CHAPITRÉ VI
Qti^il semble que le Système des Causes occasionnelles ne ttiad pas Dieu plus souyerain , <l^ue le Systèn^e cpmmuu de la force mjOUTAiyte des corps.
Les défenseurs des Causes occasionnelles paraissent être bien fiers de ce que dans leur système il n'y ^ point d^autre moteur que Dieu , point de force mouvante qu'en lui : inais je crois que cet avantage.nôus pourra être commun avec eux , pourvu que le système commun de la force des corps soit bien expliqué. Je ne sais si les philosophes qui le soutiennent , m^avoueront du tour que je vais lui donner^
Il est; c^tain que Inexistence des créaturës est une vraie existence,' réellement distinguée de» celle de IHeu , cflà n'est point ^contre sa grandeur ni Côntre«a séuveraineté. Il pourrait donc bien aussi n'être pas contré sa souveraineté et sa grandeur , qu'il y eût danis les créattires une vraée* force mouvante réellement distinguée dé la sienne. ' .
Jusques-la tout est égal ; et tout ce que vous me direz contre la force des créatures , je vôus le rétorquerai contre leur existence. ^ * '
Mais comme rexistence des créatures 4tant dépendante et participée , a u» caractère qui la m^t infiniment au-Klessous de celle de Dieu , aussi leiir^ force mo^yanlte doit avoir quelque csltactère qui ia mette infiniment au-dessçùs de celle qui est^en Dieu.
Cek se découvre sans peii^e.' La force mouvante de Dieu, est celle par laquelle il produit un mouvement qui n'était point t la force riiouvante des créaltirei est celle par laqc^le elles font passer d'un corps dans un
ii6 DES CAUSES
autre , un mouvement qui était déjà , et qu^elles n*ont pas produit. Concevez Dieu et les créatures , à l'égard du mouvement , comme le soleil et les corps transparens ou réfléchissans , à Tégard de la lumière.
Qu'un corps envoie de la lumière en un certain lieu par réfraction ou par réflexion , ce n'est pas lui proprement qui éclaire ce lieu ; c'est toujours le soleil qui seul a produit et a pu produire celte lumière.
Mais ce corps n'a pas laissé de faire comme Cause vé^ ritable, et précisément en vertu de sa nature, que cette lumière fût ici ou là.
11 y a une difierence dans cette comparaison; c'est que comme l'action du soleil est naturellement déterminée à pousser la lumière sur la même ligne droite, un corps transparent ou opaque qui détermine la lumière à prendre une autre ligne, changé quelque chose à Tactiondu * soleil : mais Faction par laquelle Dieu produit le mou- = vement, n'est déterminée qu'à produire tant de mou^ vement dans toute la masse de la matière , et non à enproduire tant dans chaque corps particulier; et par conséquent les corpsqui ne fontque faire passer du mouvement dans d'autres corps particuliers, ne changent rien à Taction de Dieu , en tant qu'elle est déterminée.
C'est en ceia que consiste la réponse que j'avais promise au raisonnement du P. MaUbranche , rapporté dans le chap. III. Il serait indigne de Dieu, et au-dessus de la portée des créatures , qu'elles pussent changer quelque chose à une action de Dieu déterminée , à celle , par exemple , par laquelle il produit et conserve tant de mouvement déterminément dans toute la matière ; mais elles peuvent , sans sortir de leur bassesse , • et sans blester la puissance de Dieu , changer quelque >
OCCASÎONNELLES. ii^ ehose à une action indéterminée, indifférente , et qu'il ne veut qui ait rien d'absolu ni de fixe , telle que celle par laquelle il conserve tant de mouvement en chaque corps particulier.
L'idée que nous donnons ici de la force mouvante des créatures, convient parfaitement avec le principe dons nous faisons dépendre cette féhrce, qui est Timpénétrabilité : vous voyez que de l'impénétrabilité il ne peut pas s'ensuivre qu'un corps produira un mouvement • qui n'était point, mais il s'en ensuivra qu'il fera passer du mouvement dans un autre corps. C'est à cet égard qu'il faut reconnaître les corps pour Causes véritables.
Ainsi Dieu est autant dans notre système le seul i moteur, que dans celui des Causes occasionnelles ; mais il me semble que ce système commun , qui n'est qu'égal à l'autre en ce point,. est au-dessus de lui en tous les autrès que nous avons traités. J'en fais juges tous ceux qui n'auront pas pris pour les opinions nouvelles la même préoccupation oà l'on a été plongé si long-temps, et si ridiculement, à l'égard des anciennes. vérité n'a* ni jeunesse ni vieillesse ; les agrémens de l'une ne la doivent pas iaire aimer davantage , et les rides de l'autre ne lui doivent pas attirer plus de respect.