SUR L'ANCIENNE ÉCOLE POLYTECHNIQUE
Des raisons particulières sur lesquelles il serait inutile de s'étendre, m'ont décidé à publier séparément cette partie de la Biographie qui a été lue en séance publique. J'ai cru alors que les circonstances me commandaient une digression à propos d'un établissement qui nous fut si cher à Gay-Lussac et à moi. J'ai ajouté des développements à ceux que j'avais réunis pour la biographie de mon ami, et je laisse mon travail comme un acte de reconnaissance envers une École qui a produit tant d'hommes distingués.
Après avoir été amené par mon sujet à écrire si souvent dans un seul paragraphe les mots École polytechnique, ces mots si doux aux oreilles de Gay-Lussac, j'ai cru entendre en songe la parole solennelle de l'illustre chimiste : « Mon cher confrère, me disait-il, ne négligez pas de profiter de l'occasion unique qui vous est offerte pour vous livrer à un examen sérieux de l'état précaire dans lequel se trouve aujourd'hui notre brillante École. Je sais très-bien que, dans le cadre resserré qui vous est tracé d'avance, vous ne pourrez pas traiter la question complètement. Au reste, que l'intérêt général prime toute autre considération. Sacrifiez sans scrupule, pour attein-
cire le but que je vous indique , tous les détails relatifs à ma vie privée, et même, s'il le faut, les analyses de mes principaux Mémoires. »
Je suivrai la route que Gay-Lussac a semblé me tracer, sans croire faire preuve de hardiesse. Le gouvernement ne peut avoir au fond qu'un but : celui d'améliorer un établissement d'où sortent les ingénieurs destinés à diriger tous les travaux civils et militaires que l'État fait exécuter. Il doit conséquemment désirer que chacun lui apporte le tribut de ses lumières. Ce sera à lui de choisir dans sa sagesse entre les diverses opinions qui auront pu se produire.
Les plus méticuleux remarqueront, d'ailleurs, qu'aucune décision définitive ayant force de loi n'a été prise jusqu'à présent sur l'objet en question, et qu'en déposant ici l'expression sincère et désintéressée de mes convictions, je ne cours nullement le risque de porter atteinte au principe d'autorité, qu'il est si nécessaire de maintenir intact, quelque opinion qu'on professe. Je suis, il est vrai, exposé à me heurter contre les systèmes d'un petit nombre de savants et d'ingénieurs auxquels le ministère a pu, pour un moment, confier ses pleins pouvoirs, mais sans leur donner le privilège de l'infaillibilité. Ceci bien entendu, je vais pénétrer dans le cœur de la question.
Le gouvernement, ayant prêté l'oreille aux critiques sans cesse renouvelées de personnes dont la compétence devait lui paraître évidente, choisit une Commission pour s'occuper des améliorations qu'on pourrait apporter surle-champ à l'organisation d'une École qui; dans Tinter-
valle de plus de cinquante ans, avait déjà subi bien des transformations.
Cette Commission, dans son entraînement, n'a-t-elle pas dépassé le but? Les changements radicaux qu'elle préconise, et dont plusieurs ont déjà été rejetés comme inapplicables, sont-ils tous conformes à l'intérêt public? Telle est, sans déguisement aucun, la question que j'ai à examiner, et que les opinions bien connues de Gay-Lussac m'aideront à résoudre.
Peut-être aura-t-on la bonté de remarquer que, professeur à l'École pendant près d'un quart de siècle, et ayant été amené par des circonstances de force majeure à y faire quatre ou cinq cours différents, je pouvais me croire autorisé à émettre une opinion sur le régime intérieur de l'établissement et sur les programmes.
C'est à l'École polytechnique, où j'étais élève en 1803, que je suis redevable, suivant toute apparence, de l'honneur de porter la parole aujourd'hui devant vous; le sentiment de reconnaissance que ce souvenir m'inspire serait suffisant pour me faire pardonner quelques erreurs d'appréciation, s'il était vrai que j'en eusse commis.
L'École polytechnique, successivement améliorée sous les inspirations des Lagrange, des Laplace, des Monge, des Berthollet, des Legendre, était aux yeux de Gay-Lussac, sous le point de vue de l'instruction, une des institutions les plus parfaites que les hommes eussent jamais créées. Sa conviction était si entière à ce sujet, qu'il ne voyait pas sans un très-vif regret que les jeunes gens destinés aux services publics profitassent seuls d'un cours d'étude si profond, si complet, si bien ordonné. Il aurait volon-
tiers changé de fond en comble le régime intérieur de l'École, pour permettre à toute la jeunesse, sans distinction, de profiter des trésors de science qui tous les jours étaient étalés devant des élèves privilégiés.
Un ingénieur, directeur d'une grande usine, est depuis longtemps en possession d'un moteur qui y met tout en action. On lui propose de le remplacer par un mécanisme différent. S'il est sage, il se rappelle alors cet adage du fabuliste :
Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras.
Pour ne pas se jeter étourdiment dans les aventures, il examine avec la plus scrupuleuse attention la nouvelle invention, et consulte sur les inconvénients vrais ou apparents de l'ancienne, ses contre-maîtres, ses ouvriers, et jusqu'aux simples manœuvres; c'est alors seulement qu'il prononce. Cette marche, si je ne me trompe, devrait être celle de tout gouvernement à qui l'on demande de substituer une nouveauté, douée, suivant les inventeurs, de tous les avantages imaginables, à une organisation que l'expérience a déjà consacrée.
De tels changements s'établissent sur des bases solides, alors seulement que l'opinion les avait déjà réclamés par toutes les voies de la publicité. En cette matière, arriver un peu tard ne saurait être un mal, car, dans des mouvements désordonnés, on a souvent, à son insu, marché à reculons au lieu de progresser. Je n'ignore pas que l'ancienne École polytechnique a été critiquée par des délégués de quelques écoles d'application ; mais est-il bien certain que ces critiques, scrupuleusement examinées, ne
retombassent pas sur ces écoles elles-mêmes? Je me bornerai à cette seule remarque, car je ne veux pas voir dans ces réclamations un moyen stratégique fort en usage à la guerre, celui de détourner l'attention de l'ennemi des points faibles : on devient assaillant afin de n'être pas attaqué soi-même dans les régions où l'on se serait mal défendu.
La Commission chargée de réorganiser l'École polytechnique renferme des hommes éminentset d'un mérite universellement reconnu; plusieurs sont sortis de cette École dont l'avenir est aujourd'hui dans leurs mains ; ils doivent donc savoir que, dès le moment de la publication des nouveaux programmes, des professeurs et examinateurs illustres , ne voulant pas concourir à leur exécution, soit dans l'intérêt de la science, soit dans celui de leur dignité, donnèrent leur démission; que d'autres manifestent hautement l'intention de suivre cet exemple lorsqu'ils en trouveront l'occasion. La presque unanimité des anciens élèves , occupant aujourd'hui dans la société les positions les plus variées et les plus éminentes, désapprouvent les réformes préconisées, comme nuisibles aux services publics et surtout à l'enseignement mathématique , l'une des gloires de la France. Dira-t-on que le pays réclamait ces réformes? Je ferai observer que le public a toujours couvert de son bienveillant patronage un établissement dont on a pu dire avec raison que c'était plus qu'une École, que c'était une Institution nationale. C'est à ce patronage vif et persistant que fut due la conservation de l'École à diverses époques, pendant les temps malheureux que nous avons traversés. L'opinioh
publique se fait jour à ce sujet dans toutes les circonstances. Ainsi, on dit généralement, École de droit, École de médecine, École des arts et manufactures, École de marine, École d'État-major ; mais quand il s'agit de la création de Monge, on se contente du mot générique d'École. Les locutions : Je suis élève de l'École, je suis sorti de l'École en telle année, sont parfaitement comprises de tout le monde; elles signifient implicitement : J'appartiens ou j'ai appartenu à la première École dont le pays puisse s'honorer.
Croyez-vous, Messieurs les réformateurs, que la question dont vous êtes saisis fût nouvelle? Vous seriez dans une grande erreur.
Des généraux, dont tout l'avancement s'était fait sur les champs de bataille , des généraux , très-braves canonniers, mais nullement artilleurs, harcelaient sans cesse l'Empereur de leurs doléances sur ce qu'ils appelaient les tendances trop scientifiques des officiers sortis de l'École polytechnique.
Napoléon avait dit que la répétition est la plus puissante des figures de rhétorique ; il éprouva lui-même en cette circonstance la vérité de son adage. Les plaintes des vieux canonniers, évidemment suggérées par un sentiment de jalousie, avaient fini par faire quelque impression sur «on esprit, et il témoigna plusieurs fois lavelléité de réduire, du moins quant aux élèves qui se destinaient à l'artillerie, le nombre et la rigueur des épreuves; mais il renonça à ce projet, qui l'aurait mis en désaccord avec l'opinion unanime de la pléiade de savants illustres, fondateurs des études polytechniques. D'ail-
leurs, il eût suffi pour ébranler sa résolution , si jamais elle eût été sérieusement adoptée, du souvenir des services de tout genre que lui avaient rendus les élèves de l'École, particulièrement pendant l'expédition d'Egypte. Deux mots encore, et il sera ensuite impossible d'invoquer l'imposante autorité à l'ombre de laquelle on semblait vouloir s'abriter. L'Empereur, parvenu au faîte de la gloire et de la puissance, choisissait pour ses principaux officiers d'ordonnance, d'anciens élèves de l'École, comme Gourgaud, Athalin, Paillou, Laplace, etc., et, dans le cercle de- ses entreprises militaires, il prenait comme confidents de ses plus secrètes pensées et comme juges définitifs, lorsqu'il s'agissait des moyens de vaincre les difficultés qui pouvaient se présenter à lui, des généraux et des colonels de la même origine, les Bertrand, les Bernard, etc.
Napoléon disait enfin à Sainte-Hélène , que l'Ecole polytechnique fut réorganisée par Monge après le 18 brumaire, et que les changements opérés reçurent la sanction de l'expérience; il ajoutait (je cite textuellement) : « L'École polytechnique était devenue l'école la plus célèbre du monde. » Il attribuait à l'influence exercée par ses élèves, la haute supériorité que l'industrie française avait acquise. Ainsi, Napoléon ne figurera plus dans le débat, si ce n'est comme un adversaire décidé des systèmes qu'on cherche à faire prévaloir.
Ah ! si le ciel eût accordé à Gay-Lussac une plus longue vie, nous l'eussions vu, sortant de sa réserve habituelle, se présenter hardiment devant les commissaires chargés de réviser les programmes polytechniques. Là,
il se serait écrié, avec l'autorité que donne toujours un grand savoir uni au plus noble caractère :
« De quoi peut-on se plaindre? trouverait-on par hasard que l'École polytechnique n'a pas rendu d'éminents services aux sciences? Quelques noms propres et rénumération des plus brillantes découvertes réduiraient une telle imputation au néant. Je sais, eût ajouté notre confrère, qu'on a prétendu, oubliant sans doute que des écoles d'application existaient pour compléter l'instruction théorique commune, donnée aux futurs membres des corps savants ; je sais qu'on a affirmé que les cours polytechniques étaient beaucoup trop théoriques; eh bien, qu'on me cite un travail de pure pratique qui n'ait trouvé, pour l'exécuter admirablement, un de ces théoriciens qui n'étaient préparés, disait-on, que pour recruter les Académies. »
Gay-Lussac, sachant que des citations bien appropriées sont le meilleur moyen d'éclaircir les questions litigieuses, eût continué ainsi : « Messieurs de la Commission, placez-vous en première ligne , comme je dois le supposer, les créations destinées à préserver la vie de nos semblables? Écoutez ceci : de nombreux, de déplorables naufrages avaient fait sentir à la marine le besoin impérieux d'éclairer nos côtes par des feux intenses et d'une grande portée. M. Augustin Fresnel conçoit la possibilité de substituer des combinaisons catadioptriques aux réflecteurs paraboliques en métal dont on avait fait exclusivement usage jusque-là. Il imagine les moyens de construire, avec des morceaux de verre isolés, des lentilles des plus grandes dimensions, communique ses procédés aux artis-
tes, les dirige lui-même, et, à la suite des immortels travaux de l'élève de l'ancienne École polytechnique, la France possède les plus beaux phares de l'univers.
« Attachez-vous avec raison, messieurs de la Commission, un très-grand prix aux considérations budgétaires? Désirez-vous qu'on exécute de grands travaux le plus économiquement possible, c'est-à-dire sans augmenter les impôts , sans priver le pauvre des derniers centimes acquis à la sueur de son front? Méditez ces quelques lignes, et dites si, sur ce point particulier, l'École polytechnique a manqué à son mandat?
« En 1818, il s'opéra en France une révolution capitale dans l'art de bâtir. On connaissait très-anciennement quelques gîtes isolés de chaux hydrauliques, en d'autres termes, de chaux se solidifiant rapidement dans la terre humide et même dans l'eau. Nos pères avaient aussi reconnu les propriétés des pouzzolanes et de divers ciments; mais ces matières, dont le transport à grande distance élevait considérablement le prix vénal, ne pouvaient être employées que dans un très-petit nombre de cas. Grâce aux travaux persévérants, je ne dis pas assez, grâce aux découvertes de M. Vicat, les chaux hydrauliques, les pouzzolanes, les ciments romains peuvent être préparés en tous lieux. Un document législatif qui n'a pas été contredit, qui ne pouvait pas l'être, portait à 200 millions l'économie qui, dans le court espace de vingt-six ans, avait été, pour les seuls travaux dépendants des ponts et chaussées, le fruit des inventions pratiques de l'élève de l'ancienne École polytechnique. Joignez-y maintenant les travaux faits sous la direction de
l'État depuis 18M , les travaux exécutés par les particuliers, tenez le compte le plus modéré des économies résultant du temps et de la durée, et ce sera par des milliards qu'il faudra remplacer les 200 millions, évaluation contenue dans le rapport officiel fait à la Chambre des députés en 1845.
« Prisez-vous surtout, Messieurs les commissaires, la grandeur et la magnificence, quand elles sont unies à l'utilité ? Eh bien , cherchez , et , dans le monde entier , vous ne trouverez pas un travail qui réunisse à un plus haut degré ces qualités, que celui dont on est redevable à un élève théoricien de notre ancienne École. Une ville du Midi était, de temps immémorial, privée de l'eau nécessaire à la consommation de ses habitants, à la salubrité de ses places, de ses rues ; sa campagne était brûlée par le soleil ! Un homme conçoit la pensée hardie de conduire dans cette ville déshéritée, non plus de simples filets de liquide, mais une partie notable d'un fleuve qui, prenant sa source dans les Alpes, n'était connu jusque-là que par les ravages qu'il occasionnait dans son cours torrentiel. Mais, si l'art moderne ne devait pas reculer devant l'exécution de cette idée, elle semblait au-dessus des nécessités du budget ; il fallait , en effet , que le lit artificiel, devenant en quelque sorte aérien, traversât une large vallée, à la hauteur de 83 mètres, c'est-à-dire le double de la hauteur de la colonne de la place Vendôme. Ce projet, d'une réalisation en apparence si difficile, est exécuté, grâce à l'audace et à l'habileté pratique de M. Montricher. L'aqueduc de Roquefavour, construit par les moyens les plus ingénieux, où l'on voit partout ce
qui jadis eût été un obstacle , devenir un principe de réussite, laisse bien loin derrière lui les plus beaux ouvrages exécutés par les Romains, même le célèbre pont du Gard; la Durance, enfin, à qui la nature avait semblé tracer son lit pour l'éternité, verse une grande partie de ses eaux dans la magnifique ville de Marseille, et, à la grande satisfaction de ses habitants, va porter la fraîcheur et la fécondité dans des campagnes qui semblaient vouées à une éternelle stérilité.
« Enfin, se fût écrié notre ami, je ne veux laisser dans l'obscurité aucune face de la question; je sais que la difficulté vaincue est ce qui frappe particulièrement les hommes, et qu'on prétend réserver le privilège de renverser les obstacles imprévus à des ingénieurs purement praticiens ; faites avec moi une petite excursion à Alger, et vous y verrez d'anciens élèves de l'École, malgré les prétendues indigestions de mathématiques, de physique et de chimie auxquelles on les avait astreints dans leur jeunesse, réussir dans les plus difficiles des entreprises, dans les constructions à la mer. Tout nous porte à espérer que la régence d'Alger est définitivement réunie à la France et que cette côte inhospitalière ne verra plus des forbans, d'infâmes pirates, sortir furtivement de ses ports, de ses anses, de ses criques, et se précipiter comme des bêtes fauves sur les pacifiques navires du commerce qui sillonnent la Méditerranée. En tous cas , à l'exemple des peuples de l'antiquité, nous aurions laissé dans le nord de l'Afrique des monuments de notre puissance dignes de l'admiration des siècles. Citons en particulier le môle d'Alger, construit par 16 mètres de profondeur d'eau. Ce
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travail, le plus considérable qui ait jamais été exécuté à la mer, a toujours été dirigé par d'anciens élèves de l'École. Dans l'exécution de ce môle gigantesque, on fait usage de procédés dont nous pourrons ici revendiquer l'invention pour nos élèves théoriciens, s'il est vrai que la découverte d'une vérité perdue puisse être assimilée à la découverte d'une vérité nouvelle. Pour que le môle résistât aux coups furieux de la mer soulevée par les vents du nord , il fallait le former de roches du plus grand volume. Mais de pareilles roches n'existent qu'à une grande distance d'Alger. Leur transport eût été très- dispendieux, et les finances de l'État n'y auraient pas suffi. C'est alors que l'ingénieur des ponts et chaussées à qui cette œuvre était confiée , M. Poirel , profitant des propriétés précieuses que M. Yicat avait reconnues aux pouzzolanes, imagina de substituer des blocs artificiels aux blocs naturels auxquels on avait été forcé de renoncer. C'est à l'aide des blocs artificiels que le môle s'est tous les ans majestueusement avancé dans la mer.
« Désormais, le colossal vaisseau de ligne, les navires à vapeur de toute grandeur, le bâtiment de commerce chargé des richesses de l'Europe et de l'Afrique, le frêle esquif, à l'abri de la montagne artificielle si merveilleusement sortie du sein des flots , et dont les éléments , chose admirable! ont été fabriqués sur place, défieront la mer furieuse qui jadis les eût brisés en éclats ; leurs équipages témoigneront, par des acclamations enthousiastes et reconnaissantes, des services rendus à la mère patrie, au commerce et à l'humanité, par ces magnifiques travaux.
« Les légions romaines ne manquai-ent jamais de consacrer, par une inscription, le souvenir des œuvres d'art auxquelles elles avaient pris part. Espérons que le dernier bloc artificiel déposé sur le môle d'Alger, arrivé à son terme, portera ces mots : École polytechnique. Ce sera, dans sa simplicité, une éloquente réponse aux détracteurs aveugles de notre établissement national. »
Mais je m'arrête; les exemples que j'aurais encore à citer pour prouver que l'instruction théorique reçue à l'École avait pour unique effet de faire considérer les choses de plus haut, se présentent en foule devant moi; je sens, d'autre part, tout le danger qu'il y a à faire parler un homme supérieur, môme lorsqu'on a la certitude d'interpréter fidèlement ses sentiments. J'accomplirai plus humblement ma mission en réunissant, dans une Note séparée , les nombreuses citations empruntées aux travaux des ingénieurs des ponts et chaussées, des constructions navales et des mines ; aux ingénieurs militaires, aux officiers d'artillerie et aux ingénieurs civils de même origine, qui prouveront que l'École polytechnique n'a été, dans aucun genre, au-dessous de sa réputation européenne.
En coordonnant ces divers documents, j'étais tristement préoccupé de l'idée qu'ils deviendraient en quelque sorte l'oraison funèbre de notre grand établissement. Mais une résolution récente a prouvé aux plus prévenus que le gouvernement n'entend pas se conformer en aveugle aux décisions de la majorité de la Commission. Tout nous fait donc espérer que l'École polytechnique sera prochainement rétablie sur ses anciennes bases, et que peu de
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mois suffiront pour faire reconquérir le terrain que des vues systématiques avaient fait abandonner.
Ce qui suit n'a pas été lu en séance publique de l'Académie. Le besoin d'abréger m'avait forcé de supprimer l'indication de travaux dépendants des divers services publics, lesquels, ainsi qu'on va le voir, honorent au plus haut degré notre grande École. Je demande d'avance pardon aux élèves mes anciens camarades, des oublis que j'aurai certainement commis. J'ai surtout à solliciter l'indulgence des ingénieurs des ponts et chaussées à qui l'on est redevable du magnifique réseau de canaux qui sillonnent la France en tous sens. J'avais pris des mesures pour que ce glorieux inventaire de leurs travaux et de leurs services fût aussi complet que possible; mais le temps m'a manqué pour compléter mon travail.