‹ Œuvres de FontenelleChapitre 54 sur 112 · DE REN AU · texte numérisé non relu

DE REN AU

cfaartrain sor ce qu'il n^était pas du corps de la marine ; qu'à la vérité de Seignelaj avait eu ordre de lui expédier une commisiion de capitaine de vaisseau , avec d'autres brevets fort avantageux ; mais que n'en ayant eu de lui qu'une promesse verbale , il n'avait pas cru que ce Mt un titre suffisant auprès d'un nouveau ministre , qui n'était pas obligé de l'en croire sur sa parole. Comme il se trouva par l'éclaircissement qu'il disait vrai , il recnt de M. de Pontchartrain tout ce que lui avait prdmisSeignelay , et le m lui fit l'honneur de lui dire que , quoiqu'il eAt voulu s'échapper de la marine , son intention était qu'il continuât d'j servir ; ce qui n'empêcherait pas qu'il ne servit aussi sur terre. 5. M. eut alors la bonté de lui confier le seci'et du siège de Mons qu'elle allait &ire . en personne , et oii elle l'employa avec de Yauban. De là elle l'envoya faire la campagne sur l'armée navale 9 espèce d'amphibie guerrier , qui partageait sa vie et ses fondions entre l'un et l'autre élément.

11 vint à Brest , oii il voulut user de ses droits , et enseigner anm oftciers ses nouvelles pratiques. Ils se* crurent déshonorés , s*îb se laissaient envoyer à l'école , et résolurent unanimement d'écrire à la cour pour faire leurs remontrances. Deux d'entre eux , et d'ailleurs fort amis de Renau , le chevalier des Adrets , et le comte de Saint»Pierre , aujourd'hui premier écuyer de madame la duchesse d'Orléans , quoiqu'ils ne fussent pas au fond plus coupables que tous les autres , en furent distingués par de très-légères circonstances qui leur étaient particulières j et elles leur attirèrent une punition qui ne pouvait pas tomber sur tous. Ils furent un an prisonniers au château de Brest , et ensuite cassés. Renau se jeta aux pieds du roi pour obtenir leur grâce , qui fui fut refusée. Il eût pu agir par politique ; et quoique cette espèce de politique soit assez rare y et qu'elle ait quelque air de vertu , son caractère prouve asses qu'il agissait par un principe infiniment plus noble. Il leur rendit dans la suite tous les serrices dont il put trouver l'occasion , et eux , de leur c6té , ils eurent la générosité de les recevoir. L'ancienne amitié ne fut point altérée. Il est vrai qu'il ne fallait que de réquité de part et d'autre } mais la pratique de l'équité est si opposée à la nature humaine , qu'elle fait les plus grands héros en morale.

Au siège de Namur y que le roi fit en personne , il senrit encore scms ée Yanban. Le roi lui parlait plus sur le siège qu'à de Vauban méràe , qui était trop occupé ; et cet avantage , qui fait la souveraine félicité des courtisans , flatte toujours beaucoup les gens les plus raisonnables. De Namur, il courut sauver Saint'^Maio , et trente vaisseaux qui s'y étaient retirés après le

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combat de lu Hogue , ai glorieux et ii niAlIieiirettX tout semble pour la nation. Les ordres qu'il mit partout avec une prudence et une promptitude égale , rompirent l'entreprise des ennemis , très^'bien concertée et prête à éclater.

£n 1693 , le prpjet de la campagne navale , dressé par les officiers généraux , et , après bien des délibérations ^ approuvé par le roi même , fut communiqué par son ordre à Kenau , qui eut la hardiesse de lui refuser nettement son svffirage , et d'en présenter un autre à la place. Il est vrai qn*il se 6t soutesiir psr deVauban , qui entra pleinement dans sa pensée ; mais en l'état pii étaient les choses, le secours de Vauban lui-même était faible. Comment revenir qcintre ce qm a été décidé si mûrement? Wy aura**t-*il donc jamais rien d'arrêté? Un homme on deux sont-ils seuls infaillibles ? Cependant il fallut céder aux raisons de Renau , et à la vigueur dont il les employait; sans quoi peut-être elles n'eussent pas opéré de miracle. Ce change* ment prévint tous les mauvais événemens qu'on aurait eus à craindre , et valut à deTourville la défaite du convoi de Smyrae , et la prise d'une partie des vaisseaux. Le roi fut payé du cou** rage qu'il avait eu de se rétracter , et marqua à l'antenr de sa rétractation combien il en était satisfait.

Renau avait fait construire à Brest un vaisseau de cinquante* quatre canons , parfaitement selon ses vues, et il voulait l'éprou' ver contre les meilleurs voiliers anglais, La fortune le servit à souhait. Il fut averti que deux vaisseaux anglais revenaient des Indes orientales , richement chargés. H en aperçut un à qni il donna la chasse , et qu'il joignit en trois heures de temps ^ parce que son vaisseau se trouva en effet excellent de voile. L'anglais, qui était de soixante-seize pièces de canon , et avait toute sa batterie basse de vingt-quatre livres de balle , au lieu que Renan n'avait que quelques canons de dix*huit , mit en usage tonte la science de la mer , et toute la valeur possible , animé par les trésors qu'il avait, à conserver : cependant au bout de trois heures de combat , Renau le prit à la vu» de trois garde»<ites qui n'étaient qu'à trois lieues sous le vent. Il eut plus de cent hommes tués sur le pont , au nombre desquels fut le finère de Cassini , et cent cinquante hommes hors de combat. Le vaisseau ennemi , criblé de coups , ne put être sauvé , et coula bas le lendemain. Le capitaine mit neuf paquets de diandan» cachetés entre les mains de Renau , qui lui dit qu'il ne les prenait que pour les lui garder ; mais le capitaine ayant ajouté qu'un bombardier, qu'il désigna par un coup de sabre reçu au visage dans le combat , lui avait arraché un autre paquet qni valait plus de 40|000 pistoles , Renau lui demanda si ceux qu'il lui

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«vmit renùvaUieni autant^ et sur ce qu'il apprit qu'il n'y en avait pas un qui ne valût davantage , il retira sa parole de les lui rendre , et en fit faire un procë»*verbal en présence de ses officiers. Le paquet.yolé par la bombardier se retrouva, mais dër / cacheté. Il en laissa à ses officiers un autre qui était tombé enire leurs mains.

Par l'usage établi alors dans la marine , les diamans apparte* naient k Reoau } mais la grandeur de la somme qui le devait faire insister sur son droit , le lui fit abandonner. Il les porta nn rot , qui , en jugeant la question contre lui-même , les accepta y et lui donna 9000 liy. de rente sur la ville , non comme un équivalent d'nn présent de plus de quatre millions , mais comme une légère gratification que la difficulté des temps ex«» cnsait. Il demanda ponr véritable récompense , et obtint l'avan^ cernent de ses officiers , et de plus , la confirmation du don qu'il leur avait fiait du paquet de diamans.

Il s'était trouvé sur le vaissean anglais une dame , niëce de l'archevêque de Cantorberj, avec une femme-de-chambre et une petite Indienne. Comme elle avait tout perdu par le pillage du raissean , Renau se crut obligé de jpourvoir à tous ses besoins , et même à ceux de sa condition , tant qu'elle fut prisonnière en France. Il en usa de même à l'égard du capitaine , et iî lui en coAta plus de 20,000 livres pour les avoir pris.

Nous passons sous silence un grand dessein qu*il avait formé sur TAmérique, oii il alla, et d'oii la peste le fit revenir en 1697 ; et un second voyage qu'il y fit après la paix de RiswicL , pour y mettre nos colonie» en sûreté. Tout changea de face , bientôt après, par la mort de Charles II , roi d'Espagne. I^e nouveau roi , Philippe Y , ne fut pas plutôt à Madrid , qu'il demanda Renan au roi , son grand-père , qui le lui envoya en diligence. Il ne devait être en Espagne que quatre ou cinq mois.

Son principal objet était de mettre en état de sûreté les plus importantes places, comme Cadix. Depuis long^temps cette puissance n'avait eu rien k craindre dans l'Espagne même, honnis du côté de la Catalogne ; et cette longue sécurité , le mauvais ordre ifis finances , et la négligence invétérée du gouvernement , avaient presque anéanti les fortifications les plus indispensables. On disait bien que l'on était résoin de remédier k tout : on montrait de grands projets bien disposés sur le pajjfier } mais au moment de l'exécution , les fonds et les magasins promis manquaient absolument. Renau , après y avoir été trompé une fois ou deux , apprit nettement au roi , mais inutilement, selon la coutume , d'où menait un si prodigieux mé«

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compte. Sa sincérité ii*épargna rien , quoique son silence seul eût pu lui faire une fortune.

En 1702 , les galions d'Espagne revenus d'Amérique , étant ^ans le port de Yigo en Galice , eseortés par une flotte française y Renau cria que les deux flottes étaient perdues , si elles ne sortaient incessamment. Le conseil d'Espagne opposait quelques raisons à cet avis , du moins des raisons qui allaient à différer , et il était rassuré par les généraux des deux flottes , qui ignoraient leur péril. De plus , ils se mirent bientôt eux-mêmes hors d'état de sortir. Renau obtînt tout au moins , mais avec des peines qu'on ne se donne point pour les affaires publiques dont on n'est pas chargé , que l'on transporterait à terre trente millions d'écus que les galions apportaient. Il y vola , et y mit une vivacité d'exécution que l'on n'avait point vue en Espagne de temps immémorial. Il fit marcher trois ou quatre cents chariots de toute la Galice, et dix-huit millions étaient déjk déchargés ^uand les ennemis parurent devant Vigo. Heureusement ils donnèrent encore un demi-jour à Renau , qui s'en servit à leur enlever les douze millions restans. Quand ils furent maitres de Yigo , et débarqués j ils voulurent marcher à l'argent qui fuyait dans les terres ; mais Renaîi les contint avec trois cents chevaux seuls qu'il avait ; car toutes les milices avaient fui ta premier coup de canon. U couvrit les chariots, dont le dernier n'était pas à deux lieues , et sauva près de cent millions à l'Espagne , moins glorieux de les avoir sauvés , qu'affligée d'avoir pu sauver la flotte , et d'en avoir été empêché. . Le siège de Gibraltar , qu'il fit en 1704 > mériterait une histoire particulière. Tous les événemens heureux qui avaient )usr tifié ses entreprises , ne suffisaient qu'à peine pour le mettre en droit d'en proposer une si hardie. Il promettait , par exemple, qu'une tranchée passerait en sûreté au pied d'une monts^e d'oii l'on était vu de la tête jusqu'aux pieds , et d'oii huit pièces de canon et une grosse mousquetene plongeaient de tous c6tés ; il promettait que sept canons en feraient taire qua* rante : il fut cru , et remplit toutes ses promesses. La ville allait se rendre ; mais l'arrivée d'une puissante flotte anglaise fit lever le siège. Quant à ce qui regardait Renau, Gibraltar, qu'on avait cru imprenable , était pris.

Le siège de Barcelone , oii il ne se trouva pas , lui fit encore un honneur plus singulier. Il était destiné à y suivre le roi d^Espagne ) et en effet il l'accompagna assez loin ; mais des cabales de cour l'arrachèrent de là. On prenait pour prétexte qu'il était nécessaire à Cadix; car on ne lui pouvait nuire que sous des prétextes honorables. Il était fort naturel qu'en quittant la partie,

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il sotthait&t qu'on s'aperçut de son absence devant Barcelone } mais au contraire , il fit tout ce qu'il put pour n'y être pas regretté : il laissa au Roi , en présence de ses principaux ministres, les vues particulières qu'il avait pour la conduite de ce siège , et qu'il croyait indispensables. Cependant c'était là peut-«tre une vengeance qu'il prenait de ses ennemis ; il tâchait d'assurer le bien des affaires qu'ils traversaient.

n arriva à Cadix , oii , selon les magnifiques promesses de ceux qui l'y faisaient envoyer , il devait trouver deux cent mille écus de fonds pour les fortifications. Il n'y trouva pas un sol ; et il eat recours à un expédient qu'il avait déjà pratiqué en d'autres occasions pareilles : il s'obligea en son nom à des négocians pour les affaires publiques , et les soutint tant qu'il eut du bien et du crédit. On peut croire que les ministres mêmes qui le desservaient , le connaissaient assez bien pour compter sur cette générosité , comme sur un secours qui ne leur coûterait rien. Quand il eut achevé de s'épuiser , il fut réduit , après cinq ans de séjour et de travaux continuels en Espagne , à demander son congé , fant^ d'y pouvoir subsister plus long-temps. Il vendit tout ce qu'il avait pour faire son voyage , et arriva en France à Saint- Jean Pied-de-Port avec une seule pistole de reste : retour dont la misère doit donner de la jalousie à toutes les âmes bien faites.

II avait trouvé en Espagne un gentilhomme du nom d'Elisagaray , qui lui apprit qu'il était son parent , et lui communiqua des titres de famille , dont il n'avait jamais eu nulle connnaissance. La maison d'Elisagaray était ancienne dans la Navarre 5 et il y a apparence que quand Jean d'Albret , roi de Navarre , se retira en Béam , après la perte de son royaume , quelqu'un de cette maison l'y suivit; et de là était descendu Renau. Toutes ses actions lui avaient rendu cette généalogie assez inutile.

H rapportait aussi d'Espagne le titre de lieutenant-général des armées du roi catholique, qu'il aurait eu plus tôt, si on n'eût pas imposé à sa majesté. Malgré les états de la guerre , qui faisaient foi du temps oii il avait été maréchal-de-camp en Espagne , ou l'avait fait passer pour moins ancien qu'il n'était , tant on est hardi dans les cours ; il est vrai que ces hardiesses y sont d'ordinaire impunies et heureuses. Le feu roi lui avait promis que ses services d'Elspagne lui seraient comptés comme rendus en France.

n se trouva donc ici accablé de dettes , dans un temps qui ne lui permettait presque pas de rien demander de plusieurs années de ses appointeiHens qui lui étaient dus , sans aucun avancement ni aucune grâce de la cour y seulement avec une belle et inutile

réputation. Il ramassa comm« il put les débris de sa fortune, et enfin la paix vint.

Des qu'il eut quelque tranquillité , il reprit la question si longtemps interrompue , de la route du vaisseau. Hujghens était mort; mais un autre grand adversaire lui avait succédé , BernoulH , qui , mieux instruit par la lecture du livre de la manoeuvre, avait changé de sentiment, et en était d'autant plus redoutable. De plus , il soutenait la cause commune de tous les mécaniciens , dont tous les ouvrages périssaient par le fondement, si Renau avait raison. Il faisait même sur la théorie de la manœuvre une seconde difficulté, que Huyghens n'avait pas aperçue; mais on ne traita que de la première. Renau, accoutumé à des succès qu'il devait à l'opiniâtreté de sou courage , ne le sentit point ébranlé dans cette occasion , aussi terrible en son espèce que loutes celles oii il s'était jamais exposé ; il avait peut-être encore sa petite troupe , mais mal assurée , et qui ne levait pas trop la tête. La contestation oU il s'engagea par lettres en 1713 avec Bemoulli , fut digne de tous deux , et par la force des raisons , et par la politesse dont ils les assaisonnèrent. Ceux qui jugeront contre Renau, ne laisseront pas d'être surpris des ressources qu'il trouva dans son génie : il parait que Bemoulli lui-même se savait bon gré de se bien démêler des difficultés oii il le jetait. Enfin , celui-ci voulut terminer tout par son trai,té dé la manû6Utfre dâs vaisseaux y qu'il publia en 1714» et dont noas avons rendu compte dans l'histoire de celte année. La théorie de Bernoulli éta^t beaucoup plus compliquée que celle de Renau , mais beaucoup moins que le vrai , quf , pris dans toute son étendue , échapperait aux plus grands géomètres. Ils sont réduits à l'altérer , et à le falsifier pour le mettre à leur portée. Après l'impression de cet ouvrage , Renau ne se tint point encore pour vaincu ; et s'il avait cru l'être , il n'aurait pas manqué la gloire de l'avouer.

Pendant le séjour d'Espagne , il avait perdu le fil du service de France , et une certaine habitude de traiter avec les ministres et avec lé roi même, infiniment précieuse aux courtisans. On devient aisément inconnu à la cour. Cependant i) se flattait toujours de la bonté du r^i , et l'état de sa fortnnc le forçait à faire auprès de sa majesté une démarche très-pénible pour lui ; il fallait qu'il lui demandât une audience pour lui représenter ses services passés , et la situation oii il se trouvait. Heureusement il en fut dispensé par un événement singulier. Malte se crut menacée par les Turcs , et le grand-maître lit demander au roi , par son ambassadeur , Renau, pour être le défenseur de son île. Le roi l'accorda au grand-^maitre ; et

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lenaoy en prenant cong^ ém sa sujette , eut U plaîfîr da ne lut point parler de 9e$ a&ireB , et de l'asêuf er lenkment d'une tadience à son retour.

L'alarme de Malte ëtait fâuste , et le roi mourut. Renau , ^ui ayait l'honneur d'être connu de tout temps , et fort estime da doc d'QrUans, r^ent , et qui même arait aerri sous lui en Espa*» ^e , n'eut plus besoin de solliciter des audiences. Il fut fait conseiller du conseil de marine , et grand'croix de l'ordre da Saint«-Louis.

S. A. R. ayant formé le dessein de faire dans le royaume quelques essais d'nne taille proportionnelle , ou dlme qu'arait proposée feu de Yauban , et qui devait remédier aux anciens et intolérables abns de la taille arbitraire, Renan accepta avec joie la commission d'aller avec le comte de Cbateauthiers tra- Ttiller à un de ces essais dans l'élection de Niort. Rien ne touchait tant son cœur que le bien public , et il était citoyen , coomie si la mode on les récompenses eussent invité k l'être. De plus , il ne croyait pas pouvoir l'être mieux qu'en suivant les pas de Yauban , et en exécutant un projet qui avait pour garant le nom de ce grand homme. Tout le th\e de Renau pour la patrie fut donc employé à l'ouvrage dont il était chargé ; et ceux qui à cette occasion se sont le plus élevés contre lui y n'ont pu l'accu-* ser que d'erreur , accusation toujours douteuse par elle-même , et du moins fort légère par rapport à la nature humaine. Cest an homme rare, que celui qui ne peut faire pis que de se tromper.

H était sujet depuis un temps à une rétention d'urine , pour laquelle il alla aux eaux de Fougues au mois de septembre 1719* Des qu'il en eut pris , ce qu'il fit avec peu de préparation , la fièvre survint , la rétention augmenta , et il s'y joigbit un gonflement de ventre pareil à celui d'une bydropisietympanite. Il fit presque par honnêteté pour ses médecins, et par manière d'acqnit, les remèdes usités en pareil cas; mais il fit avec une extrême confiance un remède qu'il avait appris du P. Malebranche , et dont il prétendait n'avoir que des expériences heurenaes , soit sur lui ^ soit sur d'autres : c'était de prendre une grande quantité d'eao de rivière asses chaude. Les médecins de Fougues étaient surpris de cette nouvelle médecine , «et il était lui^niême surpris qn'ello leur fAt inconnue. Il lenr en expliquait l'excellettce pnr des raisonnemens physiques , qu'ils n'avaient pas coutume d'enten* dre faire à leurs malades } et jpar respect , soit pour les autorités qu'il citait , soit pour la sienne , ils ne pouvaient s'empêcher de loi passer quelques pintes d'eau : mais il allait beaucoup au-delà des permissions , et contrevenait même anx défenses les plna

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expresses. Eofin y ils prétendent absolument qu'il se noja. H mourut le 3o septembre 1719 , sans douleur, et sans avoir perdu l'usage de la raison.

La mort de cet homme , qui avait passé une assez longue fie à la guerre , dans les cours , dans le tumulte du monde , fat celle d'un religieux de la Trappe. Persuadé de la religion par sa philosophie , et incapable par son caractère d'être faiblement persuadé , il regardait son corps comme un voile qui lui cachait la vérité étemelle , et il avait une impatience de philosophe et de chrétien , que ce voile importun lui fût ôté. Quelle différence, disait-il , d'un moment au moment euivcmt ! Je t^aie paeeer tout à coup des plue profondee ténèbres à une lumière parfaite.

Il avait été choisi pour être honoraire dans cette académie , dès] qu'il y en avait eu, c'est-à-dire en 1699. La nature presque seule l'avait fait géomètre. Les livres du P. Malebranche , dont il était plein , lui inspirèrent assez le mépris de l'térudition , et d'ailleurs il n'avait pas eu le loisir d'en acquérir. I! sauvait son ignorance par un aveu libre et ingénu , qui , pour dire le vrai , ne devait pas coàter beaucoup à un homme plein de talens. Il ne démordait guère ni de ses entreprises , ni de ses opinions , ce qui assurait davantage le succès de ses entreprises , et donnait moins de crédit k ses opinions. Du reste , la valeur , la probité , le désintéressement , l'envie d'être utile , soit au public , soit aux particuliers , tout cela était chez lui au plus haut point. Une piété toujours égale avait régné d'un bout de sa vie à l'autre , et sa jeunesse , aussi peu licencieuse que l'âge plus avancé , n'avait pas été occupée des plaisirs qu'on lui aurait le plus aisément pardonnes.

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