‹ Œuvres de FontenelleChapitre 51 sur 112 · DE FAGON · texte numérisé non relu

DE FAGON

Utimeos qu*aTait 0>lbert. Le premier médecin n'avait plus que la surintendance des exercices du jardin , sans la nomination des places. Quand de Yillacerf eut quitté en 1698 la surintendance des bâtimens , Fagon obtint du roi que celle du jardin royal serait réunie à la charge de premier médecin , en laissant néamnoins au surintendant des bâtimens la disposition des fonds nécessaires à l'entretien du jardin. Il eût pu facilement se faire accorder aussi cette disposition , et tout autre ne l'eût pas négligée; nuis ces sortes d'avantages ne touchent pas tant ceux qui ne feraient précisément qu'en bien user.

n a toujours eu une tendresse particulière ponr ce jardin , qui avait été son berceau. Ce fut dans la vue de l'enrichir , et d'avancer la botanique y qu'il inspira au roi le dessein d'envoyer M. deXoumefort en Grèce, en Asie et en Egypte. Quand les fonds destinés au jardin manquaient dans des temps difficiles ^ Fagon j suppléait , et n'épargnait rien, soit pour conserver les plantes étrangères dans un climat peu favorable , soit pour en acquérir de nouvelles dont le transport coûtait beaucoup. Ce petit coin de terre ignorait presque sous sa protection les malheurs du reste de la France.

Il avait aussi beaucoup d'affection pour la faculté de médecine de Paris , dont il était membre ^ elle trouvait en lui , dans tontes les occasions, un agent fort eélé auprès du roi ; il main* tenait en vigueur les privilèges qui lui ont été accordés , et que des usages contraire^ , si on les tolérait , aboliraient aisémicnt , même sons quelque apparence du bien public. Peut-être dans des cas particuliers n'art-il été que trop ferme en faveur de sa faculté contre ceux qui n'en étaient pas } mais tons les cas particuliers seraient d'une discussion infinie, et les exceptions d'une dangereuse conWquence. Si la loi est juste en général , il faut lui passer quelques applications malheureuses.

On peut juger paMà que Fagon n'anra pas fait beaucoup de grâce aux empiriques. Ces sortes de médecins , d'autant plus accrédités qu'ils sont moins médecins , et qui ordinairement se font un titre ou d'un savoir incompréhensible et visionnaire , ou même de leur ignorance , ont trop souvent puni la crédulité de leurs malades ; et malgré l'amour des hommes pour l'extraordinaire , nialgré quelques succès de cet extraordinaire , un sa^ préjugé est toujours pour la règle.

Ce n'est pas que Fagon rejetât tont ce qui s'appelle secfet ; au contraire , il en a fait acheter plusieurs au roi ; mais il voulait qu'ils fussent véritablement secrets , c'est-a-^re inconnus jusque»-là , et d'une utilité constante. Souvent il a fait voir k des ^ns qui croyaient posséder un trésor , que lenr trésor était 1. 18

déjà puMîc^ il leur montrait le livre oli il e'tai't reofermi } eu il avait une vaste lecture , et une mémoire qui la mettait foute entière à profit.

Au«i , pour être parvenu k la première di^të de sa profession , ne s'était-il nullement relâché du travail qui l'y avait élevé. Il voulait la mériter encore de plus en plus après l'avoir obtenu. Les fêtes , les spectacles , les divertissemens de la coar, quoique souvent dignes' de curiosité , ne lui causaient anciiiie distraction. Tout le temps où son devoir ne l'attadiait pas auprès de la personne du roi , il l'employait on à voir des malades, ou à répondre à èes consultations , ou à étudier. Tontes |les maladies de Yersailles lui passaient par les mains , et «a maison ressemblait à ces temples de l'antiquité , oii étaient en dépôt les ordonnances et les recettes qui convenaient aux maux différens. Il est vrai que les suffrages des courtisans en faveur de ceux qui sont en place , sont assez équivoques ; qu'on ctoyait faire sa cour de s'adresser au premier médedn y qu'on s'en faisait même nue espèce de loi ; mais heureusement pour les courtisans , ce premier médecin était aussi un grand vftédecin.

Il avait besoin de l'être pour lui même ; il était né d'une trèsfaible constitution, sujet à de grandes incommodités, surtout à nn asthme violent. Sa santé , ou plutôt sa vie , ne se sontenait que par une extrême sobriété , par nn régime presque superstitieux ^ et il pouvait donner pour preuve de son habileté , qu'il vivait.

Après la mort du roi , il se retira au jardin royal dont il atait conservé la surintendance. Son art céda enfin à une nécessité inévitable ; il mourut le ii mai^s 171S , âgé de près de quatrevingts ans.

L'académie des sciences l'avait choûi en 1699 ponr être an de ses honoraires.

'Outre un profond savoir dans sa profession , il avait une érudition très-vwée y le tout paré et emi>eni par une facilité agréable de bien parler. La raison même ne doit pas dédaigner de plaire quand elle le peut. Il était attaché à ses devoirs jusqn'an scrupule; et quelquelbis au milieu de douleurs assex vives , il ne laisMÛt pas d'être auprès dn roi dans les temps oh il devait être. L'assiduité d'un homme aussi diésintéressé , et qui an lieu de demander refusait , n'était pas celle d'un courtisan. QuelqneMs il ne se défiait pesasses des instructions qu'il recevait dans les choses de son ministère ; car il était dans un poste trop élevé ponr av<^î la vérité de k première main ; et l'amour qu'il se sentait poar la justice, le témoignage qu'il s'en rendait^ l'attachaient b«a«coup aux idées qu'il avait prises. M a toujours souffert ses loognes

DE FÀGON. 275

it oruellei inArmttés ftTec tout le.coarage d'an sagç pkjticieB » qui iaît à quoi la machine du corps humain est sn^Hfee, qni pa«r«donne à la nature.

Il avait épousé Marie Nozevèaju, dont il a laissé deux filtt l'ai né, évéqne de Lonbea ; et le second oanseiUer à'^tB^t.

dï: uabbé de louvois.

AifiLLE LB Tellier naquitle 11 avril 1676 de Michel I9 Tellier , marquis de Louyois, mtnlsjhre d'état, et de dame Anne de Souvré. Il était leur quatrième fils , et fut destiné de bonne heure à Téglise. Des bénéfices considérables suivirent promptement eette destination.* De plus, dès Vl^e de neuf ans , il ftA

pourvu de la chargede maître de la ltbrairte,à laquelle M. deLoovois en fi t unir deux autres en sa faveur ; «elle de garde de la bibli^hé^ 4]ue dn roi, et cefle d'intendant et de garde dn cabinet des médailles. Tout 4e tournait du celé des sciences ^ et heureusement ses inclinations et ses di^sitkm^ natunelles a^j accoj^daient.

On alla chercher pour lui les mattres que k voix de la renommée indiquait. Tous œux qui brilloient le pf-ns dans la littéra-* tore, et qu'on ne pouvait pas lui attacher de si près, on les attirait chez kii , ou plutôt on les j admettait ; car ii n'était guère beaoin de violence ni d'adresse pour les mettre en liaison avec le fils d'un ministre tel que IfOuyois. Ils n'arrivaient Ak que parés de tout ce qu'ils avaient de plus exquis : ils y apportaient les prémices de leurs ouvrages , leurs projets , leurs réflexions, le fruit de leurs longues lectures^ et le ^eune homme qu'ils voulaient instruire , et à qui ils ne cherchaient guère moins k plaire, n'était «ourri que de sucs et d'ectraits les pins fins et les plus agréables. Il fit des «xerdces publies sur Virgile, Homère et Théocrite , qui répondirent à une si excellente «éducation. Aussi BaiHel ne l'onblia-t-il pas dans san livre des enfans célèbres par lenr savoir : cet enfant avait bien dee titres pour y tenir i»ne place.

Il achevait 'sa première année de pliiilosopihie en 1691 , lorsqu'il perdit avec beaucoup de douleur M. de Lonmsaon père, il prouva bien que ses études jusque»- là n'avaient pas été forcées ; il les continua avec la même ardeur , et ^emA^rpisa même ceUes qui ne lui étaient pas a1>solwnent nécessïitres. Il apprit de la Bire la géométrie , et d« ^u Vemej l'|in«tomie. 11 ne crut pfis , oe que bien d'antres auraient -orn velontiers en^sa place , qne aon nom y

sa richesse , le crédit d'une famille trë»-puissaiifce , fussent an

mérite suffisant.

Dans son cours de théologie , il trouva un concurrent rcdoutahle , Tabhé de Soubise , aujourd'hui cardinal de Rohan. U se mit entre eux une émulation dont ils profitèrent tous deux ; et par une espèce de reconnaissance de l'utilité dont ils avaient été Fun à l'autre , ils contractèrent une étroite liaison.

Après que l'abbé de Louvois eut terminé cette carrière , eo retev^nt le bonnet de docteur, de Sorbonne , feu rarcheyéqae de Kheims, son oncle, lui donna de l'emploi dans son diocèse ^ pour se former aux affi^res ecclési«^tiquea. L'école était bonne, mais sévère, à tel poin^, qu'elle eût pu te corriger des défauts mêmes que l'on reprochait au prélat qui le formait.

Ce fut dans l'assemblée du clergé, tenue en 1700 , à laquelle présida l'archevêque de Rheims , que l'abbé de Louvois parut pour la première fois sur un grand théâtre. Son caractère 7 fut généralement gQÛté : on retroi^vait en lui la capacité, le savoir, i'esprit de gouvernement : enfin toutes les bonnes qualités de scn oncle, accompagnées de quelques autres qu'il pouvait avoir apprises de lui , mais qu'il n'en avait pas imitées.

Vers la fin de la même année , il partit pour l'Italie. Il y fat reçu parles princes et les gouverneurs en fils de M. de Louvois, et en frère de M. de Barbezieux, secrétaire d'çtat de la guerre , et pr les savanset les illustres en hotnme déjà fort instruit, et digne de leur commerce. Il fit partout , et principalement à'^Rome , une dépense aussi noble que son nom la demandait ; il y joignait une extrême politesse , et ce qui acheva de lui gagner les cœurs des Italiens, leurs manières mêmes, qu'il sut prendre en assez peu de temps , quoique Français.

Il chercha dans toute l'Italie les bons livres qu'il savait qui manquaient à la bibliothèque du roi , et il en acheta enviroa 3ooo Volumes qu'il fit apporter en France. Dans le cours de son voyage, il eut la douleur d'apprendre la mort de M. de BarbeûeuSt arrivée en 1701.

Après son retour d'Italie , il reprit , sous l'archevêque de Rheims , l'administration de ce grand diocèse. Il fut plusieun années grand-vicaire et officiai; mais le prélat étant mort en 1710, l'abbé de Louvois sentit plus que jamais , par tant de pertes importantes , combien il est à propos ^d'avoir un mérite qui soit à soi.

Quoiqu'il se fût toujours conduit avec sagesse entre les deux partis , qui depuis un siècle font tant de bruit dans l'église > l'archevêque, peu favorable au plus puissant des deux , lui avait rendu son neveu fort suspect. L'abbé de Louvois eut beau garder

Page 1