DE NEWTON. 40S
Il ne »*est point marié , et peut-être n'a-t-il pas eu le loisir d'y pejuer javiais; abîmé d'abord dans des études profondes et coutiauellcs pendant la force de Tàge, occupé ensuite d'une charge importante, et même de sa grande considération , qui ne loi laissait aentirai vide dans sa vie, ni besoin d'une société domestique.
il a laissé en biens meubles environ 82,000 livres sterliags, c'est-à-dire, sept cent mille livres de notre monnaie. Leibnitz son ooocurrent mourut riche aussi , quoique beaucoup moins , et avec une somme de réserve assez considérable (i). Ces exemples rares , et touâ deux étrangers , semblent mériter qu'on ne les sublie pas.
DU PERE REYNEAU.
VJBAJILES Retiteau naquit à Brissac , diocèse d'Angers , en iGSô, de Charles Rejneau , maitre chirurgien , et de Jeanne Chauyeau. Il entra dams l'oratoire à Paris , âgé de vingt ans , car nous ne savons riot de tout le temps qui a précédé; mais il es| presque absolument impossible de «e tromper en jugeant de ce premier temps inconnu par tout le reste de sa vie. Des inclinations d'une certaine force , toates parfaitement d'accord entre elles, vivement marquées dans toutes l^ actions d'un grand nombre d'années , exemptés de tout mélange qui les altérât , ont dû être non-seulement toujours do-^ minantes, mais toujours les seules; et ces inclinations étaient en lui Tamour de l'étude et une extrême piété.
5e8 supérieurs renvoyèrent professer la philosophie à Toulon ^ eosaite à Pexemas. C'était entièrement la philosophie nouvelle. Ce qœ les plus attachés à l'ancienne scolastique tâchent encore d'en conserrtr , tient de jour en jour moins de place chez eux-
L»e P- Reynean ne pouvait âtre cartésien , ou , si l'on veut y philosophe moderne , sans être un peu géomètre; mais on le détermina encore plus puissamn^ent de ce côté-là , en lui donnant les nathématiques à professer à Angers en |633.
Tous les motifs imaginables se réunissaient à l'animer dans cette fonction; son go&t pour ces sciences, le plaisir naturel à tomt bommede répandre et de conununiquer son goût, le désif dl'étre utile aux autres» si puissant sur un cosur bien fait , celui de l>ien remplir un devoir que lui avait imposé la religion par U boa€:ke de ses supérieurs , peut-être même l'amour de la gloire , pourvu qu'il ne s'en aperç4t pas. Il s^ rçndit fjMiiilier tout ce que (>> Yojrts lW«t. de 1716, p. zÀ
U géométrie moderne , si féconde et déjà « itnmcme v . pijmt de dëcouverles ingénieuses et de hantes spéculations. D fit phs, il entreprit pour l'usagé de ses disciples de mettre en «in mené corps les principales théories répandues dans Descarte., a«. 3nitz, dans Newton , dans les Bemoulh , dans les acte de Leipsici dan. les mémoires de l'académie, en un grand nonir. Ja ifeui neut-étre moins connus j trésors trop disperses , et qui Ïr inoStmoins utiles. De là est né le liv« de Vanaty»e ^ trie, au'il publia en 1708 , après avoir professe aa ans a Ange*
On ne pourrait pas fondre ensemble tons les historiens, outom les chronologistes , ou même tous les physiciens ; ils sont trop «.h traires , trop hétérogènes les uns aux autres ; ce sont de. meUn o^i ne s'allient point : mais tous les géomètres sont homoges», Jt leurs idées ne peuvent refuser de s'unir. Cependant on ne dort »a^^s2 que l'inioa en soit aisée. Les géomètres mycntenn « K^é. de toute, paru qu'à des vérités j mais à une inlimte de vérités différentes , parties de différentes sources , qui ont toi. des cours différcns : et il s'agit de les rassembler , en leur .konant à toutes des sources communes , et , pour ainsi dire , unin«« lit oU elles puissent toutes également couler. Quand elle, ««t amenées à ck nouvel état, le public destiné à en profiter, e. profite davantage ; et s'il doit plus d'admiration an premier tnvail . à celui des inventeurs , il doit plus de reconnaissance ««"• cond II a été plus particulièrement l'objet de l'un que del ««trt.
L'analyse du P. Reyneau porte le titre de démontrH , pm« au'il y tenontre plusieurs méthodes qui ne l'avaient pu ete p» leurs auteurs , on du moins pas asse* clairement on as«.e.«te. ment ; car il arrive quelquefois en ces matières qu'on est bieniu de ce qu'on «« pourrait pourtant pas démontrer à la rigueur, « plus souvent qu'on se réserve des secrets , et qu'on se fait »« «loire d'embarrasser ceux qu'il ne faudrait qn'ihstrttire.
Quoique le succès des meilleurs livres de mathématiques soit fort tardif , P"!» petit nombre de lecteurs , et par la lenteur ntrême dont lesïuffrages viennent les uns après les autres, «n» rendu une assen prompte justice à l'anafyte démonlrù, ?»«« «ne tous ceux qui l'ont prise pour guide dans la géonwtne "»deme ont senti qu'Us éuient bien conduits : aussi est-il eUDu présentement , du moins en France , qu'il faut commencer pr ft et marcher par ces rofutes , quand on veut aller loin; « « P. Reyneau est devenu le premier maître , l'Euclidè de la ta""
"^^ApS^avoir donné de» leçon* à ceux qui cUient déjà gA>iitf|î« îagqn'à on certain point , il voulut en donner aussi à ceux qm d« Pétaient encore aucunement. Il s'abaissait en quelque sorte; nu»
DU p. ÏIEYNEAO. 4o5
«e qui le jlMolnmAgeait bien , il se rendait plas géaéralement utile, n fit paraître en 1714 sa science du calcul. Le censeur royal ^ juge excellent et reconnu pour trës-incorruptible , dit dans Tap-. probation de cet ouvrage , que , guoigu^ily en ait déjà plusieurs sur ees matières , on oifoU besoin de celui4à où tout est traité avec toute l'étendue nécessaire , et avec toute f exactitude et toute la ^ka^ possible. En effet , dans toutes les parties demathëmatiquea il 7 a beaucoup de bons livres qui en traitent à fond , et on se plaint que Ton n'a pas de bons ëlëmens , même pour la simple géométrie. Cela ne viendrait-il point de ce que , pour faire de bons élémens „ il faudrait savoir beaucoup plus que le livre ne contiendra ? Ceux qui ne savent guère que ce qu'il doit contenir , se pressent de faire des élémens ; mais ils ne savent pas assez. Ceux qui savent assex. dédaignent de faire des élémens ; ils brilleront davantage dans d'antres entreprises. Le savoir et la modestie du père Reyneau s'accordaient pour le rendre propre à ce travail. Il n'a para encore que le premier volume in-4'^ de cette science du calcula On a trouvé dans ses papiers une grande partie de ce qui doit composer le second : mais cela demande encore les soins d'un ami rntellîgent et zélé ^ et cet apiî sera le P. de Mazière , son confrère , déjà connu par un prix qu'il a remporté dans .cette académie.
Lorsque par le règlement de 1716 cette compagnie eut de nouveaux membres sous le titre d'associés libres , le père Reynean fut aussitôt de ce nombre. Nous pouvons nous faire bonnenr de son Assiduité à nos assemblées : il aimait la retraite ^ et par goût , et par principes de piété ^ il lui était d'ailleurs sur^ venu une assez grande difficulté d'entendre ; cependant il ne manquait guère de venir ici, et il fallait qu'il comptât bien d'en remporter toujours quelque cbose qui le payât. On a pu. remarquer qu'il était également curieux de toutes les différente» matières qui se traitent dans l'académie , et qu'il leur donnait paiement une attention qui lui coûtait.
n fut obligé dans ses dernières années dé se ménager sur le travail } et enfin , après s'être toujours afiaibli pendant quelque temps , il mourut le 24 février 1728.
Sa vie a été la plus simple et la plus uniforme qu'il soit possible : l'étude , la prière , deux ouvrages de mathématique en sont tous les événemens. 11 fallait qu'il fût beaucoup plus que modeste , pour dire , comme il a fait quelquefois , qu'on avait bien de la patience de le souffrir dans l'oratoire } et qu'apparemment c'était en considération d'un frère fn'il a dans la mÀne congrégation , et qui s'est acquitté avec succès de différens em^^ plois : discours qui ne pouvait être que sincère dans la bouche d'un homme trop éclairé pour croire, que rbumitité chrétienait
consistât en ieà paroles. Jamais personne À*à plus cranit que lui d'incommoder les antres ; et, près de mourir , il refiisiit les soins d'un petit domesfiqne , qu'il alit*ait peut-être génë. I) le tenait fort à l'écart de tonte affaire, encore plus de toute intrîgne ^ et il comptait pour beauconp cet avantage si pen recherché , de n'être de rien. Seulement il se mêlait d'eneonrugeran travail , et de conduire , quand il le fallait , de jeunes gens à
liaisons , peu de commerces. Ses principaux amis ont été le P. Malebranche, dont il adoptait tous les principes, et M. le Chancelier. Nous ne craignons point de mettre ces detii nomsao même rang : la première dignité du rojatune est si peu iiécessaire au Chancelier pour l'illustrer, qu'on peut ne le traiter que de grand homme.