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tectîoiis fines et délicates. De la Haye , où il demearaît , il yeiiait k Lejde leur apporter ses préparations , et leur mettre en maiiv de qnoi étonner Bilsias , et il retournait bien vite à la Haye pour travailler à de nouyelles préparations destinées au même «sage.
Après avoir fourni en secret des armes contre Bilsius , il vint enfin à se battre avec lui à visage découvert } car ceux qu'il avait aidés n'avaient pas prétendu le tenir toujours caché. Il avait dit que la résistance qu'il sentah en soufflant les vaisseaux lympha» tiques d'un certain sens , lui faisait croire qu'il s'y trouvait des valvules , qu'il n'avait pourtant pas encore vues , et il n'était pa» le seul qui eût eu cette pensée. Bikius nia ces valvules avec let dernière assurance, et même avec mépris pour ceux qui lés ju-^' geaient senlenient possibles. Ruysch fit si bien par son adresse stngalière, qu'il les découvrit, et au nombre de plus de deux mille, et les démontra k la grande satisfaction de ceux qui étaient bien aises de voir confendfe des décisions téméraires et superbes. L'adversaire , qui , se tenant bii^n sûr qu'il ne verrait pas , avait promis de se rendre s'il voyait , fit effectivement tout son pos* Âble pour ne pas voir; et quand il y fut forcé ,* il se sauva par un endroit qu'on n'avait pas prévu : il dit qu'il connaissait biences valvules , mais qu'il n'avait pas jugé à propos de le déclarer. Rnysch , dans un très*petit volume qu'il donna en i665 , et qui est le premier des biens, a fait l'histoire détaillée de cette contestation , oii le vaincu , qui pouvait l'être sans honte et même avec honneur , trouva moyen de l'être honteusement.
Ruysch fut dès l'an 1664 docteur en médecine dans l'université de Le^e ; et ^il eut presque aussitôt après une occasion qui n'était que trop décisive , de prouver combien il méritait cette dignité. La peste ravagea la Hollande , et il se dévoua aux pestiférés de la Haye , sa^ patrie ; début qui , quelque glorieux qu'il soit , ne sera pas envié.
Mais sa grande occupation , celle qui a rendu son nom si célèbre , a été de porter l'anatomie à une perfection jusques-là inconnue. On s'était long-temps contenté des premiers instrumens, qui s'étaient d'abord offerts comme d'eux-mêmes , et qui ne ser-* vaient guère qu'à séparer des parties solides dont on observait la structure particulière, ou la disposition qu'elles avaient entre elles.* Reynier Graaf , ami intime de Ruysch , fut le premier qui , pour voir le mouvement du sang dans les vaisseaux , et les routes qu'il suit pendant la vie , inventa une nouvelle espèce de seringue , par oii il injectait dans les vaisseaux une matière colorée qui marquait tout le chemin <|tt!cUe faisait , et par conséquent celui du sang. Cette nouveauté fut d'abord approuvée ; mais ensuite
on Tabondonna , parce que la matière injectée s*échapj^it co»tinuellement , et que rinjection devenait bientôt inutile.
Jean Swammerdam remédia au défaut de l'invention de Graaf. Il pensa très-heureusement qu'il fallait prendre une matière chaude , qui en se refroidissant à mesure qu'elle coulait dans les vaisseaux , s*y épaissit de sorte qu'arrivée à leur extrémité elle cessât de couler j ce qui demande , comme on voit , une grande précision , tant pour la nature particulière de la matière qu'on emploiera , que pour le juste degré de feu qu'il faudra lui donner , et le plus ou moins de force dont on la poussera. Pftr ce moyen , Swammerdam rendait visibles pour la première fois les artères et les veines capillaires de la face j mais il ne suivit pas lui-même bien loin sa nouvelle invention. Une grande piété , qni Tint k l'occuper entièrement, l'en empêcha , et ne le rendit pour> tant pas assez indifférent sur son secret , pour en faire part à Ruysch , son ami , qui en était extrêmement curieux. ,
Il le chercha donc de son coté , et le trouva pour Le moins ; car il j a beaucoup d'apparence que ce qu'il trouva était encore plus parfait que ce qu'avait fait Swammerdam lui-même. Les
Sarties étaient injectées de façon que les dernières ramifications es vaisseaux , plus fines que des fils d'araignées , devenaient visibles; et, ce qui est encore plus étonnant, ne l'étaient pss quelquefois sans microscope. Quelle devait être la matière asset déliée pour pénétrer dans de pareils canaux , et en même tetnpi assez solide pour s'y durcir?
On voyait de petites parties qui ne s'aperçoivent ni dans le vivant , ni dans le mort tout frais.
Des cadavres d'enfans étaient injectés tout entiers ; l'opération n'eût guère été possible dans les autres. Cependant en 1666, il entreprit par ordre des états-généraux le cadavre déjà fort gâté de Guillaume Bercley , vice-amiral anglais, tué k la bataille donnée le 1 1 juin , ^entre les flottes d'Angleterre et de Hollande , et on le renvoya en Angleterre , traité conune aurait pu l'être le plus petit cadavre. Les états-généraux récompensèrent ce travail d'une manière digne d'eux, et du travail
mem.e.
Tout ce qui était injecté conservait sa consistance , sa mollesse y sa flexibilité , et même s'embellissait avec le temps , parce que la couleur en devenait plus vive jusqu'à un certain point.
Les cadavres , quoique avec tous leurs viscères , n'avai«a( point de mauvaise odeur ; au contraire , ils en prenai«««< une agréable , quand même ils eussent senti fort iwcUvais avant l'opération.
Tout se garantissait de la corruption par le secret de Rnysch.
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Une fort longue vie lui a procuré le plaisir it ne yotr aucune de sei pièces se gâter par les ans , et de ne pouvoir fixer de terme ^ leur durée. Tous ces morts sans dessèchement apparent , sans rides , avec un teint Aeuri et des menothres souples , étaient près* que des ressuscites : ils ne paraissaient qu'endormis , tout prêts à parler quand ils se réveilleraient. Les momies de Ru jsch prolongeaient en quelque sorte la vie , au lieu que celles de l'ancienne Égjpte ne prolongeaient que la mort.
Quand ces prodiges commencèrent à faire du bruit , ils trouvèrent, selon une loi bien établie de tout temps , beaucoup d'incrédules ou de jaloux. Ib détruisaient par quantité de raisonnemens les faits qu'on leur avançait : quelques-uns disaient en propres termes , qu'i/i sê laUsercdent phuôt creifer les yeux , que de croire de pareilles fables, A tous leurs discours , Rujsch répondit simplement : venez , et voyez . Son cabinet était tou* jours prêt à leur parler , et k. raisonner avec eux. Ces deux mots étaient devenus son refrain perpétuel , son cri de guerre.
Un professeur de médecine lui écrivit bien gravement qu'il ferait mieux de renoncer à toutes ces nouveautés , et de s'attacher à l'ancienne doctrine si solidement établie , et qui renfermait tout. Gomme le novateur ne se rendait point , le docteur > redoubla ses lettres ; et il lui dit enfin que tout ce qu'il faisait dérogeait à la dignité de professeur. Ruysch répondit : venez , si voyez»
Il a caché le nom de ce professeur si délicat sur cette dignité ; mais il n'a pas ménagé de même ceux de Rau et de Bidloo y célèbres tous les deux dans l'anatomie , et qui s'étaient hautement déclarés contre lui , Bidloo surtout. Celui-ci se vantait d'avoir , et même avant Ruysch , le secret de préparer et de conserver les cadavres; et sur cela Ruysch lui demande pourquoi donc il n'a pas vu telles et telles ch<$ses , po^urquoi il a gâté ses tables anatomiques par des fautes qu'il lui marque , etc. Jusques-là tout est dans les règles y et Ruysch parait avoir tout l'avantage : mais il faut avouer qu'il en perd une partie pour la forme , quand sur ce que Bidloo l'avait traité de boucher subtil, il répondit qu'il aimait mieux être Utnio subtilis que lenofamo^ sus. Le jeu de mots latins peut l'avoir tenté ; mais c'était aller trop rudement aux mœurs de son adversaire , dont il ne s'agissait point. Il est vrai aussi qu'on ne sait quel nom donner à Bidloo, lorsqu'il s'emporte jusqu'à appeler Ruysch le plus misérabU des anaiomistes. Sera-ce donc toujours un écueil pour la vertu des lioounes , qu'un simple coâibat d'esprit ou de savoir ?
Après un premier feu , quelquefois cependant assez long ^
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éss<iiyè de la pért ée Viptotaiùci ou de Téiivie , la yititi demeure ordinairemefit yicforieuse. CoftaffnéAt eâf-on fak pour ae pu sentir à la fia les avantages de l'inrent^oti de Ruysch ? Les sujets itëcessaires pour les disseetiods , et que la superstition populaire rend toujours f rës-^rares , përissaieïlt en pett- de jonrs ehtre let mains des anatomistes , et hii il savait les rendre d'nii usage éternel. L'anatomie ne^ portait plus aVcc eHte ce dégoût et cette horreur , qui ne poirf aient être surmontés qtie par nue extrême passion. On ne pouvait airparayant faife leê dooion^fatioos qu'en hiver : les é1«és les plus chauds y éfaient devenus également propres , ponfvu qne les jours fassent également clairs. Enfin , l'anatomie , anissi*biett que Kastronomié , était parvenae à offrir aux Hommes des objett tout nbuyeaul y dont la vue leur paraissait interdite.
Et comme dans Fune et Vmxtre de ces sciences il est impossible de mieût voir sans découvrir, on ne sera pas surpris que Ruysch ait beaucoup découvert. Nous en renvoyons le détail à sêî ouvrages : une artère broochiale inconnue au'x plus grands scrutateurs dû poumon; le périoste des osseletr de Forgane de l'ouYe qui paraissaient nus ; l'es ligamens des articulations de ces osselets ; la substance corticale du cerveau uniquement composée de vaisseauit infiniment ramifiés , et non p^s glanduleuse , comme on le croyait ; plusieurs auti^s parties qui passaient pareillement pour glanduleuses , réduites à n'être que des tisias de' vaisseaux , toujours simples dans* chacune , et qni ne différaient que par leur longueur , leur dtamëtre ; les coïkrbes décritts dans leur cours; la distance dé Fextfémité de ce coursa l'origine du mouvement de Ta liqueur ; différences d'oh devaient naître les différentes sécrétions ou filtrations , etc. Cependant îl fiaat avouer , et il l'avouait sans peine , qn'il n'avait pas tout vu. Quelquefois il tombe dans des* difficultés oii il ne feint point d'avoir recours, soit à la volonté de Dieu , qui opère sans mécanisme , soit aii' dessein qu'il a eu de nous cacher le mécanisme. Un premier voile qui couvrait Flsis des Égyptiens, a été enleré depuis un temps; un second, si Fôn veut, Fest aussi de nos jours ; un troisième ne le sera pas , s'il est le dernier.
Ruysch, outre les fonctions de médecin et de professent en anatomie , avait encore été chargé par les bourgmestres d'Amsterdam , oh était son domicile, de Finspectioil de tons ceux qui avaient été tués ou blessés dans les querelles particulières , ^^^ en foire son rapport aux juges. De plus , par des vues^wn bon gouvernement , on avait* créé pour lui une pla«<? <!« professeur ou maître des sages-femmfts , ^m souvent n'étaient pas asser instruites. Elles se hâtaient , par exemple , de tirer , et mène
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aT«e Ttolett^ , le pl«eenrta lorsqu'il tardait k v^uir ; et elles aimaient niieax le mettre en pièces , ce qui causait souvent la an?yrt. II leur apprit, 'quorqu'ayec peine, à Tattendre sans impa» t^nce , ou à n'aider qiie dbnceiiient à sa sortie , parce qu'un muscle erbiculaire qn'il avait décoayert au fond de la matrice le poussait natorellement en dehors , et pouvait même suffire pour le chasser entièrement.
Il est aisé de juger combien dans ses difTérentes fonctions il lui tombait entre les mains de faits remarquables , et avec quel soin s'en emparait un homme si curieux de ramasser , et st habile à conserver.
Eafiii, il était proCeasenr en botanique j et Ton peut biea croire qii'd ne démentait peint dan» cette occupation son carac* tère naturel. Le grand commerce des Hollandais lui fournissait dos plantea de tous liBS cliaMts do l'univers. U les disséqmtt avec la nâflie adresse que les a«imaiix ^ et dégageant entièrement Je«rs vaisseaux de la pulpe ou parenchyme , il montrait à déco»* Tort toat ce qui faisait kiu- vie. Les animaux et les plantes étaient éfaXement embsumés, et sûrs de la même durée.
Son ctbmet , oii toat allait se raissembler , devint st abondant et sériiehe, qu'on l'eAt pris pour le trésor safvant d'un souverain. Maïs non content de la richesse et de la rareté , il voulut encore y jmidre Fagréinent , et égayer le qpiectacle. Il mêlait des bouquets de plantes et des coquillages à de tristes sqn dettes , et anin»an le tout par des inscripttotts on des vers pris des meilleurs portes iaitfne.
C'était pour les étrangers une des pins grandes merveilles des Pays-Bas , que ce cabinet de Rnysch. Les sa vans seuls l'ad miraient dignement ; tout le reste voulait seulement se vanter de l'avoir vu. Les généraux d'armée , les ambassadeurs, les princes, les électeurs , les rois y venaient cotnme les autres , et ces grands titres prouvent du moins la grande célébrité. Quand le czar Pierre I**. vint en Hollande pour la première fois en i6g8 , il fat frappé , transporté à cette vue. Et en effet , quelle surprise et qtiel plaisir pour un génie naturellement avide du vrai , qn*un pareil spectacle , oh il n'avait point été conduit par degrés ! Il baitô avec tendresse le corps d'un petit enfant encore aimable , et qui semblait lui sourire. Il ne pouvait sortir de ce lieu , ni se lasser d'y recevoir des instructions , et il dînait à la table trèsfrugale de 8<m maître pour passer les journées entières avec lui. A son second voyag*» en 1717, il acheta le cabinet, et l'envoya à'Pétersbourg*, présent des plus utiles qu'il pût faire à la MoscoTÎc 9 <iui se trouvait tout d'un coup et sans peiné en possession
de ce qui avait coûté tant de travaux à un des plu hibik» hpnimes des nations savantes.
Aussitôt après , Ruysch , âge de soixante-diz-neuf ans , reconn mença courageusement un cabinet nouveau. Sa santé toujonit ferme le lui permettait ; le go&t et l'habitude Vj obligeaient. Ce second travail devait même lui être plus facile et plus agréable ' que le premier. Il ne perdait plus de temps en titonnemens el en épreuves , il était sàr de ses moyens et du succès. D'ailleun, des choses rares', qui autrefois lui auraient échappé , on qu'il n'aurait obtenues qu'avec peine , venaient alors s'ofiirir d'eUesmémcs à lui. .
En 1 727 il fut choisi par cette académie pour être un de ses associés étrangers. Il était membre aussi de l'académie LéopoV dine des curieux de la nature , et de la société royale d'Angleterre.
Il eut le malheur en 1728 de se casser l'os de la cuisse par nne chute. Il ne pouvait plus guère marcher sans être soutenu ptr quelqu'un ; mais du reste il n'en fut pas moins sain de corps et d'esprit jusqu'en i73i , qu'il perdit en peu de temps toute n vigueur qui s'était maintenue sans altération sensible. Il mourut le 22 février , âgé de plus de quatre-vingt-douse aus y et n'ayant eu sur \ine si longue carrière /{u'environ un mois d'infirmité. Pau de temps avant sa mort , il avait fini le catalogue de sou second cabinet qu'il avait rendu fort ample en quatorse ans. beaucoup de grands hommes n'ont pas assez vécu pour voir 1* fin des contradictions injustes et désagréables qu'ils s'étaient attirées par leur mérite, et leur nom seul a jouid^ honneois qui leur étaient dûs. Pour lui il en a joui en personne , grâce à sa bonne constitution qui l'a fait survivre à l'envie.
Il a donné un grand nombre d'ouvrages , ses seize épitres problématiques , les trois décades de ses adi^ersariaanalomico'-medieo' chirurgica , ses onze trésors , etc. Tout cela est le produit d'une très-longue vie , dont tous les momens ont e'^té occupés du même objet : faits nouveaux , observations rares , réflexions de théorie, remarques de pratique , tout est écrit d'un style simple et concis^ dont toutes les paroles signifient , et qui n'a pour but que l'instruction sans étalage. Le plus souvent , en parlant de ses découvertes , il ne se regarde que comme l'instrument dont il a plu à Dieu de se servir pour manifester au genre humain d^s vérités utiles ; et ce ton si humble et si chrétien ne peut être snspeci dans un homme qui n'était obligé à le prendre , ni par jon état, ni par l'exemple des autres auteurs de découvert»*.
Encore une singularité de ses ojuwrAg«». H a publié ses advtr^ saria en hollandais et en latin sur deux colonues, l'un étant ia
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traductiott de l'autre. U y a des matières qu'il n'est permis qu'aux physiciens de traiter sans enveloppe et dans les termes propres. Quand il les traite , ce n'est qu'en latin , et on s'aperçoit d'un TÎde dans la colonne hollandaise. Il n'a pas youlu présenter des images dangereuses à ceux ou à celles qui n'en avaient pas besoin.