DE FAGON
CaESCENT Fagon naquit à Paris , le li n»ai i638, de fleuri Fagon , commissaire ordinaire des guerres , et de
de la Brone. EUe était nièce de Guy de la Brosse , médecin orii^' naire du rot Louis XIII , et petit-fil» d^un médecin ordinaire de Henri ÏV.
Dès le temps de Henri lY , on s'était aperçu que la botanique, ai nécessaire à ia médecine , deyait être étudiée , non dans les livres des anciens , oii elle est fort confuse , fort défigurée et fort imparfaite , mais dans les campagnes ^ réflexion qui , quoique très-simple et très-naturelle, fut assez tardive. On avait vu aussi que le travail d'aller chercher les plante» dans les campagnes était immense , et qu'il serait d'une extrême commodité d'en rassembler le plus grand nombre qu'il se pourrait dans quelque }ardin , qui deviendrait le Irvre commun de tous les étodîaits, et le seul livre infaillible. Ce fut dans cette vue que Henri lY fît construire à Montpellier, en x5g6 , le jardin des plantes , dont l'utilité se rendit bientôt trèfr-sensible , et qui donna un nouveau lustre à la faculté de médecine de cette ville. De la Brosse , pi' que d'une louable jalousie pour les intérêts de la capitale , obtint du roi Louis .XIII , par nn édit de 1626, qne Paris aurait le même avantage. Il fut fait intendant de ce jardin y dont il était proprement le fondateur. Il passa ensuite dix ans à disposer le lieu tel qu'il est presentemeot , à en faire les bètimens , k j rassembler des plantes au nombre dé plus de deux mille. Il y logeait , et il avait chez lui madame Fagon sa nièce , lorsqu'elle mit au mondeM. Fagon. Deuxans après sa naissance, c'est--à-dire en 1640, de la Brossse fit l'onvertore du jardin rojal pour la démonstration publique des plantes* Ainsi , Fagon naquit , et dans le jardin rojaly et presque en- même temps qne lui.
Les premiers objets qui s^offrirent k ses jénx , ce furent des plantes ; les premiers mots qu'il bégaya ^ ce furent des noms de plantes : la langue de la b«4a(nfque fwt sa langue maternelle. A cette première habitude se joignit un goût naturel et vif , sans quoi* le jardin eût été inutile. Après ses études faîtes arec beaucoup d'application et de succès, ce goût fortifié encore par l'exemple et les conseils de M. de la Brosse, le détermina à la profession de la. médecine. £tant sur les banc», il 'fit une action d'une audttce signalée , qui ne pouvait guère en ce temps-là être entreprise que par un jeune homme , ni justifiée que par nn ^and succès i^Û soutint dans une thèse la circulatiott du sang. Les vieux docteurs trouvèrent qu'il avait défendu avec esprit cet étrange paradoxe. Il eut le bonnet de docteur en 1664*
G>mme la surintendance du jardin royal était attachée à la place de premier médecin , et que ce qui dépend d'un seul homine >' dépend aussi de ses goûts, et a une destinée fort changeante, un premâer médecin,' peu touché de la bota-
DEFAGON. a7i
nique y a?«it négligé, le jardin rojal , et heureusement Tarait asses négligé pour le laisser tomber dans un état oii Ton ne pouvait plus le souffrir. Il était si dénué de plantée > que ce n'était presque plus un jardin. Yallot , devenu premier médecin , entreprit de relever ce bel établissement , et Fagon ne manqua pas de lui ofiirir tous ses soins , qui furent reçus avec joie, il alla en Auvergne , en Languedoc , en Provence , sur les Alpes et sur les Pyrénées, et n'en revint qu'avec de nombreuses colonies de plantes destinées à repeupler ce désert. Quoique sa. fortune fût fort médiocre y il fît tous ces voyages à se» dépens , poussé par le seul amour de la patrie f car on peut dire que le jardin royal était la sienne. £n même temps YaHo4 employait tous les moyens 4°^ ^^î donnait sa place pour rassembler le plus qu'il était poisible de plantes étrangères et des pays les plus éloignés.
Oa publia en x665 un catalogue de toutes les plantes du jardin , qui allaient à plus de 4000. Nous en avons déjà parlé ailleurs. Il est intitulé i HoriU9 regias, Fagon y avait eu la prin«* cipale part ^ et il mit à la iiXe un petit poème latin. Ce con* cours de plantes , qui de tontes les parties du monde sont venues à ce rendes-vous conunun ; ces différens peuples végétaux , qui vivent sous un même climat ; le vaste empire de- Flore , dont toutes les richesses sont rassemblées dans cette espèce de capitale ; les plantes les plus rares et les plus étrangi»^ , telles que la sensitive , qui a plus d'âinê , ou une âmiS frius fiae que toutes les autres ; le soin du roi pour la santé de ses sujets , soin qui aurait seul suffi pour rendre la sienne infiniment peécicnse , et digne que toutes les plantes salutaires y travaillassent , tout cala fournit asses' au poète; et d'ailleurs on est volontiers poète pour ce qn'on aime.
A peine Fagon était-41 docteur, qu'il eut les deua {4aces de professeur en. botanique et en chynsie au jardin royal | car ony avait joint la chymie qui fait usage des plantes , à la bota« nique qui les fournit. Comme il avait peuplé de plantes ce jardin , U le repeupk^ aussi de jeunes botanistes que ses leçons y attiraient de toutes parts.
Un jour qu'il devait parler sur la tlMpiaque, l'apothicairsl' qni était chargé d'apporter les dvogucft, lui eu apporta «ne, autre presque aussi composée , diQut je n'ai pu savoir le nom , sur laquelle il n'était point prépaie. U commença par se plaindre publiquement de. la supercherie j car il avsst lieu d'ailleur&.dej croire que c'en était une ; mais pour corriger l'apothicaire dé» loi faire de pareils tours , il se mit à parler sur la drogue ^u'on lui présentait , comvM il eAt fait sur la thériaque | et fut
si applaudi $ quM dut avoir beaucoup de reconnaiskance pour la malignité qu'on avait eue.
En même temps il exerçait la médecine dans Paris avec tout le soin , toute l'application , tout le travail d'un homme fort avide de gain ; et cependant il ne recevait jamais aucun paiement , malgré la modicité de sa fortune , non pas même de ces paiemens déguisés sous la forme de présens , et qui sont souvent une agréable violence aux plus désintéressés. Il ne se proposait que d'être utile , et de s'instruire pour l'être toujours davantage.
Sa réputation le fit choisir par le feu roi en 1G60 pour être premier médecin de madame la Dauphine. Quelques mois après, il le fut aussi de la reine ; et après sa mort , il fut chargé par le roi du soin de la santé des enfans de 'France. Enfin , le roi , après l'avoir approché de lui par degrés , le* nomma son premier médecin en 1693 ; dignité qui jouit auprès de la personne du maître , d'un accès que les plus hautes dignités lui envient. - Depuis qu'il avait été attaché à la cour , il n'avait pu remplir par lui-même les fonctions de professeur en botanique et en chymie au jardin royal ; mais du moins il ne les faisait remplir que par les sujets les plus excellens et les plus propres à le représenter. C'est à lui qu'on a dû M. de Tournefbrt , dont il eAt été jaloux , s'il avait pu l'être.
Dès qu'il fot premier médecin , il donna à la cour un spectacle rare et singulier , un exemple qui non-»seulement n'y a pas été suivi , mais pent-*^tre y a été blâmé. Il dimim^a beaucoup les revenus de sa charge ; il se retrancha ce que les autres médecins de la cour , ses subalternes , payaient pour leurs sermens ; il abolit des tributs qu'il trouvait établis sur' les nominations aux chaires royales de professeur en médecine dans les différentes universités , et sur les intendances des eaux minérale du royaume. Il se frustra lui->mêm« de tout ce que lui avait préparé, avant qu'il fAt en place , une avarice irigétïieûse et inventive y dont il pouvait assex innocemment recuetlHr lé' fîruit , et il ne voulut point que ce qui appartenait au mérite lui pAt'être disputé par l'argent, rival trop dangereux et* trop accoutumé k vaincre. Le roi , en faisant la maison de feu monseigneur le duc deBerry, donna à fagon la charge -de premier médecin > de ce prince , pour la vendre à qui il voudrait. Ce n'était péè une somme à mépriser f mais Fagon ne se démentit point '; ¥1 '^présenta qu'une place 'aussi importante ne devait pas être véiialé', et la fit tomber à léu de la Carlière , qu'il 'en^ jugea lè^'plus digne. "'
La surintendance du jardin royal avait été détachée * d,e h dtarge de preaûer ' médéciii , el unie à la surintendance^ des