DE M«. LA MARQUISE DE LAMBERT
J^dA XAiouiSBDELAxaeaT^quise nommaift AAoe-Tliérëse de Marguenatde Conrcelles, était fille unique d'Etienne de Mar» gnemat , seigneur de CourceUes , maître o^inaûre en la diambre des comptes , mort le aa mai i65o , et de Monique Passart , morte le 3i juillet 169a y pour lors femme en secoudes noœs de François le Coignens , soi§penr de la Rocbetnrpin et de Bachaumont, célèbue par son bel esprit.
Elle avait été mariée le aa février 1666 a¥ec Henri de Lam« berty marquis de Saint-Bns en Anserrois, baron de Chytrj et Aogy , alors capitaine an régiment rojal , et depuis mesire de camp d*nn régiment de cavalerie, fait brigadier en 1674 , mare-» chai de camp le a5 février «677 , commandant de Fribourg en Brisgaw au mois de novembre suivant, gouverneur de Longwy , et lienteoant<*»général des armées du roi au a&ois de juillet 1682 , et enfin gouverneur et lientenant-général de la ville et duché de Luxembourg , au mois de )uîn 1684 9 mort an jmois de juillet j686. ^
Elle avait en , ontre deux filles mortes en bas âge , un fils et une autre Aile. Le fils«st Henri-Ffaiiçoîs de Lambert, marqnia de Saint-Bris, né le iS décemlure 1677 , lienlenantHfénéral des armées du roi du 3o mara 1720, et gouverneur de la ville d'Auxerre , autrefois colonel dn régiasent de Périgord. Il a été marié le 12 janvier 1 726 avec Angélique de Larlan de Rochefort , veuve de Louis-François du Parc , marquis de Locmaria , lieutenant-général des années dn roi , mort k 4 octobre 1709. La fille de la marquise de Lambert était Mariiy-Tbérèse de Lambert , qui avait été mariée en 1708 avec Louis de Beanpoil , comte de Saint- Aulairey seignenr de la Porcherie et de la Grenellerie , colonellientenant dn régiment d'Enguien , infanterie , tué au combat de Ramersheim dans la baute^Alsace le sii août 170g. Elle est morte le i3 juillet 1731, Agée de dnqnante-deux ans, ajant laissé une 'fille unique, nommée Thérès^EuIalie de Beaupoilde Saiot-Aulaire, mariée le 7 février 1725 avec Anne-Pierre dliar» «aurt , marquis de Beuvron , seigneur 4e loumeville , lieutenants*
Sa4 ÉLOGE
général pour le roi au goavemement de Normandie , gonrernenr du. vieux palais de Rouen , et mestre de camp de cayalerie, frère du duc d'Harconrt.
La mère de la marquise de Lambert épousa , comme on Ft dit, M. de Bachaumont, qui non-seulement faisait fort agréablement des vers , comme tout le monde sait par le fameux voja^ dont il partagea la gloire avec Chapelle } mais qui de plus était homme de beaucoup d'esprit , et de plus encore de trëfr-bonne compagnie , dans un temps oii la bonne et ht mauvaise se mêlaient beaucoup moins , et oii Ton y était bien plus difficile. H s'affectionna à sa- belle^fllle , presque encore enfant , à cause des dispositions heureuses qu'il découvrit bientôt en elle ; et s'ap* pliqua à les cultiver , tant par lui-même que par le monde choisi qui venait dans sa maison, et dont elle apprenait sa langue comme on fait la langue maternelle.
Elle se dérobait souvent ^ux plaisirs de son âge pour aller lire en son particulier ; et elle s'accoutuma dës-lors de son propR mouvement, à faire de petits extraits de ce qui la frappait le plus. C'étaient déjà ou des réflexions ânes sur le cœur hnnuin , ou des tours d'expression ingénieux , mais le plus souvent <ies réflexions. Ce goût ne la quitta , ni quand «lie fut obligée de représenter à Luxembourg , dont le miarquie de Lambert était gouverneur , ni quand après sa mort elle eut k essuyer de loogs et cruels procès , oii il s'agissait de toute sa fortune. Enfin , quand elle les eut conduits et gagnés avec toute la capacité d'une personne qm n'eût point eu d'autre talent, libre enfin , et mal tresse d'un bien assez considérable qu'elle avait presque conquis , elle établit dans Paris une maison oii il était honorable d'étrè reçu. C'était la seule y k un petit nombre d'exceptions près , qui se fût préserrée de la maladie épidémique du jeu ; la seule ok l'on se trouT^t pour se parler raisonnablement les uns les autres , et même arec esprit selon l'occasion. Aussi ceux qui avaient leurs raisons poar trouver mauvais qu'il y eût encore de la convcrsatioir quelque part , lançaient-ils , quand ils le pouvaient , quelques traits malins contre la maison de madame de Lambert; et madame de Lambert elle-méoie, très-délicate sur les discours et sur l'opinion da public, craignait quelquefois de donner trop à soti goÂt:elle avait le soin de se rassurer , en faisant réflexion qne dans cette même maison , si accusée d'esprit , elle y faisait une dépense tresnoble , et y recevait beaucoup ptus de gens du modde et de condition , que de gens illustres dans les lettres.
Son extrême sensibilité sur les discours du public , fat mise t une bien plus rude épreuve. Elle s'amusait volontiers k écnrf pour elle seule , et elle voulut bien tiré ses écrits k un tf€s«'petit
DE Mm. DE LAA(BE&T. 5a&
nombre d'amis particuliers ; car quoiqu'on n'écrive que pour soi , on écrit aussi un peu pour les autres , sans s'en douter. Elle fit plus; elle laissa sortir ses papiers de ses mains , sous les sermens les plus' forts qu'on lui fit de la fidélité la plus exacte. On viola les sermens : des auteurs ne crurent point qu'une modestie d'auteur pût être sincère ^ ils prirent des copies qui ne manquèrent point d'échapper. Voilà les avis d^une mère à sonfiU ,' les aviê à sa fiUe imprimés; et elle se croit déshonorée. Une femme de condition faire des livres ! comment soutenir cette infamie ? '
Le public sentit bien cependant le mérite de ces ouvrages ^ la beauté du style , la finesse et l'élévation des sentimens , le ton aimable de vertu qui y règne partout. Il s'en fit en peu de temps plusieurs éditions , soit en France , soit ailleurs ; et ils forent traduits en anglais. Mais madame de Lambert ne se .consolait point ; et on n'aurait pas la hardiesse d'assurer ici une clîose si pen vraisemblable , si après ces succès on ne lui avait vu retirer de ches un libraire , et payer au prix qu'il voulut , ti^ute l'édi* tion qu'il venait de faire d'un autre ouvrage qu'on lui avait dérobé. '
Les qualités de l'âme , plus importantes et plus rares , surpas^ saient encore en elle les qualités de l'esprit. Elle était née coura* geuse , peu susceptible d'aucune crainte , si ce n'était sur la gloire ; incapable de se rendre aux obstacles dans une entreprise nécessaire ou vertueuse. Elle n'était pas seulement ardente à servir ses amis sans attendre leurs prières ^ ni l'exposition humiliante de leurs besoins : mais une bonne action à faire , même en faveur de personnes indifférentes , la tentait toujours vivement \ et il fallait que les circonstances ifussent bien contraires ^ si elle n'y succombait pas. Quelques mauvais succès de ses générosités ne Ten avaient point corrigée , et elle était toujours également prête à hasarder de faire lo bien. Elle fut fort infirme pendant tout le cours de sa vie. Ses dernières années furent accablées d^ •ouffrances , pour lesquelles son courage naturel n'eût pas suffi sans le secours de toute sa religion.
£nfin elle décéda k Paris le la juillet 1733 dans la quatrevingt-sixième année de sou âge, généralement regrettée, àtcause^ des grandes qualités de Son cœur et de son esprit. Mous avons d'elle , comme on l'a dit, un excellent ouvrage sous ce titre : AvU d^une mère à son fils et à sa fille , imprimé à Paris en 1728 , un Yolume in-ia ; et des réflexions sur les femmes ^ dont il y a en uxxe édition en Hollande.
■» ■ ■! ■■■■ IL t 1 I laLt I ■ ■■! U L>
FoffTEliELi.E ajant été élu par Messieurs de ÎAcadénà/t Franç»ise à la place de M* d& Villaviul , doyen du conseil d!ÉètU,ji^ vint prendire séance Is sameiU 5 mai {€911 ^stfiila r^merdmkent qui smit.
Sr je he songeais auj^uré^ht» k me défeiidre din mouYenenf ftafteuM èe la tanitié , quelle occasion tr^aura^-eRe pas de me séjaire , et de nie jeter dtiffs la plas agréable erreur où je sois }amais tombe ? Ea entrant dauf Totre illustre compagine , je er^irak eiUrtit en partage de toute sa gloire ; je me croiras associe à l'immortelle renommée qui tous attend ; et comme la Tarifé' est également hardie dans se» idées* , et tug^ense â les autoriser , je me croirais digne dti choix que tous ayez ^t de moi pour ne- vous pas' croire capable» d*un mauvais choia.
Mais , Messieurs , j'ose assurer que fe me garantis d'une si douce illusion j f e sais trop ce qui m'a donné vos suffrages. J'ai prouvé par ma conduite , que je connaissais tout ce qne vaut l*honneurd*avoir place dans l'académie française , et vous ni*arer compté cette connaissance pour un mérite ; mais le mérite d'aotrui vous a encore plus fortement sollicités en ma faveur. Je tiens , par le bonheur de ma naissance , à un grand nom , qui dans la plus noble espèce des productions de l'esprit eflaœ tous les autres nom» , à un nom que vous respectez vous-m^es. Quelle ample n^atière m'oflriraie l'illnstre mort qui Ta ennobli le premier ! Je ne doute pas que le public , pdnetré de lu vérité de son éloge , ne me dispensât de cette scrupuleuse bienséance qui BOUS défend de publier des louanges oh le sang nous donne quelque pkrt : mais je me veuic épargner la honte de ne pouvoir , avec tout le zèle du sang, parler de de grand homme , qne en parlent cenx que sa gloire intéresse le moins.
Vous , Messieurs*, k qui sa mémoire sera toujours chère , gnes travailler pour elle , en me mettant en état de ne la pas déshonorer. Empêchez que l'on ne reproche à la nature de m'avoir uni à lui par des liens trop étroits. Vous le pouvez , Messieurs ; j'ose croire même que vous vous y engagez aujourd'hui. SArs que vos lumières se communiquent ^ yous m'accordes
r«alv«^ d^ ^académie; el pomrtim^vous me recevoir paimi tous , si foqs n'âTÎea forioé le desseiii de m'éle?er jusqu'à vous? Oseraisje JaoirmiBïe , si je se comptais awr yotre secours , succéder à 110 graad aaagiatnrt dont le génie , quelque distance qu'il y ait eotre les caractères de coaseiUer ê^étiàt et d'académicien , embrassait toute cette éteadae ?
Je sens que mon caur me sollicite de m'étendre sur ce que je ¥oiis dois } et je résiste à un rnoorement si légitime , non par l'impttifisaiice où je suis de trouver des expressions dignes du bienfait , je n'en chercherais pas ; mais parce qne je tous mar^ querai miens ma recannaissaace , lorsque j'entrerai avec n»; ardeiMT égale à la vàtre dans tout ce qui vous intéresse le plus^ vivement. Un grand spectacle est devant vos jenx , une grande idée vous ocdupe et vont rendrait iadifferens à d'antres dîsconrs : je soipeas mes aentimeas particuliers ; je cours an seul sujet qui lEova tenode.
Mqqs vient df être aauais } tandis qu'un prince , qui tire tout son éclat d'être jaloux de la gloire de Lo«1€--lb-«iiaih> , assemble avec fiiste des cnnseils composés de souverains , et que son ambition s'y laisse flatter par des hommages qu'il ne doit qu'à la terreur qat l'on a caafae de la France ; tandis qu'il propose des préfets d'aae caaoqpagae ploa heureuse qne les précédentes , projets qu'a enCantés avec peine une sooabre et lente méditation s o'eat aua portes de ce conseil , c'est dans le fort des délibérations qae Looia enferepread dese rendre mattrr de la pins considérable de tontes les places ennemies.
A ce coup de foudre , l'assemblée se dissipe } le chef oonrt , ToWott il se croit nécessaire , remue tout , fait le» derniers efforts , assemble enfla une assez grande armée pour ne pas être témoii» de la prise de Mons sana ea rehausser l'éclat. La fortune du rot avait appelé ce spectateur d'an-d^à des mer». Conquête aussi haQranse que glorieuse , si au milieu du bonheur dont elle a été accompagnée , elle ae Baus avait pas coiHé des crainte mortelles. H nfest pas besoin d'en exprimer le sujet : sous le règne de Lavis , noua ne powans craindre qne quand il s^espose.
Dans le même temps , Nice , qui dans les états d'un autre ennemi décide presque de leur sûreté , Nice est forcé de se rendre à nos armes , et la campagne n'est pas encore commencée. Quelle g;rsuideur, quelle noblesse dans les entreprises du roi ! Rien ne peut nuire à leur gloire que la promptitude du succès , qui peutêtre aux yeux de l'avenir cachera les difficultés du dessein , et fera disparaître tpus les obstacles qui ont été ou prévenus ou sormontéf. Il manque à des entreprises si yastes et si hardies la lenteur de resécution.
SaS DISCOURS, etc.
Quand nous vîmes, il jr a ipielques années , s*élever l'orage que formait contre nous un esprit ne pour en exciter , ambitieux sans mesure , et cependant ambitieux avec conduite , enorgueilli par des crimes heureux; quand nous vîmes entrer dans la lifae jusqu'à des princes, qui malgré leur faiblesse pouvaient être à redouter, parce qu'ils augmentaient un nombre déjà redou* table : nous espérâmes , il est vrai , que tant d'ennemis viendraient se briser contre la puissance de Lovis ; mais ne dissimulons pas que l'idée que nous en avions , quelque élev^ qu'elle fût , ne nous promettait rien au-delà d'une glorieuse résistance. Apprenons que la résistance de Louis , ce sont de nouvelles conquêtes : il ne sait point assurer ses frontières sans les ëlendte; il ne défend ses états qu'en les agrandissant.
Il avait renoncé par la paix à se rendre maître de l'Enrope, et l'Europe entière rallume une guerre qui le rétablît da^s lei droits , et l'invite à réparer les pertes volontaires de sa' modération. Il tenait sa valeur captive ; ses ennemis eaz!-iiiéiiies l'ont dégagée , et l'univers lui est ouvert.
. Que ne pouvons-nous rappeler du tombeau , et rendre *spectateur de tant de merveilles , le grand ministre à qui Tacadànie française doit sa naissance ! lui qui sons les ordres dn pins juste des rois a commencé l'élévation de la France » avec quel éto»nement verrait-il ses propres desseins poussés si loin au-delà de son idée et de son attente ? lui qui nous fut donné pour préparer le chemin à Louifr-L£-CRAif d , aurait-^l cru ouvrir une si belle et si éclatante carrière ?
Surpris de tant de gloire , il pardonnerait à cette compagnie, si elle ne remplit pas sous son règne le devoir qu'il lui avait imposé de célébrer dignement les héros que la France produirait. Il verrait avec un plaisir égal et notre xèle et notre impuissance. Ceux qui voudraient entreprendre l'éloge de Louis, sont acèablés sous ce. même poids de grandeur , de valeur et de sa^ gesse, qui accable aujourd'hui tous les ennemis de cet état. Uat sincère soumission est le seul parti qui reste à l'envie; et une admiration muette est le seul qui reste à l'éloquence.