DE MANFREDI
JtjUST^cnio Maiypredi naquit à Bologne le 20 septembre 1674 ^Alphonse Manfredi , notaire dans cette ville , et d'Anne FiorinL II eut tr#îs frères et deux soeurs»
Son esprit fut toujours au-dessus de son âge. Il fit des vers dès qu'il put savoir ce que c'était que des vers , et il n'en eut pas moins d'intelligence ou moins d'ardeur pour la philosophie. Il faisait même dans la nyiison paternelle de petites assemblée» de jeunes philosophes , ses camarades ; ils repassaient sur ce qu'on leur avait enseigné dans leur collée , s'y afierraissaient, et quelquefois l'approfondissaient davantage. Il avait pris naturellement assez d'empire sur eux pour leur persuader de prolonger ain leurs études volontairement. Il acquit dans ces petits exercices l'habitude de bien mettre au jour ses pensées , et de les tourner selon le besoin de ceux à qui on parle.
Cette académie d'enfana, animée par le chef et par les succès , devint av«c un peu de temp$ une académie d'hoJnmes , qui.
5o2 ÉLOGE
des premières connaissances générales s'élevêre&t jusqu'à l'ana* toniîe , jusqu'à l'optique , et eiifia recottauraiit d'eux^mômes l'indispensable et agréable nécessité de la physique expérimentale. C'est de cette origine qu'cit venue l'académie des sciences de Bologne , qui se tient présentement dans k palais de l'institut; elle *9L pris naissance daa^ le même lies que MasCredi, et elle la lui doit.
11 eût été trop heureux s'il eût pu se livrer entièrement à soo goÀt , soit pour la poésie , soit pour la philosophie , aoît poar toutes les deux ensemble , et s'il n'eût pas eu d'autres beîeiis à satisfaire que ceux de son esprit. Il fut obligé de s'adonner aussi au droit civil et au droit canonique , plus utiles en Italie, et plus nécessaires que partout^ ailleurs. Heareusement il avait une grande vivacité de conception , et une mémoire excellente. Il faisait aisément des acquisitions nouvelles, et les conservait aussi aisément. 11 fut fait docteur en l'un et l'autre droit à l'âge de dix-hnit ans , presque encore enfant par capport à ce gradelà , qu'il ne pouvait pas tttiir de la faveur ni ^ la brigue. Os se tromperait de croire que les vers qu'il faisait «lors dissent pour lui un simple délassement | c'était une occapatton sdoa son cœur , et qui le ccmsolait de la jurisprudence.
Dans le pays oh il ét^t , l'astrologie judiciaire ne |»avait manquer de se présenter à lui , et d'attirer sa curiosité } mais elle ne le séduisit pas » et il lui eiijt bientôt rendu justifie. Elle lui laissa seulement l'envie d'étudier la géographie , dans laquelle il devint fort habile. Il en posséda parfaitement la partie historique , qui fournissait beaucoup d'etercice » et^ par conséquent de plaisir à sa grande mémoire.
La gnomonique succéda à la géographie ; et après que quelques sciences mathématiques» par l'étroite liaison qu'efles ont easemble , se le furent ainsi envoyé les unes aux antres , comme de main en main , elles le conduisirent enfin toutes jusqu'à la géométrie pure , leur origine commune. Il en apprit les principes du fameux GugUelmini. Mais le moyen de s'arrêter à la géométrie même? L'algèbre est encore au-delà ; 'il remonta jusqu'à l'aigèbre, quoique peu cultivée alors en Italie, qui a cependant été le lieu de sa naissance , du moins pour l'Europe.
Manfredi sentit si vivement le charme des mathématiques , et s'y livra avec tant d'ardeur, qu'il en abandonna entièrement eette jurisprudence qui lui devait être si utile; mais il est vrai qu'il n'abandonna pas la poésie, si insitile pour la fortune, et peut-être plus qu'inutile. De plus , les mathématiqoes pouvaient plutôt s'accorder aveo la jurisprudence qu'avec la poésie. Ce grand «monr qu'il eut pour elle^ cette pHférenoe si marquée ,
DE MANFREDI. Sçf
mërittiit 4iue nous me aégligioas paftik le coasîdérer d« ce côté-là, L'Italie moderne s'éUtt fait un goût de poésie asses différent de celui de l'Italie ancienne. On ne se contentait plus du vrai ^e la nature fournit dans tous les sujets qu'on entreprend de * traiter ; on allait chercher de l'esprit bien loin de là , des traits ingénieux et forcés , qui coûtaient peut-être beaucoup et ne re* présentaient riea.
n ^ut convenir que ce Trai dont il s'agit est bien loin aussi pour la plupart des gens ; il ne se trouve que dans la nature finement et délicatement obseryée ; on ne l'aperçoit que par un sentiment exquis : mais euBu c'est là ce qu'il faut apercevoir , ce qu'il* faut trouver. Du reste , on s'attachait beaucoup à une certaine pompe de vers , à une harmonie , qui ont effectivement leur prix. Manfredi composa d'abord dans le ton de ceux qu'il voyait réussir , et i) eut un succès des plus brillans : mais la droi* ture de sa raison ^ fortifiée peut-être par les mathématiques , ne lai permit pas d'être loog-temps satisfait de lui-même ; il s'a-o perçut contre son propre, intérêt que le go4t de sott siècle était faux , et il eut le cavrage de se Croire injustement applaudi. Il «e rapprocha donc dàormais des modèles anciens pour le fond de la compoeition , et conserva d'ailleurs cette magnificence de style poétique que les modernes aimaient , et à laquelle il était naturellement porté. Ce milieu, cet accommodement concilia tout , et il n'y eut qu'une voix en faveur de Manfredi. Nouspar^ lans sur le témoignage qu'en rend Zanotti , secrétaire de l'insti** tat de Bologne , fameux lui-même dans la poésie aussi-bien que dans les sciences.
Manfredi était un grand imitateur , non pas ImiUt^ur forcé à l'être par la nature , toujours asservi à copier quelqu'un ; mais imitateur libre et de dessin formé , qui prenait le caractère de tel poëte qn'il voulait , et ne le prenait point sans s'y rendre supérieur à son original même. Je tiens encore ceci d'un Italien , excellent connaisseur , occupé en France de» fonctions les plus
importantes.
Ltt sonnets sont beaucoup plus à la mode en Italie que cheis nous; Manfredi en a fait un grand nombre , et sur toutes sorte» de anjeto. Il y en a de simple galanterie , d'amour passionné , de dévotion , sur Icsévéoemens des guerres d'Italie de son temps, à la louange des princes , des généraux , des grands prédicateurs. Ces sonnets ne se piquent point , comme les bôtres , do finir toujours par quelque trait frappant ; ilteur suffit d'être bien travaillés et riches en expressions poétiques. Dans un autre genre que nous n'atons point , et que les Italiens appellent Canxoni , Manfredi a fait un des plua beaux ouvrages qui soient jamais sortis.
de l'Italie ; nous ne craignons point de le dire après Zanotti. Le
sttjet en est nne très-belle personne , Ginlîa Yandi , qui se fit
religieuse.
Le poëte commence par dire qu'il a vu ce qnc des jenx mortels, toujours couverts d'un voile trop épais, ne sauraient voir, tont ce qu'il y a de céleste dans Giulia. La nature et l'amoar s'étaient unis pour former sa beauté à l'envi l'an de l'autre, et ils ont été étonnés de leur propre ouvrage quand ils l'ont lyi fini. L'âme choisie pour habiter ce beau corps y descend da del, entraînant avec elle tout ce qu'il y a de plus pur et de pins 1dmineux dans les différentes sphères par oii elle passe. Elle ne se inontre aux humains que pour leur faire voir par l'éclat dont elle brille , le lieu de son origine , et le chemin qui les y conduira. Après avoir rempli chez eux cette noble destination , elle les quitte ; et tandis que tout retentit des concerts des anges qui lui applaudissent , elle s'enfonce dans une lumière immense, oà elle disparaît. Au milieu de tout cela l'juitenr a eu Tadressede parler de lui , et en termes fort passionnés. Aurait-il eu de IV mour pour Giulia ? On le croirait , si l'on ne connaissait chex Icf auteurs illustres beaucoup d'exemples d'un certain amour platonique et poétique , qui ne demande qu'une matière k dire de belles choses.
Une autre Canzonê de Manfredi , oii il invite des nymphes et des pasteurs à danser toute la nuit , est plu» dam le goût de la simplicité antique , et même' dans le nôtre ; car les Français peuvent-ils s'empêcher de rapporter tout k leur goût ? ce sont de petits vers qui ont un refrain , fort coupés , fbvi légers, fort vifs, qui semblent danser. Il y a là toute la grâce, tonte U gentillesse que nous pourrions désirer dans des paroles faites pour le chant.
En voilà beaucoup sur un poëte et sur la poésie dans une académie des sciences ; mais il n'était guère connn dans cette académie que comme grand mathématicien , et il importe à la mémoire qu'il le soit aussi comme grand poëte. L'académie de la Crusca , dont il était en cette qualité , uniquement occupée , comme l'académie française , de sa langue et des belles-lettres , aura sans doute permis qu'on le louât chez elle sur cet antre genre dont elle ne se pique point. Si l'une des deux parties de son mérite était ignorée , il y perdrait beaucoup plus que la moitié de sa gloire ^ car outre les deux taleps pris séparément , il a fallu encore pour les unir un autre talent plus rare, et supérieur aux deux. Ce fut en vertu de cette union qu'il osa chante^ dans ce même petit poème qu'il fît pour Giulia , les tourbillons de Descartes , inconnus jusqaes-là aux piuses italieniies.
DE>MANF&£DI. 5o5
La fameuM miriàktnat ie Bologne, entreprise et fi«ie ei» i655 par fea Cassini (i) , ce merveiltieux GnoinoB» le plos grand, et par cansecpient le plus avantageux que Gastronomie eût jaroait en , et qu'elle pût même espérer , demeurait abandonné , négligé dans Téglise de S^Pétrone ; il manquait des astronomes k ce bel instmmeat. Manfredi , âgé peut-être de yîngt-deox ans, résolut de le devenir, pour 6ter à sa patrie cette' espèce de tache , et il fut secondé par Stancari , 90a ami particulier , et digne de l'être. Us se mirent à étudier , de concert , des livres d'astronoaiie : bientôt ils passèrent les nuits à observer avec les meilleurs instrumens qu'ils purent obtenir de leurs ouvriefs , et ils furent peut-être les premiers en Italie qui eurent une horloge a cjclotde.
Us s'étaient fait un petit observatoire chez Manfredi , oh venaient anssî* ses trois frères , tous gens esprit , devenus astronoiae», ou du.moins observateurs , apparemment pour lui plaire. Le premier , mais le moins assidu , était de la compagnie de J^us , célèbre prédicateur dans la suite } le second , Gabrid , dans un âge peu avancé , auteur d'un livre sur l'analyse des couii>et, traitéà la manièr^^M. de.lliôpital ; le troisième, médecin et grand pMosophe. Mais ce qu'il y a de plus singulier , c'est que les deux sœurs allaient aussi à l'observatoire , non par uAe cnrinaité frivole qui aurait été bientât satisfaite et dégoûtée', mais pour observer, pour ap|>randre, pour s'instruire dans l'as^ tronomie. Us étaienvlà six frères ou soeurs attachés à suivre ensemble et à découvrit les mouvemens célestes : jamais une famille entière et aussi nombivuse ne s'était unie pour un sem*blable dessein. Ordinairement 1^ dons de l'esprit et les inclinations louables sont semés par la nature' beaucoup plus loin à loin.
Au milieade ces exercices particuliers, Manfredi fut fait, à la fin de 1698 , lecteur public de mathématiques dans l'université de Bologne. Peu de temps aprM , il Ini survint des chagrins domottiques , dont le détail serait inutile à son éloge , et n'y peut appartenir que par la fermeté dont on assure qu'il les soutint. Son père fut obligé de quitter Bologne , lui laissant des affairas en fort mauvaia état , et une famille dont tout le poids tombait sur lui , parce qu'il était l'ainé , et qu'il ayait le cœur 1>ien fait. Dans celte situation, iL s'en fallait beaucoup que sa place de lecteur pût suffire à tous ses besoins ; et il recueillit le fruit , non pas tant de ses talens pour la poésie et pour les mathématiques , que de son caractère, qui lui avait acquis l'amitié de beaucoup d'honnêtes gens ; car pour recevoir des services
(0 Voyes l'Hift, de 1712 , p. 84 ei tuir.
Sc6 . &LOGE
4'aae certaine espace et d'une ceriame iétne, il ne suffit pas tdut-à-£ait d'être estimé y il Itot ponr le plus sûr plaire et être
aimé. Le marquis Orsi , qui s'est distingué par pIuÂenn ouvrages d'esprit, se distingua encore pins gloriensemeat dau cette occasion par sa générosité. Les affaires de Manfredi se rétablirent , et il recommença à jouir de la tranquillité qni lui était si nécessaire.
Nous ayons dit dam les éloges de Viviani (i), Gugiielmini (2), et Cassini (3) , quels sont les embarras et les contestations que les riyièrés causent dans toute la Lombardîe , même auf-delà. II semble que si on y laissait la «atare en pleine liberté , tout ce grand pays ne deviendrait à la longue qu'un grand lac ; et il faut que ses habitans travaillent sans cesse à défendre leur ter* rain contre quelque rîyere qui les menace de les inonder. Par malheur ce pays est partagé en plusieurs domsaatiens différentes , et chaque état veut renvoyer les inondations on k féril sur un état voisin qni n'est pas obligé de les sonfiirir. Il fanîrtit s'accorder ensemble pour le bien comxifan , trouver qoelipie expédient général qni convint à tout le monde : mais il (andrait donc aussi que tout le monde se reg^^^ ^ ^^ raison , las puis* sans comme les faibles ; et est-ce là une chose possible ? Bologne elFerrare, qui^ quoique toutes deux su|«tles du pape, sont deux états séparés , avaient ensemble à cette -occasion -tin aacieo itfférend , qui étant détenu pins vif que jamais , Bologne crut ne pouvoir mieux faire que de donner à M &fredi, par on décret public , l'importante charge de surintendant des eaux : ce fat en 1704. L'astronomie en sonfirit un pea , mais rhydrastaticjue en profita ; il y porta de nouvelle^ lumières , même aprëale grand Gnglielmîni.
La contestation de Bologne et de Ferrare intéressa aussi Manr toue, Modëne, yenise% Cette lénorme compHcatkm d'intérêts qu'il avait à manier en même temps , et à conCilien, a'il était possible , lui coAta una iufii|itë de peines , d^inquiétidles , de ivcherches fatigantes , de lectures désagréables ,. quelqatfeis inutiles et indispensables malgré leur inutilité , d'écrits qu'il fallait composer avec mille atientians ginantés» S'il en fut récompensé par la graftde réputation qu'il se f t , nette ri^utatton devint pour lui une nouvelle source de travaux de la même es* pèce. Les démêlés de l'État ecclésiastique arec la Toscaa» sur la Chiana , dont nous avons parlé en 1710 (4) ^ fes anciens dif-
(i) Hitt. de i^oSy p, i4i, et p. 54 4» ce Toltu&e. (a) Hist de 1710, p. i5^, elp. f4i id.
(3) Hiftt. de 1719, p. 91 , et p. i& id,
(4) Voyes Tendroît cité pins haut.
DE MANFREDI. 5aj
téretkis de la Toscane et de la répnblîqne de Lacques y les frajremu CôfitînneHes de Lucqnes sur le voisinage de la rivière do Sefchto , la r^aration des ports , le ^tes^chement des marais , tont ce qiii regardait les eaux en Italie vint à lui , tout eut besoin de lui.
Gomme il ne se contentait pas des spéculations du cabinet , il voulait voir par ses propres yeux les effets de la nature ; et cet excès d'exae^ttde pensa un jour lui coûter la vie. 11 avait grimpé avec une peine infinie sur une rocbe escarpée, pour voir de là le cours du Sercbio , et la corrosion qu'il causait à ses rirts 'f il était posé de manière k ne pouvoir absolument ni contintier de monter, ni redescendre ^ ni demeurer long-temps là. S'il n'eftt eu un prompt secours , qui pouvait bien lui manquer , et si son courage naturel n'eût empêché que la tête ne lui tournât , il retombait dans le moment , et se brisait.
La jrtdi grande partie de ce qu'il a écrit sur les eaux a été imprimée à Florence en 1723*, dsins un recueil <jn'on y a fait de pièces qni appartiennent à une matière si intéressante pour iltalie, et d'excellentes notes qu'il ajoutait k Gugtîelmini s'imprimaient quand il mourut. II ne tiendfa pas à l'hydrostatique et aux sciences que tont ne s'arrange pour le plus grand bien dn pubKcT mais il est plus facile de dompter les rivières que les intérêts particuliers.
99ins la même année , Manfiredi fut fait surintendant des. eaux da Bolonais ; il fut mis aussi à la tête du collège de Montalte , fondé à Bologne par Sixte Y, pour des jeunes gens destina k f église , qui auraient au moins dix-huit ans. Ils avaient aw'ec le temps secoué le^joug , et des études ecclésiastiques qui devaient être leur unique objet, et des bonnes mœurs encoreplus ^^nécessaires. Ils faisaient gloire d'avoir triomphé des règles et de la discipline. Leur nouveau recteur eut besoin avec eux de l'art qu'ont employé les fondateurs de$ premiers états. Il ramena ceè rebelles à Pétnde par des choses agréables qu'il leur présenta , d'abord par la géographie , qui fut un degré pour passer à la clirOttOlogie ; et de là il les conduisit à Thistoire ecclésiastique^ et enfin à la théologie et aux canotas , dernier terme 011 il fallait arrivée. On dit même que de plusieurs de ces jeunes gens il en fîtfkliOns poètes , faute d'en pouvoir rien fisire de mieux. C'était toujours les appliquer; et Poisiyeté avait été uii^des principales canaes de leurs déréglemens.
^n connaît partout aujourd'hui Finstitut des sciences 9e Bologne. Nous en ayons fait l'histoire en 1780 (i) , et nous avons dit que ManPredi y eut la place d'astronome. Ce fut en 1 7 1 1 , et
(I) Pag. iSg et «hIt.
5o8 ÉLOGE
dës-Iors il renonça absolument au collège pontifical , k la poésie même qu'il avait toujours cuttivée jnsque&*là| et il est glorieux pour elle que cette cMonciation soit une époque ai remaryuble àana une pareille vie.
Quatre ans après , il publia deux volumes à'éfhàtoénâa dédiées au pajie Clément XI. Il Tassure fort qu'il n'y a poial fait entrer d'astrologie judiciaire , quoique de grands personnages , tels que Regiomontanus, Magin , Kepler, se soient laiscéi entraîner au torrent de la folie humaine. Il paraît par là que» on ne donne plus aujourd'hui dans l'astrologie , du moins on daigne encore dire qu'on n'j donne pas. Le premier volofae tout entier est une introduction aua. éphéméndea en^général , oa plutât à toute l'astronomie , dont il expose et développe à (osa les principes. Le second volume contient les éphéraéridesdedii années , depuis lyiS jusqu'en 1725, calculées sur les tables ooa imprimées de Cassini , et le plus souvent sur Les ohsenifl||ioiis<le Paris. Maniredi se fiait beaucoup à ces tables et à ces obsorvatioos. Ses épfaémérides embrassent bien plus de choses que des êpbémérides n'avaient coutume d'en embrasser. Oa j trouve le passage des planètes par le méridien, les éclipses des satellites de Jupiter, les conjonctions de la lune avec les étoiles les pias remarquables, les cartes des paj« qui doivent être couverts ptf Tombre de la lune dans les éclipses solaires.
Il parut ensuite deux nouveaux volumes de ces épbémértdes} l'un, qui va depuis 17^ jusqu'en 1737, et l'autre depuis 1738 jusqu'en 1760. Cet ouvrage s'est répandu , s'est rendu nécessaire dans tous les lieux oii l'on a quelque idée de l'astronomie* ^^ missionnaires de la Chine s'en servent pour prouver aux Chiooa le génie européen, qu'ils ont bien^de la peine à croire é^al senr lemènt au leur. Ils devraient à la ^érité , par beaucoup de circoas^ tances particulières, avoir un grand avantage swr nous en fait d'astronomie : )usques-là ils auront raison ; mais cela même leur donnerait ensuite un extnéme désavantage dans le parallèle qu'oa ferait des deux nations.
Manfredi n'a pas manqué d'apprendre au public les nopu de ceux qui l'avaient aidé dans la fatigante composition de s» éphémérides. Cependant il a certainement reçu des secoan qs il à dissimulés } et on le lui reprocherait avec justice , si la nitfs qu'il a eu de les dissimuler ne se présentait dès que l'on sait de qui ils venaient!* C'était da ses deux soeurs qui ont £ait la f^ grande partie des calculs de ses deux premiers tomes. S'ii jf ^ quelque chose de bien directement exposé au caractère des femmes , de celles surtout qui ont de l'esprit, c'est rattentioo sans relâche, et la patience invincible que demandent des calculi
DE ttANI^SEDI. 5o9
trè»HdttnigpJnMes par ettxHnéiBes , «t amèi iowg^qné désagréables; et p^armetlre le coBible à la merveille , ces deux ccUoulatriceê { ear il fao^ivre un mot pour elles ) brillaient quèhpiefois dans \m poéaie italienve.
fin 1 723 , 'le 9 novembre , îLy eut une confonetion de Mercnre V99C le Soleil , d'antmt plus- prMeme aux astronomes , qu'on «mit déjà etpévo âniCiloMent deux conjondiotis pamlles, Vtme c« -0707, l'autre an 1720 (i). CelkMri fut^ comme on le peut •tsémont jngar, observée avec nniextréme soin par Manfiredi dans l'observatoire de Knstitnt , qui à peine venait d'être achevé, •t donfroBVorlnre se £u8«it .presque par ce rare -et important pbésionwnc^L'observsiti^n fiit publiée par son auteur en 1734 » avec tontes ses curieuses dépendances.
Il fut choisi en 1726 pour associé étranger de cette acadéîmie. JL«e nombre de ces étrangers n'est q«e de huit. Certainement tous ceux qui * seraient dignes de ce|te plane n'y peuvent pas Itre ; n^aisiAiS'Viotns ceux qui j sont en doivent être bien dignes. Il fut rcça^aussi en 1729 dans la société royale de Londres ^ dont les plaees sont toujours très-konorstbies malgré leur grand nombre;
Vere ces tsni|iih là il.ae fit en Angleterre une découverte nouvelle, «C toat-«-fait imprévue, dans i'aetronosnie;. celle àe% ahe99ttiionm^ni écarts des étoiles fines, ^q^ toutes y, au lieu d-êtré pnrfaiiBnientifices les unes à l'égard des autres , comme on l'avak toujours cru , changent de pawlion jusqu'à un certain point. Ces aberrations ont été exposées plus au long (2). iSur le bruit qui s'en répandit dans le monde «avant, Mmfredi ae'mit à étudieir le ciel plan soigneusement que jamais par rapport à ostte nouveauté y qui denwndait les observations les plas assidues. et les pins délicttM 9 puisqu'elle avait échappé depuis tant de siècles à tant dJyeux si elair-vojans. II publia sur ce sujet en, 1799 un oarrage dédié au cardinal de Via, oh il rendait compte et de ses observations , etiea conchsioos qu'il en tirait. Il ragBtt^ensuite ce qu'on avait donnée soit en Anglotane , soit ailleurs snncettf mèflse maliere ; et il k traita eu 1780 dans un nouvel ouvrage , mats plus court , adressé k IHliiistre Lepcotli , premier médecin
dn pope.
On crut d'abord que l^'abeiHiition des fixes , qui èertsânement «'«et qu'apparente , viendrait de oe que la terte change de dis* «aoee à rég«rd des fixes par sA mouvement aiysual , et c'eût été là WK démonstration complète et. absolue it ce mouvement. Les Italiens , qui n'osent le reconnaître , se seraient abstenus de toucher à ce sujet , et l'embarras oh ils se trouvent si souvent
(i) Vojes VBitX. de 17^3, p. ^ et (a) \offm l^Hitt. de 17)7 , p. 76.
5ià KJL06B
dan0 rattroamoM physifii», «n «uimte contîdmbknBCBl •m^ mente. Maif heureusenMtît raberratioa mieux obicnrae s'était point telle qae le mout^meftt Ae )a terre la demaadmt^ et Muh fredi s'engagea sans crainte dêas cette rechmrAe. Brmiàiejy célèbre philosophe anglais , trouva enfin tin sgfwtèoie de Fabenration trës-ingéfueux » et peiiU»élve «KSiî traisnaUaUe ^ ob , à}« défilé y. le mouveaieist aeniiel de latene entoasÉ encore « nais viécessairement combine av^c le monT«nesit successif As la InnièiK?, découvert eu .pvopeié^ U J a dé)à an tnnpt, psr JAM., Roëmer et Cassiak Manfredi fit biett enecre , «inss qw^ k devait, quelqae léfëre résistance à ce système f ifeais A hHrb tauk gina point d'antre^ Il s'en servit commué tlik Feèt eMbeaaié atM plus de chaleur , et n'en proova que mieux la néeesKté àe i^in servir.
En 1736 y il donna un ooiirra^e avrla méridieniie ém SaÊit« Pétrone , sa première édde d'a#tronoiBi«. Wt avait besoia dt quelques réparations qsrr Tétat v<uil«t bien (ksre; on M ta donna la direction, et Ton compta bien que c'élast plus que si propre affaire.
U était trop fidèle k teua eea engagement , {MSttr ne se pss croire obligé de coatfibaer aux travaux d'une mmàétÊÔe qai l'avait adopté. Il a envoyé ici deui m^cvres , éNnst VmB e* daaa le vohmiede 17^4 (r), l'autre d«Reeehii de -1^98(9»), lom deux d'une fine et subtile aatroiioMe. Oé y v^it la gtaisd asM«nome bien familier avec le ciel , «et on ;f sent rheaaJBe 4'espnt ^piraait penser par lui-^nsÉBie.
L'acaàifaiie dut lot sa^ir d'autant plus drgté die «aa deat éorita, que dans ce tefleps4è -il «était sorchaaifé d't9Mftpatia« nouvelles. Kaftcbini , mett m 1 7^(3) ^ mmt laissé ttsie ^raeéé quantité dfebservations astnMiotniqQes c!t féûffgfSlkftMCê dans aa déscrdre et dans «ne cowfbsfSM d<vn< la seiHe VM eft-ajait et faisait déiispérer d*exi tiriM' ja«tiais^en« 11 fcntrepnt cepmimi par aèle pour les scieMMi ^ et paar la iisÉttietré d'An innstsa compatrioféf il parvint à laire mr choix qui fot bîeife; ■ reyn de poblîc. 11 avait tonfoM^ cenwrvé fa fis^a«ie sciHiicend««ce éss eaux du Bolonais; mais de pins , la cour de Rome voukK qe'il entrât tm cennaissatice d'uft dMKrend- dsi Fetram» avec l'état d? Venise , et rej^a sur Itli Hn ferdevu dië la larfNie espèce qna c?Iui qu'il portail déjh^ avec fatil de peine, -il Aft- accaM M vieux titre» et d^actes diftdles à décbiffifer et à entendit^ de
(f> Vftyes VBSÊt , p. S^ et surK (a) Voyc» PHMt. , p. 75 et sttiT.
(3) Voyez VSmI, , pt 103 et suir.
DEMAWPRËDI. 5it
cartes Munemits el moderoes^ et enfin en 1735 le ràului de set recherches fut imprima à Rome.
Dans celte 'âfCiire dn Ferrarais , aiusi-Uen que dans le débrottiUementdesiiapierSide Bianchini on retrouve encore ses dein •œiiis, qui loi Eurent infiniment utiles, surtout pour toute & maoœttfre désagréable de ces sortes de travaux. Avec beaucoup d'eqprit , elleeétaient propres à ce qui deiaaaderait presque une enlîere pnratîon d'esprit.
Sans ce secours domestifue, il ne fût jamais venu k bont de tont ce qu'il fit dans ks cinq ou sia dernières apnées de s^ vie^ pendant lesquelles il fut tourmenté de ta pierre. Il soutint ce malbemneux état avec tant de ODurage , qu'à peine sa gaieté nsrtnrelle en lut altérée. Quelquefois au milieu de quelque discours ptaifant qu'il avait commencé , car il réussissait m^me snr ce tan-ià', il était tout k coup interronapu par une douleur vive et piquante , et après quelques momens il jr<qprenait tran«> qnîMiment. le .fil de son discours , et jusqu'au visage q^i y cou* venait. J'ai oui diire cette mente particularité de notre grand poète borlesqae : mais celui-ci était plus obligé à être toujours gai y il eàt perdu soft principal niérite dans léaimnde , s'Û e^t cessé de l'être. .
Le mal de Manfredi alla toujours an augmentant, et en ne lai laissant que de moindres intervalles dé repos; et enfin , après dÎK.-linit jonra de dooleurs contimsnlles , il nionrut le i5 lévrier 1739, n^n pas seulement avec U constance d'un philoaephe , mais avec celle d'un véritable chrétien. Son corps fut accnmr pagné è la sépmltnre avec une pompe eatraordinaîre par les sënatears-présidens de l'institut de Bologne , par les professeurs de cet institut , et par les deux univeimtés d'écoliers. L'Italie et l'Angleterre savent rendre aux hommes illustres les honneurs fiinèfcres.
n avait une taille médiocre, asses d'embonpoîqt , le teint vermeil I les y eux. vifs, beanconp de phjsiononaie , beaucoup d'Ame dans tout l'air de son visage. U n'était ni saovage comme mathématicien, ni fantasque comme poète. Il aimait ibrt, snrtont dans sa jennessse, les plaisirs de la table; et pour être exempt de toute contrainte , il ne les voulait qu'avec ses amis. Ce n'est pas qu'il n'observât dans la soeiété tontes les règles de la politesse, tout le cérémonial italien, plus rigoureux que le notre; il y était même d'autant plus attentif, qu'il se sentait plus porté k y manquer, par le peu de cas qu'il en faisait naturellenaent : mais enfin il valait encore mieux éviter les occasions qui rendaient nécessaires ces fans respects et ces frivoles déféreœes. Aut ét^itHil plus incommodé qu'honoré des visites ou
5i2 ' ËLOGÉ
ie gens de marqne , oa ^dVtrangers que son nom lui attirait de toutes parts.
Pour la Traie politesse , il la poj^ëdàit. Il cédait Tolontîen l^ayantage de parler à tous ceux qui en étaient jaloux. Quand il y avait lien de contredire quelqu'un dans la conversation , ce qui assurément n'était pas rare , il prenait le parti de se taire , plutôt que de relevef des erreurs sous prétexte d'instruction. D est fort douteux qu'on instruise , et il est sAr qu'on choquera. Un sentiment contraire au sien, et qui ayait quelque apprënce , l'arrêtait tout court , et lui faisait craindre de ^être trompé j au lieu que d'orSinaire on commence par s'ëlerer rîvement contre ce qui s'oppose k' nous , et on se met hoff d'état Ae revenir à la raison. Personne ne sentait nuenx le mérite d^tfutirui , il allait presque jusqu'à s'y complah-e. L# fond de tout ceTa est qu'il avait sincërenfent pen d'opinion de Ivâ-même, disposition qu'6n pourrait nommer héroïque.
Il était d'une confrérie qui assiste et cdtisole les criminels qne Pon conduit an supplice. U n'en- put faire son devoir qae très-rarement , et il en souf&it tant , qu'il s'était déteraiîné à j renoncer pouf toujours. Les fonctions ê^ la cômpansîon étaient anrétées en lui par l'excès de la compassion.
Avec une âme si tendre il ne pouvait manquer d'^ie hienfaiisant , officieux , libéral autant que sa fortune le pouvait permettre. Quand il s'agissait d'une dette, et qu'il 'y -avait quelque incertitude sur la quantité , il aimait mieux courir le risque de payer trop que trop peu.
Les qualités de son cœur ont fait l'effet qu'elles d^aietit; il a été généralement aimé , et , nous pouvons n<Ai8 contenter d'un exemple qui certainement suffira, H s'est" vm honoré de Pamitié in cardinal Lambertini , son archevêque , préîat d'iifi mérite rare , et qui a un grand nom jusques dans les lettres. Ob dbMne soirvent des louanges à 'de grands' hommes paf'pore eftime; mais à celles que j'ai entendu donner ti Manfredi , fai toujours remarqué qu'on y ajoutait un sentiment d'affection beaucoup plus flatteur*