‹ Œuvres de FontenelleChapitre 4 sur 112 · NOTICE. XV · texte numérisé non relu

NOTICE. XV

iFons, lai dit une femme aimable qui le reçut en négligé; oui, répliqua Fontenelle , mais on se couche pour un autre , ce dont î'eorage. Il y a trois choses , disait-il, que j'ai toujours beaucoup aimées, et auxquelles je n'ai jamais rien compris; la musique, la peinture et les femmes.

Demeurant avec M. d'Aube , il eut un soir le malheur de laitser tomber une étincelle sur ses vêtemens , et de mettre le £eu k son lit et à sa chambre. M. d'Aube, avec son emportement ordinaire , le gronda et lui exposa ce qu'il aurait fallu faire pour éviter cet accident. « Mon cher neveu , répondit tranquillement Fontenelle , si je mets encore une fois le feu à la maison j |e tous promets que ce sera autrement, m Voulant faire dans sa liante vieillesse un compliment à une femme jeune et jolie , il lui dit : « Ah , si je n'avais quequatrevingtsans I m M"*'. Grimaud, âgée de io3 ans , lui dit peu de temps avant sa mort : « Il semble que la Providence nous ait oubliés sur la terre. » — Chut ! répondit Fon>tenelle avec finesse, en portant le doigt sur sa bouche. Dans les dernières années de sa vie, une surdité qui lui était survenue , l'empêchait de briller dans la conversation , ou de la suivre comme autrefois ; car quoiqu'il aimât à être écouté , il possédait aussi l'art d'écouter , si rare chez les gens d'esprit. Devenu sourd et presque aveugle , il se contentait de demander de temps en tenaps le sujet de la conversation , ou le titre du chapitre. A la fin sa mémoire l'abandonna , et il ne savait même plus ce qu'il avait écrit autrefois. Mais l'esprit lui resta fidèle; je vais déloger, disait'il , j'envoie le gros bagage en avant. Son médecin lui ayant demandé quel malaise il sentait , Fontenelle répondit : « Je sens une grande difficulté d'être. Je ne croyais pas faire tant de. façons pour mourir, » dit-il dans les derniers jours de sa vie. Il mournt le 8 janvier 1757 , dans la centième année de son âge , après avoir reçu les sacremens des mains du curé de Saint-Roch.

Il laissa une fortune assez considérable , quoiqu'il n'eût eu aucun patrimoine. Il avait accumulé les revenus de ses places et pensions , dont une faible partie avait suffi ponr sa vie réglée. Par un testament de 1752 , il avait institué ses légataires universelles, chacune ponr nn qnart , madame de Montigny , qui après la mort de M. d'Aibe , son frère , avait prodigué les plus tendres soins an vieillard son parent , mesdemoiselles de Marsilly et de Martainville , arrières-petites-filles de Thomas Corneille , et madame de Forgevîlle. Il y avait des legs pour les domestiques de Fontenelle; madame Geoffirin était nommée exécutrice testamentaire. Mais sa dernière volonté fut attaquée par un Corneille , parent collatéral , qui , trois ans avant la mort de Fontenelle , avait imploré ses secours , et que le yieillard , âgé alors de 97

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ans , n'avait pa ou voulu reconnaître. Ce parent descendait de Pierre Corneille , oncle du célèbre auteur tragique. Dreux du Radier se chargea de la cause du collatéral , et chercha à prouver que f^oeteaelie, s'il n^avait pas été entouré de personnes qui profitaient de la faiblesse de son esprit dans sa haute vieillesse , n'aurait pas laissé dans la misère un parent qui portait le bean nom de Corneille. Cependant les quatre légataires gagnèrent le procès au Châtelet et au Parlement ; elles donnèrent quelques aecours à leur malheureux adversaire , qui trouva ensuite an théâtre français un accueil plus généreux que celui qu'il avait reçu de sa famille. On donna à son bénéfice ia représentation de Rodogune , une des plus brillantes que Ton ait jamais vues à ce théâtre , et où l'enthousiasme national répara l'indifférence de ses parens.

Nous allons maintenant nous occuper des travaux littéraires du célèbre auteur , dont nous publions les ouvrages. Voltaire avait dit de lui :

D'un nouvel univers îl ouvrit la barrière^ Des Infinis sans nombre autour de lui naissans , Mesures paf ses mains, h son ordre croissans , A nos yeux étonnes il traça la carrière. L^ignorant Pentendit , le savant Tadmira ^ Ne pour tous les talens , il fit un opéra.

)l le loua mieux dans son Siècle de Louis XI F. On sait que Fontenelle ayant entendu parler de l'article que Voltaire lui avait consacré dans cet ouvrage , demanda à un ami ce qu'il contenait j et qu'ayant appris que Voltaire mettait des restrio tions à ses éloges , mais qu'il débutait dans son article par dire que Fontenolle serait une exception k la loi que l'auteur s'était faite de ne mettra, aucun homme vivant dans sa revue des écrivains du siècle de Louis XIV , Fontenelle répondit : « Ce début me suffit , et quelque chose qu'ait pu dire ensuite M. de Voltaire , je suis content. » Il avait en effet raison de l'être. Voltaire le représente comme l'esprit le plus universel que le siècle de Louis XIV ait produit , et le compare à ces terres heureusemenl" situées qui portent toutes les espèces de fruits, «« On l'a regardé , dit Voltaire , comme le premier des hommes dans l'art nouveau de répandre de la lumière et des grâces sur les sciences abstraites , et il a eu du mérite dans tous les autres genres qu'il a traités. Tant de talens ont été soutenus par la connaissance des langues et de l'histoire , et il a été sans contredit au*dessus de tous les ftavans qui n'ont pas eu le don de l'invention. »

On trouve des jugemens plus flatteurs , mais peut-être moms. )H5tes , sur le mérite littéraire de Fontenelle, dans les nombreux

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éloges académiqaes dont il a été l'objet. Nous citerons cependant un passage de son éloge fait par le duc de Nivernois : « A son entrée dans la noble carrière des lettres , dit cet académicien ^ la lice était pleine d'athlètes couronnés^ tous les prix étaient distribués, toutes les palmes étaient enlevées; il ne restait à cueillir que celle de l'universalité; Fontenelle osa y aspirer, et il l'obtint. Semblable à ces chefs-d'œuyre d'architecture qui rassemblent les trésors de tous les ordres , il réunit l'élégance et la solidité 9 la sagesse et les grâces , la bienséance et la hardiesse , Tabondance et l'économie } il plaît à tous les esprits , parce qu'il a tous les mérites. Chez lui , le badinage le plus léger et la philosophie la plus profonde , les traits de la plaisanterie la plus enjouée, et ceux de la morale la plus intérieure , les grâces de rimagination et les résultats de la réflexion , tous ces effets de caoses presque contraires , se trouvent quelquefois fondus ensemble ,• toujours placés l'un près de l'autre dans les oppositions les pins beui«uses , contrastées avec une intelligence admirable... Les hommes consentent à savoir , mais non pas à étudier. La multitude se refuse au travail , et il faut la conduire par des chemins de fleurs : c'est ce qu'a fait Fontenelle , ne cessant jamais de plaire pour parvenir k instruire , et apprivoisant tous les hommes avec la raison , parce qu'il la montre toujours sous les traits de l'agrément. C'est ainsi que la plus haute astronomie, c'est ainsi que l'érudition la plus profonde , deviennent entre ses mains des matières parées de toutes les grâces qui cap* tivent l'imagination. Les sublimes spéculations de Descartes sur le système planétaire ne paraissent qu'un badinage qui , développant au lecteur le plus superficiel toute la théorie des astres , le conduit sans effort jusqu'à cette vaste et brillante hypothèse entrevue par les anciens, de la multiplicité des mondes; les compilations laborieuses du docte Van - Dale sur les prestiges imposteurs du paganisme , ne sont plus qu'un précis élégant qui force l'inapplication même à s'instruire , parce que l'instruction n'est jamais séparée du plaisir. Ce soin de plaire en enseignant n'était à vrai dire qu'une restitution que Fontenelle faisait à la raison et au savoir qui lui avaient tant de fois prêté leurs trésors pour enrichir ses ouvrages de pur agrément. Que ne peuvent Ovide et Lucien se voir revivre dans ses écrits! Le premier y reconnaîtrait tout le brillant de son coloris, toute la délicatesse de son pinceau , toutes les flnesses de sa. touche ; mais il s'étonnerait de se trouver encore moins peintre que philosophe. Le second reconnaîtrait tout le piquarxt de ses idées et de ses expressions ; mais il s'étonnerait de se trouver toujours aussi riche , aussi varié queneuf et hardi. Tous deux aimeraient Fontenelle. »

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Les défauts du style de Fontenelle tenaient un peu k son raractëre et à ses habitudes. Accoutumé à vivre avec les gens du monde , surtout avec les femmes , et à modérer tous les mouvemens de son âme , il n'avait jamais de ces élans qui constituent la véritable éloquence : il y substituait la vivacité de l'esprit , et quelquefois le faux bel esprit , parce qu'il est difficile de de ne pas tomber dans ce défaut lorsqu'on vise toujours à l'effet. Les mâles beautés du style classique n'étaient pas de son goût ; le style de Fontenelle a quelque chose de féminin et de mignard ; il plaît, il charme, mais il n'entraine pas. Fontenelle ne comprenait pas quels titres les auteurs anciens ont à l'admiration de tous les siècles : il préférait ses contemporains , parce qu'il leur trouvait l'esprit plus orné qu'aux Grecs et aux Romains : encore méconnaissait-il le génie de plusieurs écrivains du siècle de Louis XIV ; il n'estimait ni Boileau , ni Racine , ni La Bruyère ; mais il était grand admirateur d^ la Motte , il lui trouvait du génie ; et il vantait celui de Marivaux. « Un des plus beaux traits de ma vie , disait-il , c'est de n'avoir pas été jaloux de M. la Motte, m II pensait avec son ami que la raison constitue le principal mérite du poëte , et , plus qu^ la Motte , il faisait des poésies raisonnables. Ses imitateurs ont encore renchéri sur ses défauts, et n'ont pas su les couvrir^ comme lui , d'un mélange d'esprit, de grâce, d'urbanité et de philosophie. Disons maintenant quelques mots de chacun de ses principaux ouvrages.

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