TRAVAUX DE MÉCANIQUE PRATIQUE
Le jaugeage exact des eaux courantes, lorsqu'elles passent par des orifices de grandes dimensions diversement conformés , est un des plus grands besoins de l'hydraulique pratique. C'est par une appréciation rigoureuse du débit liquide qu'on peut évaluer sans équivoque la puissance des moteurs employés dans une multitude d'usines. Les expériences commencées par MM. Poncelet (1807) et Lesbros (1808), et terminées par ce dernier, fourniront désormais aux ingénieurs les données dont ils avaient manqué jusqu'ici.
Les industriels ne seront plus exposés à des procès ruineux et interminables, et c'est à l'ancienne École polytechnique qu'ils en seront redevables.
Les usines, les arsenaux de l'État ont été presque tous placés sur des cours d'eau. L'eau est devenue ainsi la force inotrice principale des grands établissements industriels de la Guerre et de la Marine; on a senti, il y a quelques années, la nécessité de donner à cette force toute l'intensité que les circonstances comportaient. Le premier qui soit entré dans cette route est le môme M. Poncelet (1807), dont le nom a déjà deux fois figuré dans cet inventaire. Personne n'ignore le parti qu'on a tiré de la machine hydraulique que la reconnaissance des industriels a appelée la roue Poncelet.
Les machines à vapeur étalent tous les jours leur puissance aux yeux d'un public enthousiaste. Elles ont, il faut l'avouer, l'inconvénient d'être sujettes à des explosions dont les conséquences sont aussi effrayantes que déplorables. Lorsque le gouvernement, dans sa sage prévoyance, a voulu prescrire aux constructeurs des moyens de sûreté, quels ont été les expérimentateurs qui lui ont fourni les données nécessaires? D'abord M. Dulong 4 (1801), ensuite M. Regnault (1830). Ajoutons que, dans leurs essais, ces deux savants illustres s'exposaient à se faire sauter, dans la vue d'épargner un pareil malheur à leurs concitoyens.
1. M. Arago a été le collaborateur assidu de son confrère M. Dulong clans les recherches entreprises, par ordre de l'Académie des sciences, pour déterminer les forces élastiques de la vapeur d'eau à de hautes températures, dont il est ici question.
Les praticiens savent quelles économies de combustible résultent, dans l'emploi des machines à vapeur des locomotives, de ce qu'on appelle l1 avance de la soupape. Les règles pratiques d'après lesquelles les constructeurs se dirigent aujourd'hui sont dues, en grande partie, aux travaux de M. Clapeyron.
Une de nos principales mines métalliques, la mine de lïuelgoat, dans le département du Finistère, était naguère menacée d'un abandon complet. Le niveau des eaux s'y élevait d'année en année; il fallait sans retard opposer un remède efficace à ce progrès. La machine d'épuisement, construite parles soins de M. Juncker (1809), a atteint parfaitement le but. C'est un modèle de conception et d'exécution. Il ne lui manque, pour occuper la place distinguée qu'elle mérite dans l'admiration du monde, que d'être dans une localité plus fréquemment visitée par les hommes compétents.
Les machines dont on se sert pour draguer la vase qui est déposée incessamment dans les avant-ports en communication avec des rivières limoneuses, furent, à l'époque où on les imagina, une invention remarquable de M. Hubert (1797).
Celui de nos établissements industriels que les praticiens voient avec le plus de satisfaction, est le vaste atelier situé à Paris, rue Stanislas, consacré à la fabrication des voitures de nos diligences publiques, et, plus tard, à celle des wagons des chemins de fer. Là, toutes les ressources de la mécanique pratique sont mises en œuvre de la manière la plus intelligente; là, grâce aux moyens nouveaux qu'on y trouve réunis, tout marche avec une
régularité et une exactitude qui ont toujours fait l'admiration des connaisseurs. Le créateur de ce vaste établissement est M. Arnoux, de la promotion de 1811.
M. Arnoux, dont nous venons d'écrire le nom, sera toujours honorablement cité dans l'histoire des chemins de fer pour l'invention de ses trains articulés. A l'aide de cette invention très-ingénieuse, les locomotives et les wagons peuvent se prêter à la circulation dans les routes les plus sinueuses, comme on le voit dans le chemin de fer de Paris à Sceaux. Peut-être l'habitude prise et la routine ont-elles seules empêché jusqu'ici ce système de se généraliser; en tout cas, il restera comme un témoignage vivant du génie inventif de son auteur.
S'il est une manufacture de machines qui puisse entrer sans désavantage en parallèle avec les plus grands établissements du même genre dont s'enorgueillissent nos voisins d'Outre-Manche, c'est sans contredit l'usine d'Indret , située dans une île de la Loire , à quelque distance de Nantes. A lndret , le visiteur admire également et la puissance des moyens de travail, et la beauté des résultats obtenus, et la disposition intelligente qu'on a donnée à toutes les parties de ce vaste ensemble pour les faire concourir au même but. Eh bien, l'usine d'Indret a toujours vu à sa tête des élèves de l'École polytechnique choisis parmi ceux qui s'étaient montrés les plus forts en théorie.
Pour peu qu'on ait jeté un coup d'œil sur le matériel roulant d'un chemin de fer, on a dû remarquer quel rôle essentiel y jouent les ressorts simples ou multiples. Cette partie importante de l'art n'avait pas, jusqu'à ces der-
niers temps, appelé autant qu'elle le mérite l'attention des constructeurs. Les règles posées par M. Phillips (1840), à la suite d'un travail savant et minutieux, sont actuellement suivies dans tous les ateliers des usines consacrées aux nombreux objets que consomme l'industrie si développée des chemins de fer.
M. Lechatellier (1834), chargé de la direction du matériel roulant de plusieurs chemins de fer, a signalé le premier la cause des perturbations qui résultent dans le mouvement, de la masse des parties mobiles, et il a indiqué les moyens de les détruire ou du moins de les atténuer beaucoup. L'ouvrage que cet ingénieur a publié en collaboration avec trois de ses amis, intitulé : Guide du Mécanicien constructeur et conducteur de locomotives, est le manuel le plus parfait que puissent aujourd'hui consulter les praticiens.
Les personnes qui vont en Allemagne ou qui en viennent, feront bien de s'arrêter à Strasbourg pour y visiter la Manufacture des tabacs établie par les soins de M. Rolland (1832). La vue de tant d'ingénieuses mécaniques leur prouvera que la pratique peut s'allier parfaitement aux connaissances théoriques les plus élevées.
Il y aurait , dans ce tableau des services pratiques de tous genres rendus au pays par d'anciens élèves de l'École polytechnique, une lacune impardonnable, si je négligeais de mentionner l'atelier d'instruments de précision dirigé par M. Froment (1835). Là, le visiteur voit avec admiration les principes les plus subtils de la science transformés en procédés industriels d'une précision extrême, soit lorsqu'il s'agit d'exécuter des instru-
ments d'astronomie, de marine, de géodésie de toutes dimensions, soit lorsqu'il faut produire des appareils qu'on ne saurait tirer des fabriques où l'on exécute la grande mécanique.