TRAVAUX D'OPTIQUE
Je dirai très-peu de mots des découvertes qu'Herschcl a faites en physique. Tout le monde, en effet, les connaît. Elles ont passé dans les traités spéciaux, dans les ouvrages élémentaires, dans l'enseignement; on doit les considérer comme le point de départ d'une multitude de travaux importants dont les sciences se sont enrichies depuis quelques années.
La principale de ces découvertes est celle de la chaleur rayonnante obscure qui se trouve mêlée à la lumière.
En étudiant les phénomènes, non plus avec l'œil, comme Newton, mais avec un thermomètre, Herschel a découvert que le spectre solaire se prolonge , du côté du rouge , bien au delà des limites visibles. Le thermomètre montait plus, quelquefois, dans cette région obscure qu'au milieu des zones brillantes. La lumière du Soleil renferme donc , outre les rayons colorés si bien caracté-
risés par Newton , des rayons invisibles , moins réfrangibles encore que le rouge, et dont le pouvoir échauffant est très-considérable. Un inonde de découvertes est venu se grouper autour de ce premier fait.
La chaleur obscure émanant des objets terrestres plus ou moins échauffés, devint aussi l'objet des investigations d'Kerschel. Son travail contenait les germes d'un bon nombre de très-belles expériences qui ont été faites de nos jours.
En plaçant successivement les mêmes corps dans toutes les parties du spectre solaire, Herschel détermina les facultés éclairantes des divers rayons prismatiques. Le résultat général de ces expériences peut être énoncé ainsi :
La faculté illuminante des rayons rouges n'est pas trèsgrande; celle des rayons orangés la surpasse, et est surpassée à son tour par la faculté des rayons jaunes. Le maximum d'éclairement est entre le jaune le plus vif et le vert le plus pâle. Le jaune et le vert jouissent de ces propriétés au même degré. Une semblable assimilation peut être établie entre le bleu et le rouge. Enfin , le pouvoir éclairant de l'indigo et surtout du violet sont trèsfaibles.
Les Mémoires d' Herschel sur les anneaux colorés de Newton renferment une multitude d'expériences exactes, qui, toutefois, ont peu contribué à faire progresser la théorie de ces curieux phénomènes. J'apprends de bonne source que le grand astronome en portait le même jugement. C'était, disait-il, la seule fois qu'il dût regretter d'avoir, suivant sa constante méthode, publié des travaux au fur et à mesure de leur exécution.
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La vie scientifique de John Brinkley, correspondant de l'Académie des sciences de l'Institut de France, s'étant passée presque tout entière à Dublin , on croit généralement que ce grand astronome était Irlandais; mais c'est une erreur : Brinkley naquit de parents anglais en 1703, à Woodbrige (Suflblk). Il fit ses études au Caïus collège de Cambridge, où d'éclatants succès le signalèrent de bonne heure à l'attention des amis des sciences. Dans un concours pour la plus haute dignité universitaire qui puisse être accordée aux élèves, celle de senior lorangler, il l'emporta sur tous ses concurrents, au nombre desquels se trouvait Malthus, devenu depuis si célèbre par le grand ouvrage sur la population. Pourvu bientôt après d'un fellotcslnp, Brinkley se livra avec ardeur à l'enseignement, dans ce même Caïus collège, dont il avait, comme élève, augmenté la renommée.
En quittant Cambridge il alla occuper, à l'Université de Dublin , la chaire d'astronomie devenue vacante par la mort de Uscher. Les archives de l'Observatoire , les Mémoires de l'Académie d'Irlande, les Transactions de la Société royale de Londres, ont recueilli les fruits précieux de son zèle infatigable. Dans chacun des écrits de Brinkley on trouve l'historien fidèle, l'ami sincère de la vérité, l'observateur exact, le profond mathématicien. Également fiers du savoir et du caractère d'un tel collègue, les académiciens irlandais le placèrent à leur tête, avec le titre de président perpétuel. Dans l'année 1827,
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le gouvernement lui-même donna à Brinkley la plus haute marque de confiance : il le nomma évêque protestant de Cloyne. Ce siège épiscopal avait déjà été occupé par un homme célèbre, par le métaphysicien Berkeley. Ses revenus sont très - considérables. On dut certainement regretter que Brinkley consentît à échanger contre des biens périssables attachés à la dignité ecclésiastique, les découvertes scientifiques qui l'attendaient dans sa première carrière ; en tous cas , aucun de ceux qui le connaissaient ne lui fit l'injure de voir dans son acceptation autre chose qu'un acte de conscience. A partir du jour où il fut revêtu de l'épiscopat, l'homme dont toute la vie avait été consacrée jusque-là à la contemplation du firmament et à la solution des questions sublimes que recèlent les mouvements des astres, divorça complètement avec ces douces, avec ces entraînantes occupations, pour se livrer sans partage aux devoirs de sa charge nouvelle. Afin d'échapper, je suppose, à la tentation, l'ex-directeur de l'Observatoire royal d'Irlande, Yex-andreiv's professor d'astronomie de l'Université n'avait pas même dans son palais la plus modeste lunette. On doit la révélation de ce fait presque incroyable, à l'indiscrétion d'une personne qui s' étant trouvée chez l'évêque de Cloyne un jour d'éclipsé de Lune, eut le déplaisir, faute d'instruments, de ne pouvoir suivre la marche du phénomène qu'avec ses yeux.
Brinkley est mort à Dublin , le 13 septembre 1835, à l'âge de soixante-douze ans. Ses restes inanimés ont été suivis avec le plus profond recueillement par toutes les personnes consacrées à l'étude que renferme la capi-
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taie de l'Irlande ; on les a déposés dans la chapelle de l'Université. Le catalogue bibliographique suivant fera, je l'espère, suffisamment apprécier l'astronome, le professeur, le géomètre. Quant à l'homme moral, pourrais-je rien dire de plus significatif que ces simples paroles d'une lettre qui m'a été adressée par un de ses compatriotes :
« Je ne pense pas que jamais personne ait été plus universellement regretté. J'ose affirmer que Brinkley n'avait pas un seul ennemi! Brinkley habitait cependant cette malheureuse Irlande, foyer de tant de passions ardentes, de tant de haines implacables, de tantde cruelle smisères! »
L'Académie des sciences de Paris avait voulu se l'attacher en le nommant correspondant en 1820.