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ÉLOGES DES ACADÉMICIENS

Pendant les quarante années que Fontenelle a été secrétaire de l'académie des sciences , c'est-à-dire depuis le renouvellement de l'académie en 1699, jusqu'en 1740, il a présenté au public régulièrement tous les ans , à la tête d'un volume du recueil des mémoires de cette société savante , un précis élégant et. lumineux des travaux qui avaient rempli les séances de l'année. Pour compléter ce travail , il a fait aussi , en partie , l'histoire des travaux de l'académie avant 1699 : ces précis historiques de l'académie des sciences n'ont point été réimprimés, parce que, malgré le mérite du style, ils ne sauraient plus assez intéresser le public, ne rendant compte que de découvertes et d'expériences dont l'importance a été détruite en grande partie par les progrès qu'ont fait les sciences depuis cette époque. On a inséré seulement dans les Œuvres de Fontenelle les préfaces et introductions , qui dans tous les temps seront lues avec plaisir.

NOTICE. xix

Cest aussi de cette histoire de racadémie des sciences , que l'on a extrait les éloges des académiciens morts. Ces éloges ont infiniment contribué à la renommée de leur auteur; ce sont des chefs-d'œuvre dont il n'y avait de modèle ni dans les auteurs anciens , ni dans la littérature moderne. Fontenelle a su donner a l'histoire de la vie des savans j qui généralement n'offre point d'actions remarquables , un haut degré d'intérêt. Il règne dans son stjle an ton enjoué qui ne fait jamais languir le récit, et qui est parsemé d'ailleurs de réflexions fines ou philosophiques qui font penser le lecteur, et lui causent des surprises agréables. Tout ce que Fontenelle trouve de louable dans la vie de ses confrères, il le raconte d'un ton naturel , et la louange sort du fond des choses plutôt que de ses paroles. Leurs défauts sont couverts d'un voile-qui ne les cache pas tout-à-fait ; niais qui en diminue l'impression. L'auteur des éloges se montre partout en historien , exempt de toutes les passions qui pourraient nuire à son impar* tialité , et en homme indulgent qui sait parfaitement quelle part il fant faire dans la vie des hommes à la faiblesse inhérente à la oatnre hamaine«

On retrouve dans ces éloges des traces d'affectation , des expressions trop familières , et quelques détails trop minutieux. Néan*moins Voltaire a eu raison de dire que les éloges que Fontenelle prononça des académiciens morts , ont le singulier mérite de rendre les sciences respectables , et ont rendu tel leur auteur.

« Ce tableau si neuf dans toute l'histoire moderne, dit M. Garât ( Eloge de FonieneUe ) , a été tracé dans un style tiussi neuf dans notre langue , et même dans toutes les langues. Cest Ik , c'est surtout dans les éloges des savans , qu'on trouve et tons les défauts et tous les charmes de cettS manière tant critiquée et tant louée , qui n'aurait pas dû avoir plus d'imitateurs qu'elle n'a eu de modèles. Fontenelle veut plaire , mais c'est surtout pour faire penser ; et il se crée un style oii la pensée tire tous ses agrémens d'elle-même, ou le talent n'est que la richesse de l'esprit, où des idées toujours inattendues et toujours piquantes, forment un jeu continuel de contrastes imprévus , de rapports singuliers et nouveaux , qui réveillent toujoors l'attention par la surprise. Fontenelle songe toujours à ses lecteurs qui le suivent toujours avec facilité; sa marche tient à nne connaissance profonde de l'esprit humain. Il jette un voile sur les idées très-claires, rend avec une extrême clarté les idées très-profondes, exerce toujours l'attention, ne la fatigue jamais, et surprend également l'esprit et par ce qu'il lui cache et par ce qu'il lui dévoile. Il distribue à son gré l'ombre et la lumière sar des idées très-philosophiques , et se sert de ce mélange

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