DE DU FAY
CinARLES-FRANçois DE CiSTERifAT DU Fat naquit tiFins le 14 septembre i6g8 de Charles-Jérôme de Cistemay , chevalier, et de dame Elisabeth Landais , d'une très-aàcvenne fouille originaire de Touraine. Celle des Cistemay éUlit noble } et at^t
bEDUFAY. 5i3
f«it profiesnra des mmies sans discoatinuatîon depuis la fin du qnincîane siècle. Elle pourrait le parer de quelque ancienne alliance avec uqe maison souveraine d'Italie ; mais elle se contente de ce qu'elle est natmvUement , sans rechercher d'illu»» tratioa forcée.
L'aïeul paternel de du Faj mourut capitaine des gardes du prince de Cooti , ftère du grand €ondé. 11 avait servi long-temps dans le régiment de ce prince , et quoi<^u'homme de guerre , il s'entêta de la chjmie, dans le dessein à la vérité de parvenir au grand oeuvre. Il travailla beaaooup , dépensa beaucoup avec le succès ordinaire.
Le père de du Fa j étant lieutenant aux gardes , eut une jambe emportée d'un coup de canon au bombardement de Bruxellesen i6g6 t il n'en quitta pas le service; il obtint une compagnie dans le régiment des gardes, mais il fut obligé k j renoncer par les incommodités qui lui survinrent , et par l'impossibilité de monter à cheval. Heureusement il aimait les lettres , et elles furent sa ressource. 11 s'adonna à la curiosité en fait de livres , curiosité qui ne peut qu'être accompagnée de beaucoup de con<naissances ag^ésîbles pour le moins. Il rechercha avec soin les livres eu tout genre, les belles éditions de tous les pays , lesmanuscrits qui avaient quelque mérite outre celui de n'être pas* imprimés , et se fit à la fin une bibliothèque bien choisie et bien assortie , qui allait bien k la valeur de iSjOoo écus. Ainsi il se trouva dans Paris un capitaine aux gardes en commerce avec^ tons les fameux libraires de l'Europe , .ami des plus illustres savans , mieux fourni que la plupart d'entre eux des instrumens de leur profession , plus instruit d'une infinité de particularités qui' la regardaient.
Lofsque du Fa j vint au monde , son père était déjà dans ce nouveau genre de vie. Les enfans , et surtout les enfans de condition n'entendent parler de science qu'à leur précepteur , qui dans une espèce de réduit séparé leur enseigne une langue ancienne , dont le reste de la maison fait peu de cas. Dès que du Fay eut les yeux ouverts ^ il rit qu'on estimait les savans , qu'on s'occupait de recueillir leurs productions , qu'on se faisait un honneur de les connaître , et de savoir ce qu'ils avaient pensé , et toot cela sans préjudice , comme on le peut bien croire , du ton et des discours militaires , qui devaient toujours dominer ches un capitaine aux gardes. Cet enfant , sans qu'on en eût expressément formé le projet , fut également élevé pour les armes et pour les lettres , presque comme les anciens Romains.
Le succès de l'éducation fut à souhait. Dès l'âge de quatorze ans, en 1712 , il entra lieutenant dans la Picardie } et à la I. 33
5t4 ÉLOGE
guerra d'Eipagae, «n 1718» il se iroi«vft ams iiégts deS«ttfc* Sebastien et de Fontarabie , où il se fit de la répatatieB dam aoa métier , et 1 ce qui devait encore arrÎTer plus sàremtAt , des amis> car dans uae seule canfngne il pouwt manquer d'occasions de paraître , mais non pas «d'occasions de plawe à ceux avec qui il avait à vivre.
Pour remplir ses deux vocations » il se mit dans oe tempe-là à étudier en chymie. Peut-être le sang de cet aïeul dont nous ve* nous de parler agissait-il en lui ; mais il se trouva corrigé daas le petit-fils , qui n'aspira jamais an grand cmvre. Il avait une vivacité qui ne se serait pas aisément contentée des spécnialioBS paresseuses du cabinet ; elle demandait que ac$ mains travaillaf^ Sient aussi-bien que son esprit.
Il eut une occasion agréable d'aller k Room ; il s'agissait d'j accompagner le cardinal de Rohan , dont il était fort coma et &rt go&té. Tout le mouvement nécessaire pour bien Toir Earoe, pour en examiner le détail immense , ne fut que proportionné à son ardeur de savoir , et aux forces que lai fournissait oelie ardeur. Il devint antiquaire en étudiant les superbes débris de cette capitale du monde , et il en raj^rta ce goût de médailles ^ de broneesy de monumens antiques, ob l'émdifioa semble être embellie par je ne sais qaoi de noble qui appartient k ces sortes de sujets.
Apparemment il avait eu en vue dans ses études cbjnuques une place de cbymiste de l'académie des sciences. Il j parvint en 1733 I et quoique capitaine dans Picardie , il l'emporta sar des coacurrens , qui par leur état devaient être plus chjmistes que lui.
Sa constitution était aussi faible que vive, et sa proaq^te mort ne l'a que trop prouvé. Tout le monde prévoyait une longue paix , fort contraire à l'avanoement des gens de gnene» Plus il connaissait l'académie « plus il aimait ses oocnpatiaast et plus il se convainquait en même temps qu'elles damandaieat un homme tout entier , et le méritaient. Toutes ces considérations jointes ensemble le détenninerent k quitter le service y et il ne fut plus qu'académicien.
Il le fut si pleiuement , qu'outre la cbjmie » qui était la science dont il tirait son titre particulier , il embrassa encore les cinq autres qui composent avec elle l'objet total de raoadé* mie , l'anatomie , la botanique , la géoniétrie , Fastronomie , la mécanique. Il ne les embrassait pas toutes avec la même force dont chacune , en particulier , est embrassée par ceux qui at s'attachent qu'à elle ; mais il n'j en avait aucune qui loi fôt étrangère , aucaue cb^a laqueUet il u'eàt beaucoup d'aoofes , et
DEDCFAY. . S,5
firti ii^êAvpvtsc fetiAf^ «fini fasuliëre qu^ câl ^oulu. il esll ^Hpi-'è ynimir la seul qui noua ait donné èmm tous le? si^ gcarw dtos néiMire» ^e f acaMaMe a jug^ èîgnis d'étne préatttt^ an puMic : peut-^tre» s'ataît-ili prépose cetto gloire , asnâ •aer iraps^an déclarer. Il est tanjonra sûr qae depuia sa.aeeep^ fioia il ae s'est passé ancmie année oîi A ni'ait fiiit pavlev de iaâ àmmê nos histoires ^ et qu*àucaB nom »' j est plursouvent répéti que le sien.
Dans ce qaa nous aidons de loi , c^est la physique; eapém^ntnle q«i domine. On voit dana ses opérations, toutes ha attention^ délicatea, ton^M Iê» tngéniensas askosses , tonte la patieneck •piniAtre , d««K on a besoin ponr déconvvir In nntnre , et sn neBére maltfe de ce Frôlée , qni cborclie à se dérober en prenant sâHo fennco di<Biv?nlei> Après avoir débvié par k phospkora âm hnromètt« (i) , par le sel do In ebana , inconnu jufequos^là auA elqrinisles (!») , il vint k dea recbetckes noayiril^ sur raiaiani (^)^ et enAn , car nous aceonrcissona le dénond[>innicot , à la œatànn qu*il a k plna snivie , et qni In méritait ie mienx. , à Félaotfei** cité (4).
Il Ywfmiî prise» dea mains dn Gray , célèbre pbtlosopbo nn*. glaia , qni j travaiMait. Loin que &ra)r tnonvàt mauvav qu'on» nllftt sur ses brisées, et prétendtt' a;irotr u^ pririiégeeaeliisiC pottÎE* l^kctricrté , il aida de saa lumières du Fay^ qni ^ de amt eHé » ne Art pas ingrat , et lui domu; auM <ie« rtieau Ibs'éelai-4 rèrmt , ils s-'anâmèrent mtttaeUomenl , et* arrinèront edsenibio àr des déeonrertes si surprenantes at si inoniea^. qu'ilsia^enlk beooin de s'en attester et 4ie s'en aoufiraner Fun à Ifantrcr ht^ré^ rit^ } îl Alitait, par OKompla , qi^ls se randissesitréaâipi^pie*^ ment témoignage d'avoir yu l'en&nt derénn hunônnas; ponn «voir été éleetrisé. Pourquoi l'exemple de cet Anglais al de' ce Français qni se sont arec tant do bonne fiE»i et si «tiiemonft ne? corétér dana une mime reobercbe , ne pourrait*«l pas être aaiv^ en grand par l'Angleterre et par la France ? Pourquoi s^éièro-^ a4l entre las dans nations des jalousies, qnr n^ont d'anfae efls% tpae d^arréter, ou au moins de mtarder le ptograa dea scaenoeaf
Lia réputatiott de du Fay sur l'art de bien ^Uaare les eapériencen àm pbysique , lui attira un bonnonr partîcidîer. La roi ronluft qn'nn trnvniD^ à un règlement , par lequel tnntfes aortes d<» ieîtitnres , tant en kîne' qu'en soie , seraient soumises k cai^ taines éprenres , qui fcvajent jngw df leur bonté , avant qn'oia
(a) V<^r9 IWft* éa 199} > p. i\
(2) Voyes l'Hist. de 1724» P- ^
(3) Voya les Hist. de 17^8, p. i } de lySq, p. i j et de i^Ji , p. i5. (() Voyes Itf Hiic d« 178^^ p. 4} d« 1734, P* * jc^'de T797, f. r.
5i6 « ÉLOGE
les reçAt dans le cottmerce. Le conseil crut ne pouToir mteia faire que de nommer du Fay pour examiner par des operatioas ehymiques, et dAerminer qtoeltes devaient être ces éprenw. L'arrêt du conseil est du là fcrrier lySi. De là est venu ua mémoire que du Fay donna ea 17^7 (i) sur le mélange ds quelques couleurs dans la teinture. Toutes les expërielices dont il avait besoin sont faites , et on les a U'ouvées xnises en un cerpi auquel il manque peu de chose pour sa perfection.
Nous «vous fait dans Téloge de feu Fagon en 17 18 (a), oot petite histoire du jardin royal des plantes. Comme la surmtmkdancê en Hait attachée à laplace de premier médecin , avonsnous dit en xe temps-là ^ et que ce qui dépend d^un eeul hamm dépend aussi de ses goùée, et a une destinée fort ehangeanie^ Mm premier médecin , peu touché de la botanique, avait négligé ce jardin. H heureusement tawit assez négligé pour le laisser tomber dans un étatoàTon ne pouvait plus le souffrir. U était arrivé précisément la même chose une seconde fois , et par U même raison , en lyîa , à lamort d'un autre prenaier médecin. Ce n'est pas que d'excellens professeurs en botanique , que MM. de Jussieu n'eussent toujours fait leurs leçons ayec la même asâdnité j et d'autant plus de xèle , que leur science , qoi n'était plus soutenue que par eux, en avait plus de besoin ; mais enfia toutes les influences favorables qui ne pouvaient venir que d'enhaut / manquaient absolument , et tout s^en ressentait ; les plantes étrangères s'amaigrissaient dans des serres mal entretenues et qu'on laissait tomber < quand ces plantes avaient péri , c'étafft ponr toàjoui^ ; on ne les renouvelait point , on ne réparait^ pas mêfloe les brèches des murs de clôture ; de grandi terreins dcinettraient en friche.
Tel était Fétat du jardin ea 173a, La surintendance alors vacante par la mort du premier médecin fut supprimée , et le premier médecin déchargé d'une fonction qu'effectivement il ne pouvait guère exercer comme il l'eût fallu , à moins que d'avoir pour les plantes une passion aussi vive que Fagon. La direction du jardin fut jugée digne d'une attention particulière et continue, et le roi la donna sous le nom d'intendance à du Fay. Elle se trouva aussi-bien que l'académie des sciences dans le département de la cour et de Paris, qui est à M. le comte de Maurepas; et comme le nouvel intendant était de cette académie , le jardin royal commença à s'incorporer en quelque sorte avec elle*
Du Fay n'était pas botaniste comme MM. de Jussieu, mais il le devint bientôt avec eux autant qu'il était nécessaire, lis gémi»-
(i) Voye» l'Hi»l. de 1737.
Cs) Ps8^ 94 ^' *^^* * ^^ P*8* 96I9 de ce Tolome.
DE DD FAY. 5i7
Baient sar les ruines dé ce jardin qa^ils habitaient , et ne désiraient pas moins ardemment qne Ini de les voir relevées. Ils le mirent an fait de tout , ne se réservèrent rien de leurs connaissances les plus partictiKières , loi donnèrent les conseils qu'ils auraient pris pour eux-mêmes , et cette bonne intelligence qui subsista toujours entre eux , ne lenr fut pas moins glorieuse qu'utife aux succès. L'Angleterre et la Hollande ont chacune un jardin des plantes» Thk Fay fit ces deux voyages, et celui d'Angleterre avec de Jussieu I« cadet , pour voir des exemples , et prendre des idées dont il profiterait , et surtout pour lier avec les étrangers un commerce de plantes. D'abord ce commerce était & notre désavantage^ nous étions d'ans la nécessité humiliante ou d'acheter , ou de recevoir des présens : mais on en vint dans la suite à faire dés À:hange8 avec égalité , et même enfin avec supériorité. Une chose qni y contribua beaucoup, ce fut une autre correspondance établie avec des médecins ou des chirurgiens , qui , ayant été instruits dans le jardin par MM. de Jussieu , allaient de là se répandre dans nos colonies.
A mesure que le nombre des plantes augmentait par Ta bonne administration ^ on construisait de nouvelles serres pour les loger ; et à l'a fin ce nombre étant augmenté de six ou sept mille espèces^ il fallut jusqu'à une cinquième serre. Elles sont construites de façon à pouvoir représenter difilÉrens climats puisqu'on veut y faire oublier aux différentes plantes leurs climats naturels ; les degrés de chaleur y sont conduits par nuances depuis le plus fort jusqu'au tempéré, et tous les raf&nemens que la physique moderne a pu enseigner à cet égard , ont été mis en pratique. De plus, du Fay avait beaucoup de goût pour l'es choses de pur agrément^ et il a donné à ces petits édifices toute l'élégance que le sérieux. de leur destination pouvait permettre.
A la fin il était parvenu à faire avouer unanimement aux étrangers que le jardia royal était le plus beau de l'Europe } et ai l'on fait réflexion que le prodigieux changement qni y est arrivé s'est fait en sept ans , on conviendra que l'exécution de toute l'entreprise doit avoir été menée avec une extrême vivacité. Aussi était-ce là un des grands talens de du Fay. L'activité, toute opposée qu'elle est an génte qui fait aimer les sciences et le cabinet , il l'avait transportée de la guerre à l'académie.
Mais toute l'activité possible ne lui aurait pas suffi pour exeenter, en si peu de temps , tous ses desseins sur le jardin , en n'y employant que les fonds destinés naturelletnent à cet établissement; il fallait obtenir, et obtenir souvent des grâces extraordi-^ naîres de la cour. Heureusement il était fort connu des ministres , il avait beaucoup d'accès chez eux, et une espèce de liberlé^et de
5ié ÉLOGE
iaxmUarîté A laquelle un faonupe de ^gneite ùa an homm^ in jxiOBde j)ameiidra plus aisémeat qji'un simple acadëmicieB. De 2>lus y il savait se coaduire avec les xuinistxes , préparer de loin ses demandes , ne les faire qu'à propos ^ et iQnqa'elles étaâeat presque déjà faites , essujer de bonue grâce les praoûe» refiis , toujours à peu près iufailîiiiles^ ne revenir à la charge ^e dans des momens bien sereins., bien exempts de nvaget ; enfin , il4NWt le don de leur plaire , et c'est déjà une grande avance pour persuader : mAÎs ilfi savaient aussi qu'ils n'avaient rien à craûidje de tout son art, qui ne tendait qu'à des fins utiles au public , ci glorieuses pour eux-mêmes. -
Il était quelquiefois obligé d'aUer au-delà des sommes qn'on avait accordées , et il n'hésitait pas à s'engager dans des av< assez considérables. Sa confiance n'a pas été trompée par qu'elle regardait , mais elle pouvait l'être par d<âi événemcas imprévus. Il risquait, mais pour ce jardin qui lui était ai cbcr
Devons-nous, espérer qu'on nous croie , si nous a)outons ^ tout occupé qu'il était et de l'académie et du jardin , û Vêtût encore dans le même temps d'une affaire de nature toute dsffi^rente, très-longue , très'^mbarrassée , très-difficile à suivre, dont la seule idée aurait fait borreur à un homme de lettres, ctqni aurait été du moins un grand fardeau pour l'homme le plos exercé , le plus rompu aux manoauvres du palais et de la finance tout ensemble? Landais, trésorier général de l'artillerie, monrot en 172g , laissant ime succession modique pour un treMirier, ei
3ui était d'ailleurs un chaos de comptes à rendre, une hjdrede iscussions renaissantçs les unes des autres. £lle devait être partagée entre la mère de du Faj , et trois sœurs qu'elle avait; et îl fut lui seql chargé de^quatre procurations , seul à débrootller le chaos et à combattre l'hydre.. Malgré toute son aclinté naturelle , qui lui fut alors plus nécessaire que jamais , il ne pat voir une fin qu'au hout de dix années, les dernières de sa vie, et oa assure que sans lui les quatre héritières n'auraient pas en k quart de ce qui leur appartenait. 11 est vrai que la réputation d'honncnr et de probité, que son oncle avait laissée , et celle qu'il avait acquise lui-même , durent lui servir dans des occasânns oîa il s'agissait de fidélité et de bonne foi ; nuis cela ne va pas à une épargne considérable des soins ni du temps. Cette grande affaire ne souffrit point dfi son attachement pour l'académie et pour le jardin rojal , «t ni l'un ni l'autre ne souffrirent d'une si violente distraction. II conciliait tout et multipliait le temps par l'indos* trie singulière avec laquelJe il savait le distribuer. |jes grands plaisirs changent les heures en momens , mais l'art des sages peut changer les momens en heures^
DE DU PAY. 5i9
Coisme an «afâk que Tob ne pouvait tjrop oecuper du Fay, on Favait admis depuis environ deux ans aux assemblées de la grande police, composées de» premiers magistrats de Paris , qu'on tient toutes les semaines chee le premier président. Là il étok consulté SOT plusieurs choses qui intéressaient le public , et poof- Taient se trouver comprises dans la variété de ses conaaissancea. U était presque le seul qui , quoiqu'étranger à c^s respectables assemblées , y £àt ordinairement appelé.
Son dernier travail pour l'académie , qui , quoiqu'il ne soit pas entièrement fini , est eu état d'être annoncé ici , et peut être publié t a été sur le cristal de roche et celui d'Islande. Ces cristaux , ainsi que plusieurs autres pierres transparentes , ont une double réfraction qui a été reconnue de Bartholin, Huyghens et Newton , et dont ils ont tâché de trouver la mesure et d'expliquer la cause. Mais ni leuA mesures ne sont exactes , ni Leurs explications exemptes de grandes difficultés. Il était arrivé par un grand nombre d'expériences k une mesure juste, et à des faits^ généraux , qui du moins pouvaient tenir lieu de principes , en attemdant la première cause physique encore plus générale.
Il avait découvert , par exemple , que toutes les pierres trans* parentes dont les angles sont droits , n'ont qu'une seule réfrac* tion j et que toutes celles dont les angles ne sont pas droits , en ont une double, dont la mesure dépend de l'inclination de leurs angles.
Il tomba malade au mois de juillet dernier, et dès qu'on s'aper-^ ^ut que c'était la petite vérole , il ne voulut point attendre qu'on vint avec des tours préparés lui parler de la mort sans en prononcer le nom ; il s'y condamna lui-même pour plus de sûreté , et demanda courageusement ae» sacremens , qu'il reçut avec une entière connaissance.
II fit son testament , dont c'était presque une partie qu'une lettre qu'il écrivit à M. de Maarepas, pour lui indiquer celui qu'il croyait le plus propre à lui succéder dans l'intendance du jardin royal. Il le prenait dans l'académie des sciences à laquelle it souhaitait que cette place fût toujours unie ; et le choix de Bnflbn qu'il proposait était si bon , que le roi n'en a pas venin faire d'autre.
Il mourut le 16 juillet après six ou sept jours de maladie.
Par son testament il donne au jardin royal une collection de pierres précieuses , qui fera partie d'un grand cabinet d'hiatotre naturelle y dont il était presque le premier auteur , tant il lot avait procuré par ses soins d'augmentations et d'embellitsemens*. Il obtini même que le roi y fit transporter ses coquilles.
I^'exécuteur testamentaire choisi par du Fay , est Hellot ,,
fSoo ÉLOCE
chymîâte de cette académie. Toujours le jardin royal , tonjoiof l'académie , autant qu'il était possible.
Mais ce qu'il y a de plus remacquable dans son testament , c'est d'avoir fait madame sa mère sa légataire universelle. Jamais sa tendresse pour elle ne s'était démentie. Ils n*aTaîent point discuté juridiquement leurs droits réciproques , ni &ît de partages } ce qui convenait à l'un lui appartenait , et Tantre en était sincèrement persuadé. Quoique ce fils si occupé eût besoin de divertissement , quoiqu'il les aimât , quoique le monde oii il était fort répandu lui en offrit de toutes les espèces, il ne manquait presque jamais de finir ses journées par aller tenir compagnie a sa mère avec le petit nombre de personnes qu'elle s'était choisiei. Il est vrai , car il ne faut rien outrer , que les gens natnrellcBient doux et gais , comme il était, n'ont pas besoin de j^aisirs si vî& Mais ne court-on pas souvent à ces plaisirs-4à sans en avoir besoin , et par la seule raison que d'autres- y courent ? Lia raison du devoir et de l'amitié , plus puissante sur lui , le retenait.
Il était extrêmement connu , et personne ne l'a connu qui ne l'ait regretté. Je n'ai point vu d'éloge funèbre fait par le pnbUc , pins net , plus exempt de restrictions et de modifications qne le sien.
Aussi les qualités qui plaisaient en lui, étaient précisément celles qui plaisent le plus généralement : des nsecurs douces, nne gaieté fort égale , une grande envie de servir et d'obliger ^ et tout cela Vêtait mêlé de rien qui déplût , d'aucun air de vanité , d'ancim étalage de savoir , d'aucune malignité ni déclarée ni enveloppée. On ne pouvait pas regarder son extrême activité conune l'inquiétude d'un homme qui ne cherchait qu'à se fuir Ini-méme par les mouvemens qu'il se donnait au dehors : on en voyait trop les principes honorables pour lui , et les effets souvent avantageux aux autres.
L'académie a été plus touchée de sa mort que le reste du public. Quoique occupée des sciences les plus élevées au-dessus de J a portée ordinaire des hommes , elle ne laisse pas d'avoir des besoins et des intérêts , pour ainsi dire , temporels , qui l'obltgent à négocier avec des hommes^ et si elle n'y employait que des agens qui ne sussent que la langue, qu'elle parle , elle ne serait pas si bien servie par eux , que par d'autres qui parleraient et sa langue et celle du monde. Du Fay était une espèce d'amphibie propre À vivre dans l'un et l'autre élément , et à les faire communiquer ensemble. Jamais il n'a manqué l'occasion de parler ou d'agir pour l'académie; et comme il était partout , elle était sûre d'avoir partout un agent habile et sélé , sans nicme 4{u'il eût été chargé de rien. Mais ce qu'elle sent le plus, c'est
DE DU FÀTl 5at
Savoir perdu un sujet àé\k distiogué par ses talens » destiné naturellement k aller fort loin , et arrêté an milieu de sa course.
ËLOGE