‹ Œuvres de François Arago (volume 2)Chapitre 11 sur 79 · TRAVAUX DES INGÉNIEURS MILITAIRES · texte numérisé non relu

TRAVAUX DES INGÉNIEURS MILITAIRES

Lorsque, pour ajouter à la force de nos places de guerre, on eut reconnu la nécessité de soustraire aux coups de l'artillerie des assiégeants les flèches massives à l'aide desquelles on soulevait les ponts-levis ; lorsqu'on voulut rendre la manœuvre de ces ponts tellement facile, qu'un seul homme pût l'opérer, n'a-t-on pas vu les Bergère (1802), les Poncelet (1807), etc., etc., pourvoir à ce besoin avec une simplicité et une élégance dont

l'arme du génie et l'École qui l'alimentait pourront toujours se glorifier?

On peut être divisé sur le mérite stratégique des fortifications de Paris, particulièrement en ce qui concerne les forts détachés ; mais personne ne niera que ce travail colossal n'ait été exécuté avec une économie, une promptitude et une habileté vraiment remarquables.

A qui faut-il attribuer ce mérite? Chacun a répondu aux Vaillant (1807) actuellement maréchal de France, aux Dupau (1802), aux Noizet (1808), aux Daigremont (1809), aux Charon (1811), aux Allard (1815), aux Ghabaud-Latour (1820), qui, à leur début, étaient élèves de notre École nationale.

TRAVAUX DE L ' A RTI L L E R I E.

Notre matériel a reçu depuis une trentaine d'années les modifications les plus importantes. Les pièces de campagne, montées sur les avant-trains, se plient comme des serpents aux ondulations des terrains les plus accidentés, et les pièces tout attelées peuvent aller se mettre en batterie dans des stations où jadis elles ne seraient parvenues qu'avec beaucoup de lenteur et après des efforts inouïs. L'artillerie de montagne, de siège, de place et de côte a reçu des perfectionnements au moins aussi grands, par suite de l'adoption de dispositions nouvelles dues à M. Piobert (1813). Le public admire la perfection de ce matériel. Son étonnement ne fera qu'augmenter lorsque je lui apprendrai que cet immense travail a été exécuté clans les meilleures conditions de résistance , chose

si importante en pareille matière, par d'anciens élèves de notre École polytechnique, et, il faut le dire, à l'aide des moyens souvent imparfaits qu'offraient nos arsenaux.

Malgré les sérieuses études faites par l'immortel Yauban, la démolition des remparts d'une ville par l'assiégeant avait exigé jusqu'ici un nombre prodigieux de coups de canon. Le général de division Piobert, que nous venons de citer, conçut théoriquement la pensée qu'on pourrait beaucoup réduire le nombre de coups nécessaire pour atteindre le but, et même pour rendre la brèche praticable, en dirigeant les projectiles, non plus au hasard comme on le faisait jadis , mais en suivant les côtés de parallélogrammes de dimensions déterminées. Des expériences , exécutées à Bapaume , ont montré la complète efficacité de l'idée de l'ancien élève de l'École polytechnique.

Le tir des armes à balles forcées a acquis, de nos jours, une justesse inespérée. Un célèbre général d'artillerie, devenu maréchal de France, me disait à son retour d'Alger:

« Le rôle de l'artillerie dans les batailles me paraît fini, si l'on ne parvient pas à perfectionner le tir du canon, comme on a fait de celui de la carabine; avant que les canonniers soient arrivés à la distance où ils peuvent se mettre utilement en batterie, ils seront tous atteints par les coups de la carabine meurtrière. »

Le perfectionnement que le maréchal Valée regardait

presque comme impossible est sur le point d'être réalisé,

grâce à l'ingénieux procédé mis en pratique par M. Ta-

misier (1828). Le boulet ira désormais frapper aussi

juste et d'aussi loin que les balles allongées cylindroconiques.

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