‹ Œuvres de Francis Jammes (volume 3)Chapitre 1 sur 62 · I. Corinthiens, c. xm · texte numérisé non relu

I. Corinthiens, c. xm

L'enfant aime le bois où le loup mange dans la main de la fée, le château où dans la joie les trompettes des valets retentissent, la cuisine qui s'ouvre sur le parterre où les fleurs ont la mélancolie d'un grand sommeil. Il voit à l'horizon le chemin qui serpente vers le ciel à travers la colline et, à droite et à gauche, des treilles où des vieillards viennent manger du chasselas. A ses yeux la vie éclate comme un diamant taillé à travers quoi chaque créa-

turc ou chaque chose peu à peu apparaît : l'écrcvisse que l'on saisit sous la souche dans le ruisseau, le papillon jaune, la digue, la salade sauvage que l'on déracine avec un couteau. La plus humble pierre lui est comme le palais de Salomon, et le pain de sucre suspendu au plafond de l'épicerie comme le hennin de la reine de Saba qui s'avance entre huit hallebardiers.

Petite et si grande âme d'enfant ! petite comme la serrure par où il regarde l'avenue et les moissons entre les branches, grande comme la brise qui passe par le trou de cette serrure. Il assiste à des fêtes divines, il vit plus de contes que tous ceux qui lui ont été contés. Il déjeune dans une maison de campagne et, dans le vestibule, la fraîcheur pareille à une jeune fille échappe à l'été solennel. Il est midi, le clocher voisin est rongé par la lumière. Il est une heure et l'enfant s'endort, la tête contre son assiette à fleurs où rit un fruit. Il est deux heures et ses cousines l'ont enlevé et transporté endormi sur le lit de repos de la bibliothèque. Les volets pleins laissent fuser en dessous une raie de silence. Il est trois heures, et, réveillé, il va au salon où des êtres pacifiques se nomment

ses père et mère et ses amis. Il est quatre heures et la vallée ressemble à un miroir qui bascule, peuplée par des personnages de l'Histoire Sainte qui habitent des chaumières aux murs épais comme des pains. Il est cinq heures et l'enfant regarde goûter la couturière qui est arrivée à pied, au matin, tenant tout au long de la route un rameau lourd de cerises noires. Et le chat blanc tourne devant le linge blanc.

C'est si beau, la Terre, que l'enfant veut un jour aller au Ciel dont on lui a parlé et qu'il ne distingue pas du firmament qui est au-dessus de sa tête. Quel guide prend-il, sinon sa nourrice qui déjà le tient pour un savant et qui sait bien, d'elle-même, que Dieu est au Ciel et que le ciel est cette nappe bleue de vent qui ne bouge pas et où les oiseaux volent et les branches apparaissent ?

Et il lui dit : je veux que tu m'accompagnes au ciel qui est le Paradis. Et il y a précisément une cabane qui est dans le ciel, parce qu'elle est au sommet de la colline, une cabane qui a nom : Le Paradis.

Et la nourrice qui ne refuse jamais rien à l'enfant de son lait répond : C'est cela, allons au Paradis.

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