‹ Œuvres de François Arago (volume 2)Chapitre 16 sur 79 · ARTS CHIMIQUES · texte numérisé non relu

ARTS CHIMIQUES

Je ne fais pas aux lecteurs l'injure de supposer qu'ils ignorent le rôle important que joue l'acide sulfurique dans les travaux d'un grand nombre de manufactures; mais peut-être ne savent-ils pas aussi bien que les procédés employés anciennement pour la fabrication de cet acide ont été perfectionnés d'une manière remarquable, par les soins du chimiste théoricien Gay-Lussac (1797). Ce savant illustre est parvenu à absorber les vapeurs malfaisantes qui se dégageaient jadis des appareils, et il a rendu ainsi la fabrication de l'acide beaucoup plus économique et possible en tout lieu.

Pour analyser les alliages d'argent et de cuivre, on se servait anciennement du procédé long et coûteux connu sous le nom de coupellation. Ce procédé est maintenant remplacé avec avantage, dans tous les pays, par une méthode d'analyse infiniment plus exacte, plus rapide, moins dispendieuse, de l'invention de Gay-Lussac.

Les connaissances théoriques de cet illustre chimiste ne l'empêchèrent pas de donner à l'administration publique les moyens les plus précis que l'on connaisse de déterminer la quantité d'alcool absolu contenue dans les liquides soumis aux droits d'octroi à l'entrée des grandes villes, comme aussi d'inventer les procédés pra-

tiques et élégants si utiles et si bien appréciés des industriels, qui constituent aujourd'hui l'alcalimétrie et la chlorométrie.

M. Becquerel (1806) a substitué dans la fabrication du carbonate de soude, le sel gemme à celui qui est obtenu par l'évaporation de l'eau de mer. Son procédé est mis en usage, depuis sept ans, dans l'usine de Dieuze, avec un succès complet auquel des chimistes manufacturiers très-habiles avaient refusé de croire. Déjà antérieurement, M. Becquerel avait fait connaître une méthode électrochimique pour le traitement des minerais d'argent, de cuivre et de plomb. Ce traitement , qui n'exige pas l'emploi du mercure, n'est point devenu usuel au Mexique, seulement à cause du prix élevé du sel dans l'intérieur de cette république.

Tout fait espérer que l'industrie tirera un jour un parti avantageux de l'application de la malachite artificielle obtenue à l'aide des moyens décrits par le même physicien célèbre.

L'acide sulfurique particulier et fort employé dans la teinture, qu'on appelle l'acide sulfurique fumant ou de Nordhausen, n'était fabriqué qu'en Saxe. Grâce aux recherches de M. Bussy (1813), la composition de cet acide étant aujourd'hui parfaitement connue, nos manufacturiers n'ont plus besoin de le faire venir de l'étranger ; ils peuvent se le procurer même dans la banlieue de Paris, à Montrouge par exemple, où il est fabriqué de toute pièce.

Les propriétés décolorantes du charbon animal jouent un rôle important dans le raffinage du sucre ordinaire et

du sucre de betterave. Le mode d'action de ce charbon spécial a pour la première fois été analysé en 1822, par M. Bussy, et il en a déduit ce résultat pratique d'une importance capitale, que le même charbon, à l'aide de préparations convenables, peut servir indéfiniment. Le travail de M. Bussy peut être considéré comme le point de départ de toutes les améliorations qui ont été introduites dans l'emploi du noir animal pour la préparation des substances saccharines.

A-t-on pu transporter aux portes de Paris la fabrication de la céruse? On le doit à M. Roard (179ft).

Les teinturiers et les peintres sont-ils maintenant en possession d'un outremer qu'ils achetaient jadis au poids de l'or, et dont le prix est aujourd'hui très-modéré? C'est à M. Guimet (1813) qu'ils en sont redevables.

La production artificielle des pierres fines était naguère placée parmi les pures utopies. Les résultats obtenus récemment par M. Ebelmen montrent qu'on aurait tort de s'abandonner à ces idées décourageantes. Des rubis ont été produits artificiellement sur d'assez grandes dimensions, et sont doués des mêmes propriétés que celles de ces pierres fines que la nature avait engendrées à l'aide de forces mystérieuses et du temps qui ne lui coûte rien.

Parmi les savants de notre époque, celui qui s'est occupé avec le plus de suite, de persévérance, de succès, de la partie spéculative des sciences mathématiques et physiques, est, sans contredit, l'illustre doyen de notre Académie, M. Biot , de la promotion de 1794. N'est-ce pas lui, cependant, qui a fait surgir de ses belles expé-

ricnces sur la polarisation rotatoire la première idée du saccharimètre et même les moyens pratiques de déterminer d'un coup d' œil, jour par jour, et pour ainsi dire heure par heure, les résultats des traitements auxquels on soumet les personnes affectées de diabète?

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