‹ Œuvres de FontenelleChapitre 93 sur 112 · DE PERRAULT · texte numérisé non relu

DE PERRAULT

LiiUDB Pbiaault, de l'académie royale des sciences, et de la faculté de Paris , est mort le neuvième octobre de la présente année , Agé de soixante et quinse ans. C'était un homme né pour les sciences , et particulièrement pour les beaux •arts , qu'il possédait presque tous sans les avoir jamais appris d'aucun maître. II savait parfaitement l'architecture ; et Colbert ajant pris des dessins pour la façade du devant du Louvre de tous les plus £ameux architectes de France et d'Italie , le dessin que Perrault donna fut préféré à tous les autres , et il a été entièrement exécuté tel qu'on le voit aujourd'hui sur les profils et sur les mesures qu'il en a donnés. C'est aussi sur ses dessins qu'a été bâti l'observatoire de Paris , avec toutes les commodités qui a'y trouvent pour observer } et cet édifice est d'autant plus à esr. limer , qu'il est d'une espèce toute singulière , qui a demandé beaucoup de génie et d'invention. Perrault fit aussi le grand modèle de l'arc de triomphe , et une partie considérable du même arc de triomphe a été construite sur ses dessins.

Colbert , qui aimait l'architecture , et qui voulait donner le moyen aux architectes de France de s'y perfectionner , lui ordonna de faire une traduction nouvelle de Vitnive , et de l'éclaircir ayec des notes; en quoi l'on peut dire qu'il a réussi au-delà de toua ceux qui l'ont précédé dans ce travail , parce que jusqu'à lui ceux qui s'en étaient mêlés n'étaient ou que des savans qui n'étaient pas architectes, ou que des architectes qui n'étaient pas savans. Pour lui , il était grand architecte , et très-savant. Il avait une grande connaissance de toutes les choses dont parle Vitmve par rapport à l'architecture , comme de la peinture , de la sculpture"^ de la musique , des horloges , et principalement de la médecine et de la mécanique , dont l'une était sa profession particulière , et l'autre son inclination dominante. Il avait un génie extraordinaire pour les machines , et joignait à cela une grande adresse de la main pour dessiner et faire des modèles ; însques-là que tous les connaisseurs ont remarqué que les dessins de sa main sur lesquels on a gravé ies planches de son Vitrnve , sont beaucoup plus exacts, plus justes et plus finis que les planches mêmes, quoiqu'elles soient d'une beauté extraordinaire. '

Sas . ÉLOOB

Apres avoir donne éon Vitrave, il en 6t im abnge foor h eonunoditë de ceux ^ui ccffnmenoent k ttaéier raidiifeectiire. fl a fkit* encore un autre livre sur la même matière^ intitulé : Oraiaanance des cinq espècêê de colonnes selon la méûtode des ancésne ^ où il donne les véritables proportions ^ue doivent avoir les cinq ordres d'architecture.

Quand l'académie des sciences fut établie , il fut nonuné des |u*enuers ]iour en éXie , et pour j travailler «nr les matiarea de physique. U n'était pas poAsibie qu'il ne lot entendit parfciteoient bien , puisqu'il avait l'esprit de k mécanique an sa prime d<^. Il en a donné des preuves dans ses esêmie de physique , oh l'on « trouvé beaucoup de systèmes très-ingénBeax et de pensées non* velles. Ses traités de la etrcuieUion de i» àè^ dane les piemân^ dm son ^ et de la mécanique des animaux , eacellent esitre tous les autres. Il imprimait , quand il est mort , un quatnëtne tome de ses eseais de physique ^ et il sort présentement de dessous la prc On n'en dira rien , parce que cet ouvrage n'a pis encore été ) par le public. U travaillait aussi , dans le temps qu'il est tombé malade » k mettre en ordre un recueil de* diverses macbines de son invention. Il ne reste qu'à les graver, à quoi o« a déjà oom» mencé de travailler. Son frère , de l'académie française, très* semblable à feu Perrault par le ^me des bean»-arts , mais pins connu dans le monde du coté des belles-lettres, prendra soin da cette édition , et donnera aussi au public ce qui en paraîtra digne parmi les papiers qui sont présentement passés entre ses mains.

Perrault avait le soin de dresser les mhnaùrei poser eermr à rhistQire naturelle des animaux , à laquelle l'académie dessmenors travaille sur les dissections qu'elle fait. Ces mémoires ont été im« primés à diverses fois , et depuis on en a fait une édition an Lon vre en un seul volume en 1676.

Ce génie de mécanique et de physique n'empêchait point dans Perrault celui des belles-lettres. Il possédait à fond les antevrs anciens grecs et latins, et eût pu se distinguer par cet endroit-là , s'il ne se fût pas trouvé un mérite plus considérable. Il allait même jusqu'à faire agréablement des vers latins et français. En* fin on peut dire qu'il serait très-difficile de trouver nn homme qui eût rassemblé plus de différeiis taleus. Mais ce qu'il y avait en lui de plus estimabJe , c'est qu'il ne tirait aucune vanité de ce qui en aurait donné beaucoup à d'autres. Tout grand fdiysâdcB qu'il était, il n'était nullement entêté de la physique , et il ne regardait ses propres systèiues que comme des probabilitéa qui étaient , à la vérité , le sujet le plus raisonnable sur lequel l'esprit humain pût s'exercer , mais qui ne méritaient pas une

DE PE&RAULT. SaS

créance .tatiare, jQo pffat ^'îimginw comiNeii oelfe ieyréÊtrvmii de l'air dqc;i9atiqiie«i insupportable dan§ presque tous ks aarmin ^et combien sa conversation en était plus aisée et ^lus agreaUe* Quand on a bien du mérile , c'en est le oodnbW qne d'être lait comaae les antres.

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