre de l'équinoxe et de la nouvelle lune f et civile par le plus grand événement qui soit jamais arrivé sur la terre. Cette période est de 1 1600 ans y et toutes lei autres qu'on a imaginées roulent dans celle-là. Le monde n'a va jusqu'à présent que le dernier tiers à peu près d'une de ces périodes, qui finit le jour de l'incarnation , et un peu plus que la septième partie d'une autre qui commence.
Cassini donna en i6g3 de nouvelles tables des satellites de Ja<* piter plus exactes que celles de 166S, et portées à leur dernière perfection* Il y ajouta un discours très-instructif sur la délicate astronomie de Jupiter, dont il ne se réservait n'en. Il la rendait et facile pour tout le monde , au lieu qu'elle ne l'était pas pour \eè astronomes mêmes ^ et si juste , que le plus souvent les observations s'accordaient avec le calcul jusques dans la minnte. Ainsi on fît l'^ionneur k ces tables calculées pour le méridien de Paris, de les prendre pour un observateur perpétuel établi à Paris , qui aurait donné ses ob^rvatioas immédiates ; et en y comparant celles qui ont été faites en d'autres lieux , on a trouvé une infinité de longitudes. On sait que la connaissance de ce monde de Jupiter, éloigné de cent soixante-cinq millions de lieues, nous a produit celle de la terre , et lui a presque fait changer de face. Siam , par exemple , s'est trouvé de cinq cents lieues plus proche de 90us que l'on ne croyait auparavant. Tout au contraire des espaces célestes qu'on avait faits trop petits, on avait fait les terrestres trop grands , suite assez naturelle de notre situation et des premiers préjugés.
£n 1695 , Cassini fit un voyage en Italie. Peut->être en un aulre tênlps aurait-on craint qu'il n'eût eu quelque retour de tendresse pour son pays. Mais comme après la mort de Colbert il avait résisté à des o0re^ très-pressantes et très- avantageuses de la reine de Suède , qui voulait l'y rappeler, on se tint sûr qu'il serait fidèle à sa nouvelle patrie. Il mena avec lui le fils qui lui restait , et qui est aujourd'hui membre de cette académie 5 un autre avait été tué sur mer , la même année , dans un combat contre uvt vaisseau anglais qui fut pris à l'abordage. Cassini ne manqua pa^ d'aller revoir sa méridienne de S. Pétrone , qui
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afiit betoîn de loi. La ?oùte qni recevait leaoleîl s'était abaissée, et Je trou qui était percé n'était plus dans la perpendiculaire où il derait être. Onglielmini avait remédié à ce désordre ; mais de» |Hiis , le pavé oh était tiré la méridienne était sorti du niveau exact. Enfin , Cassini arriva à propos pour réparer son premier ouvrage , et le seul qu'il laissât à ritaiie. Il voulut étendre ses soins jusques dans l'avenir, et pria Guglielmini de publier une instruction de tout ce qu'il y avait à faire pour la conservation et la réparation de ce gfand instrument. Guglielmini le fît , mais en pariant de Cassini comme un disciple aurait parlé de son maître. Ce trait doit fortifier l'éloge que nous avons £ait de lui dans l'histoire de 17 10 (/i. 142 ).
Cette méridienne de Saint-Petrone était la 600,000*. partie de la circonférence de la terr^ ; mais on en avait entrepris une autre en France , qui devait être la ^5^, partie de cette même circon<ierence, et qui par conséquent devait donner dans une précision jnsqn'â présent inouïe et inespérée , la grandeur du demi diamètre de la terre , nécessaire et unique fondement de toutes les mesores astronomiques. C'est la fameuse méridienne de l'observatoire , commencée par Picard en 1669, continuée en i683 do côté da nord de Paris par la Hire, et du coté du sud par Cassini; et enfin poussée par Cassini en 1700 jusqu'à l'extré-* mité du Ronssillon. l^ous avons assez parlé de ce grand ouvrage dans les histoires de 1700 (p. 120 et suip. ), de 1701 (p. g6 «^ 97 ) , et de 1 703 (p. li et suiv. ) , des difficultés qu'on a eues à j surmonter , de l'usage dont il sera tant qu'il y aura une astro* nomie , et même des usages imprévus et surnuméraires qu'on en 2 tirés. Cassini a eu la gloire de le finir , seul auteur de la méridieaae de Bologne , auteur de la plus grande partie de celle de France , les deux plus beaux monumens que l'astronomie pratique ait jamais élevés sur la terre , et les plus glorieux pour rindustriense curiosité des hommes.
Les histoires de 1700 (/i. 124 etsuiv,)^ de 1701 (/>. 107 ei M/V. ) , et de 1704 (p- 72 et auiu. ) , ont parlé de l'affaire qui se traita à Rome sur le calendrier Grégorien. Le pape ordonna que la congrégation qui en était chargée consultât Cassini ; l*ltalie semblait redemander à la France ce qui venait d'elle. Elle eut en cette occasion , à la pl|ice de Cassini , un homme formé de sa main, Maraldi, son neveu, qui ajant beaucoup de go4t et de disposition pour les sciences et pour l'astronomie , était venu en France en 1687 auprès d'un oncle si capable de l'instruire. Il se trouvait alors à Rome , et le pape voulut qu'il eût entrée dans la congrégation du calendrier } eUe avait besoin de quelqu'un qui y portât l'esprit de Cassini.
Outre ce que nous avons rapporté , il a enrichi Pastrononue d'un grand nombre de méthodes fines et ingénieuses , telles que rinyention des longitudes en 1661 , par les éclipses de soleil qai ne paraissaient pas y pouvoir jamais être employées } Texplica* tion de la libration de la lune parla combinaison de deux mouyemens , dont Tun est celui d'un mois , et l'autre se fait autour de son axe en un temps à peu près égal } la manière de trouva la véritable position des taches du soleil sur son globe ; celle df décrire des espèces de spirales , qui représentent toutes les bizarreries apparentes du mouvement des planètes , et doooeat leurs lieux dans le zodiaque jour par jour ^ et plusieurs autres qui seront pour les astronomes suivans , autant de moyens d'égaler ses connaissances , sans égaler cependant sa capacité.
Il connaissait le ciel non-seulement tel qu'il est en lui-même , mais tel qu'il a été conçu par tous ceux qui s'en sont formé quelque idée. Si dans un auteur qui ne traitait nullement d'astronomie , il y avait par hasard quelque endroit qui eût le moindre rapport , cet endroit ne lui avait pas échappé. Tout ce qui en avait été écrit semblait lui appartenir ^ il le revendiquait , quelque détourné , quelque caché qu'il put être.
Dans les dernières années de sa vie , il perdit la vue , malheur qui lui a été commun avec le grand Galilée , et peut-être par la même raison ; car les observatiobs subtiles demandent un grand ' effort des yeux. Selon l'esprit des fables , ces deux grands hommes , qui ont fait tant de découvertes dans le ciel , ressemr bleraient à Tirésie , qui devint aveugle pour avoir vu quelque secret des dieux.
Cassini mourut le 14 septembre 1712 , âgé de quatre-vingtsept ans et demi , sans maladie , sans douleur , par la seule nécessité de mourir. Il était d'une constitution très-saine et très-robuste ; et quoique les fréquentes veilles nécessaires pour l'observation soient dangereuses et fatigantes , il n'avait jamais connu nulle sorte d'infirmité. La constitution de son esprit était toute semblable ; il l'avait égal , tranquille , exempt de ces vaines inquiétudes et de ces agitations insensées , qui sont les plus douloureuses et les plus incurables de toutes les maladies. Son aveuglement même ne lui avait rien 6té de sa gaieté ordinaire. Un grand fonds de religion , et^ ce qui est encore plus , la pratique de la religion , aidaient beaucoup à ce calme perpétuel. Les cieux , qui racontent la gloire de leur créateur , n'en avaient jamais plus parlé à personne qu'à lui , et n'avaient jamais mieux persuadé. Non-seulement une certaine circonspection assez ordinaire à ceux de son pays, mais sa modestie naturelle etsincèie, lui auraient fait pardonner ses Xa}^m et sa, répujtation. par les
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esprits les plus jaloux. On senUit en loi cette candeur et cette simplicité , que l'on aime tant dans les grands hommes , et qui cependant y sont pins communes que chez les autres. Il cornmQntqnait sans peine ses découTertes et ses vues , au hasard de se les voir enlever y et désirait plus qu'elles servissent au progrès ^e la science qu'à sa propre ^oire. 11 faisait part de ses connaissances , non pas pour les étaler , mais pour en faire part^ Eofia on Ini pourrait appliquer ce qu'il a remarqué lui-même dans quelqu'un de ses ouvrages , que Josephe avait dit des anciens patriarches , ^iie Dieu leur avait accordé une longue vie , tant pour réoompeneér leur vertu , que pour leur donner moyen de perfectionner davantage la géométrie et fastronontie.